Chercheur principal : Eduarda Miller de Figueiredo
Titre de l'article : Élever ses enfants avec style : altruisme et paternalisme, transmission intergénérationnelle des préférences
Auteurs de l'article : Matthias Doepke et Fabrizio Zilibotti
Lieu de l'intervention : Pays de l'OCDE
Taille de l'échantillon : 66.632 observations
Secteur: Éducation
Type d'intervention : Effets du style créatif
Variables d'intérêt : Taux de risque relatif associés aux inégalités
Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)
Problème de politique
Qu’est-ce qui détermine la manière dont les parents élèvent leurs enfants ? Les incitations et les contraintes économiques peuvent-elles influencer l’éducation des enfants ? Dans cet article, les auteurs élaborent une théorie du choix rationnel qui explique les variations des pratiques éducatives entre les pays industrialisés. Ce modèle considère que les parents sont motivés par une combinaison d’altruisme beckérien et de motivations paternalistes.
L'altruisme beckérien renvoie au souci du bien-être de l'enfant, tandis que le paternalisme désigne la capacité des parents à influencer les choix de leurs enfants en orientant leurs préférences ou en limitant leurs options. Ainsi, la théorie ainsi élaborée postule que les désaccords relatifs aux choix influencent l'investissement dans le capital humain et que la réussite économique est un facteur déterminant dans le choix du style parental.
Selon Weinberg (2001), les parents influencent le comportement de leurs enfants par le biais d'incitations financières, et les parents à faibles revenus, n'ayant pas accès à de telles incitations, ont recours à des méthodes autoritaires. Lizzeri et Siniscalchi (2008) affirment que les parents mieux informés sur les conséquences de certaines actions peuvent intervenir pour protéger leurs enfants des choix malavisés.
Contexte d'évaluation
Les styles parentaux varient selon les pays, en fonction du niveau d'inégalité des revenus, du niveau d'instruction, des politiques de redistribution et de la qualité des institutions. Cette étude analyse donc la corrélation entre les inégalités et le choix du style parental. Dans les sociétés plus inégalitaires, la réussite et l'échec sont liés à des écarts de revenus plus importants ; on peut donc s'attendre à ce que les parents aient davantage d'influence sur le développement de leurs enfants.
La période anti-autoritaire est liée à un faible rendement de l'éducation ; c'est-à-dire que dans les années 1960 et 1970, les inégalités économiques ont atteint un niveau historiquement bas et le chômage était faible, de sorte que le rendement de l'obligation faite aux enfants d'étudier était très faible, ce qui leur donnait plus de liberté et d'indépendance.
Par conséquent, le choix du style parental dépend de l'interaction entre les préférences parentales et les caractéristiques du contexte socio-économique. La théorie élaborée est cohérente avec les tendances historiques des styles parentaux dans les pays industrialisés ; ainsi, le style parental autoritaire, mesuré par des pratiques telles que les châtiments corporels, a diminué au fil du temps.
Détails de la police
À travers la classification des « styles parentaux », les auteurs définissent les styles suivants (Baumrind, 1967) :
- PermissifUne éducation parentale qui permet aux enfants de faire des choix libres selon leurs inclinations naturelles ;
- faisant autoritéUn type de paternité qui tente de modeler les préférences de ses enfants, les incitant à faire des choix qu'elle juge nécessaires à leur réussite dans la vie.
- Les autoritairesUne éducation parentale qui restreint les choix des enfants, en imposant directement sa volonté à l'enfant.
Dans ce modèle construit, la paternité autoritaire peut inculquer une forme de culpabilité qui conduit l'enfant à éviter les choix que les parents jugent inappropriés.
L'étude a utilisé un échantillon comprenant tous les pays de l'OCDE.[1]Ce choix s'explique par le fait que tous les enfants présentent des similitudes en termes de niveau de développement global et d'autres aspects culturels et institutionnels, autant de facteurs susceptibles d'influencer les choix parentaux. Les indicateurs de style parental sont construits à partir de… Enquête mondiale sur la Valeur (WVS) où les questions sont posées dans le style suivant : «Voici une liste de qualités que l'on peut encourager les enfants à développer à la maison. Lesquelles, le cas échéant, jugez-vous particulièrement importantes ? Choisissez-en jusqu'à cinq. »
Détails de la méthodologie
D’après les recherches, des indicateurs ont été créés pour les trois pratiques parentales, en tenant compte de la qualité la plus associée à chaque style. L’obéissance étant la valeur la plus associée au style autoritaire, tous les parents ayant indiqué l’obéissance comme une qualité souhaitée ont été qualifiés d’« autoritaires ». Les parents « démocratiques » ont été sélectionnés comme ceux qui (i) n’étaient pas autoritaires et (ii) mentionnaient le travail acharné parmi les qualités recherchées. Enfin, les parents « permissifs » sont ceux qui ne sont ni autoritaires ni démocratiques et (ii) citent l’indépendance ou l’imagination comme des qualités importantes.
Les trois catégories s'excluent mutuellement, mais ne sont pas exhaustives ; autrement dit, certains parents peuvent n'appartenir à aucune catégorie. Sur un échantillon total de 66 632 répondants, 27 % sont autoritaires, 30 % sont démocratiques, 34 % sont permissifs et 9 % des répondants ont été exclus car ils n'ont été classés dans aucune catégorie.
Pour réaliser l'analyse de l'étude, les auteurs ont analysé les risques relatifs (RR) associés aux inégalités à l'aide de régressions logistiques multinomiales avec effets fixes par pays. Ils ont également contrôlé l'âge, l'âge au carré, la religiosité, le niveau d'éducation (inférieur au baccalauréat, baccalauréat et études supérieures) et le PIB par habitant du pays.
Une autre analyse a porté sur le revenu après impôt, car si les attentes concernant la situation économique des enfants et leur exposition aux risques influencent les choix parentaux, le niveau d'imposition devrait également avoir une incidence. Ainsi, (i) une mesure de la progressivité de l'impôt redistributif a été prise en compte. École d'études politiques Andrew Young (2010) et (ii) une mesure des dépenses sociales en pourcentage du PIB.
Résultats
Lors d'une première analyse des données, les auteurs ont observé que les styles parentaux permissifs sont inversement corrélés aux inégalités, tandis que les styles parentaux démocratiques et autoritaires y sont positivement corrélés. Par exemple, les inégalités sont très faibles en Suède et en Norvège, pays où le pourcentage de parents permissifs est plus élevé, tandis qu'aux États-Unis, les inégalités sont plus marquées et les parents y sont plus démocratiques et autoritaires.
L'effet observé concernant la religiosité a démontré que les parents religieux sont moins permissifs et plus autoritaires que les parents non religieux. Ce résultat corrobore l'hypothèse selon laquelle les parents préparent leurs enfants au monde dans lequel ils envisagent de les voir vivre ; autrement dit, les personnes religieuses croient que le monde est régi par un ordre immuable et, par conséquent, elles se doivent de transmettre à leurs enfants un ensemble de valeurs et de vérités immuables. Concernant le niveau d'imposition, les résultats suggèrent qu'une augmentation des dépenses sociales ou une fiscalité progressive est associée à une diminution significative de la probabilité d'adopter des styles parentaux démocratiques et autoritaires par rapport aux styles permissifs. En d'autres termes, une redistribution accrue rend les parents plus permissifs.
Les résultats scolaires ont également démontré que les caractéristiques du système éducatif influencent les styles parentaux. Dans certains pays, l'apprentissage vertical et la mémorisation de faits sont privilégiés dans l'enseignement secondaire, et l'accès aux meilleures universités se fait par le biais d'examens très sélectifs. Dans ces pays, les parents sont davantage incités à exiger plus d'efforts de leurs enfants à l'adolescence, ce qui peut se traduire par un style parental autoritaire, voire démocratique. Dans les pays dotés d'institutions solides et d'une protection efficace des droits civiques, les parents peuvent espérer que les prédispositions naturelles de leurs enfants les aideront à réussir.
Figure 1 : Éducation parentale et approbation des châtiments corporels

Il a également été observé qu'un niveau d'instruction parental plus élevé est associé à une moindre propension à l'autoritarisme et à une plus grande propension à l'autorité. La figure 1 montre même que les parents plus instruits sont davantage impliqués dans l'éducation de leurs enfants et moins enclins à approuver les châtiments corporels, tandis que les parents moins instruits sont plus susceptibles de recourir à des méthodes autoritaires.
Leçons de politique publique
Les différences de styles parentaux observés chez les enfants peuvent être influencées par le contexte économique ; ainsi, la théorie suggère que le style autoritaire diminue avec le développement économique. Il est avéré que dans les pays où les inégalités sont moindres, les parents sont plus permissifs et privilégient des valeurs telles que l’indépendance et l’imagination, tandis que dans les pays où les inégalités sont fortes, les parents ont tendance à adopter un style parental plus autoritaire.
Référence
DOEPKE, Matthias ; ZILIBOTTI, Fabrizio. « Élever ses enfants avec style : altruisme et paternalisme dans la transmission intergénérationnelle des préférences ». Econometrica, vol. 85, n° 5, p. 1331-1371, 2017.
[1] L'échantillon comprend les pays suivants : Australie, Canada, Finlande, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Norvège, Espagne, Suède, Suisse, Turquie et États-Unis.