La résolution 3.545 a-t-elle eu un effet sur la réduction de la déforestation ?

Chercheur principal : Eduarda Miller de Figueiredo

Lieu de l'intervention : Amazone

Taille de l'échantillon :

Secteur: Environnement

Variable principale d'intérêt : la déforestation

Type d'intervention : Résolution 3.545 – Crédit rural

Méthodologie:  Différences dans les différences

La résolution 3.545 de 2008 a subordonné l'octroi de crédits subventionnés en Amazonie à la preuve du respect des exigences légales en matière de titres fonciers et de normes environnementales. Dans ce contexte, les auteurs cherchent à évaluer l'impact effectif de cette résolution sur la déforestation au sein du biome amazonien. À partir de données de panel issues de l'INPE (Institut national de recherche spatiale) et de la Banque centrale, la méthode des doubles différences a été employée pour produire des estimations. Les résultats sont significatifs et suggèrent une réduction de 60 % de la déforestation. Des effets hétérogènes ont été observés selon les activités et les régions, démontrant que la résolution constitue une politique complémentaire et non de substitution.

Problème de politique

Près de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre les plus récentes sont imputables à la déforestation tropicale. C’est pourquoi les décideurs politiques du monde entier se sont engagés à mettre en œuvre un ensemble de politiques incitatives pour contribuer à réduire la déforestation.

Cet article vise à évaluer l’impact de la résolution 3.545 sur la déforestation, étant donné que cette résolution représentait une restriction potentielle de l’accès au crédit rural, qui est l’un des principaux mécanismes de soutien à la production agricole.

Contexte de mise en œuvre et d'évaluation

En 2008, la Banque centrale du Brésil a publié la résolution 3.545, qui subordonne l'octroi de crédits subventionnés en Amazonie à la preuve du respect des exigences légales en matière de titres fonciers et de réglementation environnementale. De plus, cette résolution s'applique exclusivement aux propriétés situées dans la zone administrative délimitée du biome amazonien ; les propriétés situées en dehors de ce biome ne sont donc pas concernées.

La résolution 3.545 a déterminé que l'admissibilité à l'accès au crédit rural doit être conditionnée à la présentation par le bénéficiaire du crédit : (i) du certificat d'enregistrement d'établissement rural, qui prouve que la propriété hébergeant le projet à financer est dûment enregistrée dans les registres fédéraux ; et (ii) d'un document délivré par l'État attestant la régularité de l'établissement hébergeant le projet à financer, ainsi qu'une déclaration selon laquelle la propriété n'est grevée d'aucune charge.[1] Cette situation était liée à la déforestation. Les producteurs qui craignaient que la résolution n'affecte leur accès futur au crédit pourraient manifester leur intention de modifier leurs pratiques de déforestation à l'avenir, et ainsi être considérés comme respectant la réglementation environnementale en vigueur.

Il est important de souligner que peu après l'adoption obligatoire de la résolution, de nouvelles mesures ont assoupli les exigences d'octroi de crédit rural aux petits producteurs, principalement par l'inclusion de nouveaux groupes de petits producteurs dans la liste des bénéficiaires de crédit qui étaient exemptés de se conformer aux exigences initiales de la résolution 3.545.

Détails de la politique/du programme

Pour l'analyse, un ensemble de données longitudinales couvrant la période 2003-2011, ventilées par municipalité chaque année, a été utilisé. Une carte géoréférencée indiquant l'emplacement des municipalités et les limites du biome amazonien a permis de créer des sous-échantillons de municipalités, situées à l'intérieur et à l'extérieur du biome amazonien, à des distances spécifiques de la limite de ce dernier, comme illustré dans la figure ci-dessous :

Figure 1 : Biome amazonien brésilien et échantillon de référence

Les données sur la déforestation ont été élaborées à partir d'images satellites de l'Institut national de recherche spatiale (INPE) dans le cadre du Projet de surveillance légale de la déforestation en Amazonie (PRODES). Les auteurs définissent la déforestation comme la superficie forestière, exprimée en kilomètres carrés, déboisée au cours des douze mois précédant le mois d'août d'une année donnée. Par conséquent, les données relatives aux prêts et à toutes les autres variables ont été recodées pour cette période. t fera référence aux douze mois précédant août de t.

Les données relatives aux contrats administratifs, compilées par la Banque centrale, ont également servi à construire des variables de crédit rural au niveau municipal à partir des données du Registre commun des opérations rurales. Cet ensemble de microdonnées administratives comprend tous les enregistrements de contrats ruraux négociés par les banques officielles et les coopératives de crédit.

Méthode

Le fait que la résolution 3.545 ne s'applique qu'aux propriétés situées dans le biome amazonien a créé une division géographique explicite entre deux groupes de municipalités : (i) celles entièrement situées dans le biome amazonien et donc soumises à la résolution ; et (ii) celles entièrement situées en dehors du biome amazonien, qui ne sont pas soumises à la résolution. Par conséquent, le groupe de traitement sera composé des municipalités du premier groupe, tandis que le groupe témoin sera composé des municipalités du second groupe.

Les auteurs utilisent donc la méthode des différences-en-différences pour évaluer l'impact de la résolution 3.545 sur la déforestation. La variable d'intérêt de l'étude est l'interaction entre une variable binaire indiquant si la municipalité est située dans le biome amazonien et une variable marquant la période postérieure à la mise en œuvre de la résolution. Des effets fixes liés à la municipalité et à l'année ont été intégrés au modèle afin de contrôler respectivement les caractéristiques persistantes des municipalités et les tendances temporelles communes. Par ailleurs, des variables ont été ajoutées pour contrôler l'influence d'autres politiques environnementales.

Principaux résultats

Les principaux résultats ont démontré qu'en l'absence de la résolution 3.545, la déforestation totale aurait été supérieure de 2 000 kilomètres carrés à celle observée entre 2009 et 2011 dans l'échantillon de municipalités d'un rayon de 100 km, soit une réduction de 60 % par rapport au niveau de déforestation de référence de 2008. Autrement dit, cette résolution a joué un rôle important dans la limitation de la déforestation en Amazonie.

De plus, les résultats suggèrent que l'intégration d'un suivi environnemental et de contrôles d'application de la loi n'affecte pas les effets de la résolution ; autrement dit, la résolution n'a pas eu d'incidence sur l'octroi de crédit par une réduction de la demande des emprunteurs. Par conséquent, de manière générale, les résultats indiquent que les effets de la résolution 3.545 sur la déforestation reflètent directement la réduction de cette dernière en réponse à la diminution de l'accès au crédit rural.

Toutefois, les auteurs soulignent que cette politique a pu avoir des effets différents selon les régions. L'hétérogénéité régionale est donc étudiée, en observant comment la relation entre le crédit et la déforestation peut varier d'une municipalité à l'autre, selon ses activités. Dans les municipalités d'élevage, l'estimation ponctuelle est assez similaire aux autres spécifications. En revanche, les estimations suggèrent que la résolution 3.545 n'a eu aucun impact sur la déforestation là où l'agriculture est l'activité principale. Selon les auteurs, cela concorde avec les rapports montrant que la production agricole brésilienne est devenue moins dépendante du crédit et, grâce à diverses améliorations technologiques, a augmenté sa production de manière intensive. Concernant l'octroi de crédits, les résultats indiquent que les concessions de crédit destinées à l'élevage ont été les plus affectées par la résolution 3.545, comparativement aux autres activités, ce qui suggère une corrélation particulière entre l'accès au crédit et la déforestation dans l'élevage.

Les auteurs concluent donc que la résolution 3.545 a contribué à limiter la déforestation en Amazonie. Cependant, cette résolution a eu des effets négatifs tant sur la déforestation que sur l'accès au crédit, et sa mise en œuvre effective tend à confirmer l'hypothèse selon laquelle elle n'a influencé la déforestation que par le biais du crédit.

Leçons de politique publique

L'étude suggère que le conditionnement des crédits ruraux est un instrument politique efficace pour lutter contre la déforestation illégale. Cependant, l'hétérogénéité des effets observés selon les secteurs et les régions indique qu'il s'agit d'une politique complémentaire, et non de substitution, aux autres efforts de conservation.


[1] En Amazonie, les embargos sont une sanction administrative qui peut être appliquée aux propriétaires fonciers à titre de punition pour déforestation illégale sur des propriétés privées.