Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro
Titre de l'article : L'ASSOCIATION D'UN PROGRAMME DE TRANSFERTS MONÉTAIRES CONDITIONNELS ET D'INTERVENTIONS EN MATIÈRE DE SANTÉ ENVIRONNEMENTALE RÉDUIT LA MORTALITÉ INFANTILE : UNE ÉTUDE ÉCOLOGIQUE DES MUNICIPALITÉS BRÉSILIENNES
Auteurs de l'article : Anelise Andrade de Souza, Sueli Aparecida Mingoti, Rômulo Paes-Sousa et Leo Heller
Lieu de l'intervention : 5.570 XNUMX municipalités brésiliennes
Taille de l'échantillon : 38.137 observations
Secteur: Santé
Type d'interventionEffets interactifs des interventions publiques brésiliennes
Variable principale d'intérêt : Mortalité infantile
Méthode d'évaluation : Autre - Analyse des données longitudinales
Contexte d'évaluation
Le Brésil figure parmi les pays où les inégalités de revenus sont les plus marquées. Après une période de baisse forte et durable de la pauvreté et des inégalités, ces progrès ont été anéantis par le ralentissement économique amorcé en 2014. Dans ce contexte, le pays est confronté à de nombreux déficits, notamment en matière de revenus, d'alimentation, de logement décent et de services publics essentiels tels que la santé, l'éducation, l'eau, l'assainissement et la collecte des ordures.
En matière d'interventions sanitaires, les principaux déficits qui persistent au Brésil concernent l'assainissement. Environ 95,6 % des ménages brésiliens sont raccordés à l'eau courante (réseau d'eau ou puits). Toutefois, si l'on considère uniquement les ménages ayant un accès adéquat, conformément au Plan national d'assainissement de base (PLANSAB), ce taux tombe à 57,7 %. Par ailleurs, seulement 48 % des ménages brésiliens ont un accès adéquat au réseau d'assainissement, et seulement 64,9 % de la population bénéficie d'un service de nettoyage urbain et d'une gestion des déchets appropriée.
Les populations les plus touchées par l'insuffisance des services d'assainissement sont celles qui vivent dans les zones périurbaines et rurales, c'est-à-dire les plus pauvres et, par conséquent, les plus vulnérables. De ce fait, la vulnérabilité économique et sociale d'une grande partie de la population brésilienne les rend plus susceptibles de perpétuer le cycle de la pauvreté et de la maladie.
Afin de réduire la vulnérabilité économique et sociale, le gouvernement brésilien a créé le programme Bolsa Família (PBF), l'un des principaux programmes de transferts monétaires conditionnels. Lancé en 2003, il couvrait alors 3,6 millions de familles, puis 11,2 millions en 2006. En 2019, les 5 570 municipalités brésiliennes avaient mis en œuvre le PBF, bénéficiant ainsi à 13,8 millions de familles.
Détails de l'intervention
Dans le contexte de la santé environnementale, de Souza et al. (2021) affirment que l'étude des effets interactifs avec d'autres interventions est essentielle pour évaluer les effets combinés des interventions publiques visant à améliorer l'accès à l'eau potable, à un assainissement adéquat et à la collecte des déchets solides. Ainsi, les auteurs ont cherché à évaluer les effets interactifs des interventions publiques brésiliennes, des programmes de santé environnementale (accès à l'eau, à l'assainissement et à la collecte des déchets solides) et du Programme de transferts monétaires conditionnels (Programme Bolsa Família) sur la réduction de la mortalité due à la diarrhée et à la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans.
Les données utilisées dans cette recherche proviennent du ministère de la Santé (Système d'information sur la mortalité/SIM), du ministère du Développement social (Matrice d'information sociale/MIS) et de l'Institut brésilien de géographie et de statistique (recensements de population de 2000 et 2010, et estimations intercensitaires). L'analyse porte sur la période 2006-2016 et inclut 3 467 municipalités réparties dans toutes les régions du pays, soit un total de 38 137 observations.
Détails de la méthodologie
L’étude menée par de Souza et al. (2021) s’inscrit dans une perspective écologique, combinant analyses exploratoires et analytiques. Elle a permis de réaliser une étude longitudinale afin d’évaluer l’évolution temporelle des taux de mortalité liés à la malnutrition et à la diarrhée, ainsi que d’étudier l’association entre l’exposition moyenne à des variables indépendantes (accès au Programme de transferts monétaires conditionnels et variables de santé environnementale) et les taux de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. Le protocole a également permis d’évaluer l’interaction entre les variables indépendantes, notamment l’accès au Programme de transferts monétaires conditionnels et les variables de santé environnementale.
Des modèles linéaires généralisés ont été ajustés en considérant une distribution binomiale négative (BN) pour le nombre de décès dus à la malnutrition et à la diarrhée, avec des effets fixes. Des modèles BN avec et sans inflation de zéros ont été évalués. Des modèles d'interaction ont ensuite été appliqués pour évaluer les effets combinés des deux politiques publiques.
Résultats
Les résultats de l'étude montrent une diminution des taux de mortalité moyens dus à la diarrhée et à la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans entre 2006 et 2016 dans les municipalités brésiliennes étudiées. Les baisses les plus importantes de mortalité dues à la diarrhée ont été observées dans la région Sud, suivie de la région Centre-Ouest. Quant aux baisses les plus importantes de mortalité dues à la malnutrition, elles ont été enregistrées dans la région Sud-Est.
En revanche, l'analyse des données longitudinales montre une concentration de taux de mortalité moyens plus élevés dus à la malnutrition dans les régions du Nord, du Nord-Est et du Centre-Ouest, et dus à la diarrhée dans la région du Nord.
En ce qui concerne la diminution des taux de mortalité par diarrhée dans les municipalités, un changement de l'effet positif a été observé en présence de : une couverture élevée de la population cible par le Programme de transfert monétaire conditionnel et un accès à l'eau, 0,54 (0,28-1,04) / 0,55 (0,29-1,04) ; une couverture élevée de la population totale par le PBF et un accès à l'eau, 0,97 (0,95-1,00) et une couverture élevée de la population totale par le PBF et un accès à l'assainissement, 0,98 (0,97-1,00). Une baisse de la mortalité due à la diarrhée a également été observée en présence combinée d'une couverture élevée de collecte des déchets solides et d'un accès à l'eau, catégories 1 (> 60 % ≤ 85 %) : 0,98 (0,96–1,00), 0,98 (0,97–1,00) et 2 (> 85 % ≤ 100 %) : 0,97 (0,95–0,98), 0,97 (0,95–0,99).
Des modifications d'effet négatives ont été observées pour la mortalité due à la malnutrition en présence simultanée d'une couverture élevée de la population totale par le Programme de transfert monétaire conditionnel et d'un accès aux catégories d'assainissement 1 (≥ 20 <50%) : 1,0061 (0,9991-1,0132) et 2 (≥ 50 <100%) : 1,0073 (1,0002-1,0145) et d'une couverture élevée de la population totale par le PBF et la collecte des déchets solides, 1,0004 (1,0002–1,0005), ce qui entraîne une augmentation des taux de mortalité dus à la malnutrition.
Leçons de politique publique
L’analyse menée par de Souza et al. (2021) souligne l’importance d’associer différents programmes sociaux à la lutte contre la pauvreté. Les interventions systémiques, qui visent à protéger les individus et les familles de la pauvreté liée à des conditions environnementales précaires, sont essentielles pour éliminer les voies de transmission des maladies infectieuses et parasitaires et réduire la mortalité infantile.
Le maintien des programmes de transferts monétaires conditionnels, avec une couverture intégrale de la population cible, associé à des politiques universelles de santé environnementale pour toutes les municipalités brésiliennes, avec une attention particulière portée aux régions du Nord, du Nord-Est et du Centre-Ouest, devrait constituer une priorité gouvernementale, car cela aura des effets bénéfiques plus importants sur la santé des enfants. Le maintien et l'expansion de ces programmes nécessitent une planification et une priorisation de la part du gouvernement fédéral afin de répondre à la demande, en collaboration avec les autorités municipales, pour adapter leurs structures de santé, d'éducation et de logement afin de permettre la prise en charge des bénéficiaires et le respect des conditions du programme.
Dans ce contexte, les auteurs soulignent la nette tendance à la baisse des principales variables de protection sociale, notamment en 2016, indiquant la nécessité : (i) d’une prise en charge globale de la population cible du Programme de transferts monétaires conditionnels ; (ii) de politiques publiques universelles en matière de santé environnementale ; (iii) d’une alphabétisation accrue chez les personnes âgées de 15 ans et plus ; (iv) d’une couverture populationnelle accrue par la Stratégie de santé familiale, grâce au renforcement du Système unifié de santé (SUS), permettant ainsi : la construction d’environnements plus sûrs, la survie des enfants et l’amélioration du développement de la qualité de vie.
Références
DE SOUZA, Anelise Andrade et al. La combinaison d'un programme de transferts monétaires conditionnels et d'interventions en matière de santé environnementale réduit la mortalité infantile : une étude écologique de municipalités brésiliennes. BMC Public Health, vol. 21, n° 1, p. 1-13, 2021.