Les prestations de sécurité sociale contribuent-elles au déclin de la participation des personnes âgées au marché du travail ?

Chercheur principal : Eduarda Miller de Figueiredo

Titre original: Sécurité sociale et retraite : une comparaison internationale

Auteurs: Jonathan Gruber et David Wise

Lieu de l'intervention : France, Belgique, Pays-Bas, Italie, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Suisse, États-Unis et Japon

Taille de l'échantillon : Pays 11

Secteur: sécurité sociale

Variable principale d'intérêt : Capacité de travail inutilisée

Type d'intervention : Retraite

Méthodologie: Autre

Résumé

            Le déclin de la participation des personnes âgées au marché du travail est sans doute l'évolution la plus marquante de la population active au cours des dernières décennies. Cette évolution a engendré une forte pression sur la viabilité des systèmes de protection sociale dans de nombreux pays. Cet article analyse les résultats de 11 études menées dans des pays industrialisés touchés par cette situation. Les conclusions suggèrent un lien étroit entre les incitations offertes par la protection sociale à quitter le marché du travail et le retrait des travailleurs âgés.

  1. Problème de politique

Le vieillissement rapide de la population dans tous les pays industrialisés exerce une pression considérable sur la viabilité des systèmes de sécurité sociale. Ce phénomène s'accompagne d'une tendance au départ précoce à la retraite. Selon les auteurs, une explication possible réside dans le fait que les prestations de sécurité sociale, de par leur structure, incitent fortement à quitter le marché du travail prématurément, aggravant ainsi les difficultés financières rencontrées par la population.

Par conséquent, dans l'article présenté ici, les auteurs cherchent à souligner le rôle important que joue la sécurité sociale dans les choix professionnels des personnes âgées. À cette fin, ils ont comparé les données issues de 11 articles provenant de pays industrialisés.

  1. Contexte de mise en œuvre et d'évaluation

            Dans la figure 1, les auteurs présentent la différence dans la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus par rapport aux personnes âgées de 20 à 64 ans pour la période d'étude (2014) et dans les années à venir, pour les pays analysés.

Figure 1 : Proportion de la population âgée de 65 ans et plus par rapport à la population âgée de 20 à 64 ans.

Source : Gruber et Wise (2014).

Au début des années 60, le taux d'activité dépassait 70 % dans la quasi-totalité des pays. Toutefois, au milieu des années 90, ce taux était tombé à moins de 20 % en Belgique, en Italie, en France et aux Pays-Bas, comme le montre la figure 2.

Figure 2 : Baisse du taux d'activité chez les 60-64 ans[1]

Source : Gruber et Wise (2014)

Jusqu'à 50 ans, environ 90 % des hommes sont actifs dans tous les pays. Cependant, après 50 ans, on observe de très fortes disparités entre les pays. Par exemple, en Belgique, à 65 ans, moins de 5 % des hommes travaillent. Au Japon, près de 75 % des hommes sont encore actifs à 60 ans, et à 65 ans, ce taux atteint 60 %.

  • Détails de la politique/du programme

         Deux caractéristiques des régimes de sécurité sociale ont un impact important sur les incitations à la participation au marché du travail :

  • L'âge auquel les premières prestations sont disponibles est appelé l'âge de la retraite anticipée.
  • Modèle de calcul des avantages.

            En supposant qu'une personne ait acquis, à l'âge x, le droit à des prestations futures après la retraite. La valeur actuelle de ces prestations, après impôts, correspond à l'actif net de pension de la personne à cet âge (SSWa).[2]Par conséquent, le principal élément à prendre en compte lors de la prise de décisions concernant la retraite est l'évolution du patrimoine constitué pendant la période de travail. L'écart entre l'âge de la retraite et celui de la perte d'emploi est considérable. x et SSW si la retraite a lieu à l'âge x+1[3]On parle alors de travail socialement durable (TSD). Les auteurs ont comparé l'accumulation de TSD aux revenus salariaux nets annuels. Si l'accumulation est positive, elle augmente la rémunération totale pour l'année de travail supplémentaire ; si elle est négative, elle la diminue. Une augmentation négative décourage le maintien en emploi, tandis qu'une augmentation positive a l'effet inverse.

  1. Procédé d'évaluation

Le départ à la retraite des hommes âgés du marché du travail entraîne de nombreuses conséquences, notamment la perte de leur capacité productive.

            Les auteurs considèrent la proportion d'hommes ne travaillant pas à un âge donné (1-LFP), où LFP est le taux de participation à la population active.[4]En Belgique, le ratio est de 0,95 et au Japon de 0,40 à l'âge de 65 ans.

Les auteurs désignent cette mesure comme la « capacité productive inutilisée » à cet âge. En additionnant les capacités inutilisées pour tous les âges d'un intervalle donné, on obtient l'aire située au-dessus de la courbe LFP dans cet intervalle. En divisant l'aire totale au-dessus et en dessous de la courbe pour cet intervalle d'âge, puis en multipliant par 100, on obtient une mesure approximative de la capacité inutilisée dans une tranche d'âge, exprimée en pourcentage de la capacité de travail totale dans cette tranche d'âge.

Pour illustrer le point abordé, les auteurs utilisent des données provenant de France, où les taux de sortie du marché du travail correspondent aux prestations de sécurité sociale.

La « force fiscale à la retraite » a également été étudiée pour tous les pays. Pour ce faire, les auteurs ont additionné les taux d'imposition implicites sur le travail effectué entre 55 et 69 ans. Autrement dit, il s'agit d'une mesure basée sur les revenus d'activité continue perçus lorsqu'une personne approche de l'âge de la retraite.

  1. Principaux résultats

La figure 3 présente les mesures de capacité productive inutilisée pour tous les pays étudiés, pour la tranche d'âge des 55-65 ans. La Belgique affiche un taux de capacité productive inutilisée de 67 %, tandis que celui du Japon n'est que de 22 %.

Figure 3 : Capacité productive non utilisée (proportion)

Source : Gruber et Wise (2014)

Selon les auteurs, l'accumulation de pension (SSW) est généralement négative aux âges plus avancés, ce qui signifie que le maintien sur le marché du travail implique une réduction de la valeur actuelle actualisée des prestations de retraite.

Les données recueillies dans l'ensemble des pays montrent que l'âge d'admissibilité à la sécurité sociale contribue de manière significative aux départs anticipés à la retraite. De plus, les programmes d'assurance chômage et d'invalidité constituent, dans de nombreux pays, des dispositifs de retraite anticipée.

            Les résultats obtenus en France montrent que les prestations de sécurité sociale ne sont accessibles qu'à partir de 60 ans. Et le taux de sortie du marché du travail, spécifique à cette tranche d'âge, atteint environ 60 %.

            Le taux élevé d'abandon du marché du travail à l'âge de la retraite anticipée en France illustre également le rôle du taux d'imposition implicite sur le revenu induit par le régime de sécurité sociale. En cas de retraite anticipée, ce taux d'imposition implicite atteint près de 70 % pour les personnes ayant perçu des revenus moyens tout au long de leur vie.

            En observant cette relation pour tous les pays étudiés, les auteurs ont constaté que le lien entre la taxe implicite de sécurité sociale sur le travail et la participation des personnes âgées au marché du travail est fortement établi.

            Les résultats du calcul de la « force de travail des contribuables en vue de la retraite » révèlent une corrélation nette : il existe une forte corrélation entre cette force et la capacité de travail inutilisée. Cependant, cette relation est non linéaire. La régression de la capacité de travail inutilisée en fonction du logarithme de la force de travail des contribuables indique que 82 % de la variation de cette capacité s’explique par la force de travail des retraités. Par conséquent, les données suggèrent un lien étroit entre les incitations à la retraite et le retrait des travailleurs âgés du marché du travail.

  1. Leçons de politique publique

            La conclusion suggère que les dispositions du programme de sécurité sociale ont effectivement contribué au déclin de la participation des personnes âgées au marché du travail, réduisant ainsi la capacité productive potentielle de la main-d'œuvre.


[1] Les chiffres situés au-dessus des barres de l'histogramme indiquent l'année correspondante des données utilisées pour chaque pays.

[2] SSWa = Le patrimoine de la sécurité sociale à cet âge.

[3] En termes mathématiques : .

[4] LFP = Taux d'activité.