Chercheur principal : Bruno Benevit
Titre original: Effets du langage politique et de l'information dans les premiers jours des indications prospectives de la Réserve fédérale
Auteur: Kurt G. Lunsford
Lieu de l'intervention : USA
Taille de l'échantillon : 51 XNUMX réunions
Secteur: Économie politique
Variable principale d'intérêt : Attentes
Type d'intervention : Communication de la Banque centrale
Méthodologie: Étude des événements
Résumé
Les agents économiques prennent en compte diverses informations pour formuler leurs anticipations quant à la performance de l'économie. La banque centrale joue un rôle crucial en fournissant aux agents des informations indiquant des perspectives optimistes ou pessimistes. Afin de comprendre le rôle de la Réserve fédérale (Fed) dans la formation des anticipations des agents économiques, cet article analyse comment le langage de la communication prospective ( l'orientationEntre 2000 et 2006, le Comité fédéral de l'open market (FOMC) de la Réserve fédérale a influencé les anticipations du secteur privé concernant les perspectives de politique monétaire. Les données recueillies indiquent que les indications prospectives mettant l'accent sur les risques pesant sur les perspectives économiques ont un impact informationnel plus important que celles mettant l'accent sur les orientations de la politique monétaire.
- Problème de politique
Selon la théorie macroéconomique standard, la communication prospective module les anticipations des agents privés, influençant ainsi la conjoncture économique. Parallèlement, les actions des banques centrales ont un impact significatif sur les anticipations des agents économiques (LUNSFORD, 2020). Les banques centrales utilisent de plus en plus la communication prospective comme outil de politique économique, communément appelée… orientation. À la Banque centrale des États-Unis (réserve fédérale – FED), cette communication relève de la responsabilité du Comité fédéral de l'open market (Comité fédéral de l'open market (FOMC). Les indications prospectives permettent de communiquer sur l'évolution probable des taux d'intérêt et de la conjoncture économique.
Concrètement, Eggertsson et Woodford (2003) expliquent comment l'évolution future des taux d'intérêt anticipés influence l'activité économique actuelle et qu'une réduction de cette évolution est expansionniste. Ajoutons à cela le fait que la Réserve fédérale américaine (Fed) fournit généralement de meilleures prévisions d'inflation que les prévisionnistes privés (ROMER ; ROMER, 2000), ce qui indique que cette asymétrie d'information constitue une source importante de frictions économiques. De ce fait, les indications prospectives de la Fed sont interprétées comme l'annonce, dès à présent, de modifications futures de sa politique monétaire. Compte tenu de leur importance, il est crucial de comprendre les effets de ces indications prospectives sur les anticipations des agents économiques.
- Contexte de mise en œuvre des politiques
Le FOMC a utilisé différentes approches dans sa communication prospective afin d'influencer les anticipations du secteur privé. De février 2000 à juin 2003, ses déclarations portaient principalement sur les « risques d'une intensification des pressions inflationnistes ou d'un ralentissement économique à court terme », sans mentionner directement les orientations futures de la politique monétaire. De cette manière, ce type de communication ne fournissait qu'une perspective économique, sans engager le FOMC sur la politique future.
Toutefois, à compter du 12 août 2003, le FOMC a modifié son approche en déclarant que « le soutien à la politique monétaire peut être maintenu pendant une période considérable », introduisant ainsi un langage direct concernant les orientations futures de la politique monétaire, et ce jusqu'en mai 2006. Cette nouvelle approche, dite de « communication fondée sur les orientations de la politique monétaire », pourrait modifier l'interprétation des déclarations du FOMC par le secteur privé. Au lieu de simplement donner un aperçu de la conjoncture économique, ce nouveau langage pourrait être perçu comme un engagement en faveur de futures mesures de relance monétaire. Un tel changement pourrait engendrer des effets de communication prospective marqués, rendant les effets de défaut plus prépondérants et les effets informationnels moins pertinents.
- Détails de l'évaluation
À compter de la réunion de février 2000, le Comité fédéral de l'open market (FOMC) a commencé à fournir des indications prospectives sur les risques économiques, couvrant une période s'étendant au-delà de la réunion suivante. Ce nouveau format de communication, annoncé en janvier 2000, était exclusivement axé sur la conjoncture économique, sans aucune mention des orientations futures de la politique monétaire. Le compte rendu de la réunion de décembre 1999 met en évidence cette absence de références aux actions de politique monétaire futures. L'auteur souligne qu'à partir de février 2000, toute référence à ces actions était considérée comme importante, afin d'éviter tout signal direct concernant la politique monétaire envisagée (LUNSFORD, 2020). Ainsi, les indications prospectives fournies par le FOMC durant cette période ne portaient que sur les perspectives économiques. Les anticipations du secteur privé concernant le taux des fonds fédéraux devaient être endogènes à la communication prospective du FOMC et fondées sur sa fonction de réaction passée, sans annonce de modification de la règle de politique monétaire prospective.
Le 12 août 2003, le FOMC a introduit un changement significatif en déclarant que « le soutien à la politique monétaire peut être maintenu pendant une période considérable », évoquant pour la première fois directement ses orientations futures. Ce changement marquait une rupture avec la pratique antérieure, comme indiqué dans le compte rendu de la réunion, qui soulignait la volonté de maintenir une politique accommodante plus longtemps que lors des précédentes périodes d'accélération de l'activité économique. Les réunions suivantes ont conforté ce changement, avec des déclarations témoignant d'un engagement quasi traditionnel envers la politique monétaire et le recours à la manipulation des anticipations comme principal outil, notamment à proximité du plancher zéro.
L'expression « période considérable » a d'abord été employée comme mesure non conventionnelle de soutien à l'économie, mais les indications relatives à l'orientation de la politique monétaire ont évolué au fur et à mesure du renforcement de l'économie. En janvier 2004, le FOMC a déclaré pouvoir faire preuve de patience quant au retrait progressif de sa politique monétaire. Deux mois plus tard, en mai de la même année, le comité a indiqué que ce retrait pourrait être graduel. Au fil du temps, les déclarations ont intégré la possibilité d'ajustements supplémentaires si nécessaire, en les liant à l'évolution de l'inflation et aux perspectives de croissance économique. Cette approche a été maintenue jusqu'en mai 2006, date à laquelle les indications spécifiques concernant les taux d'intérêt ont été retirées, marquant la fin de la période sous revue.
- Méthode
Pour mesurer l'impact des réunions du FOMC sur les anticipations des acteurs du marché, l'étude examine l'évolution du taux des fonds fédéraux anticipé après la réunion afin d'estimer un paramètre de surprise pour ce taux. La période d'analyse couvre toutes les réunions du FOMC entre février 2000 et mai 2006. Pour l'estimation du paramètre de surprise résultant de chaque réunion, l'horizon temporel considéré s'étend de 10 minutes avant à 20 minutes après la réunion, afin de déterminer la manifestation des anticipations des acteurs du marché concernant les taux d'intérêt futurs, en fonction des prix des actifs de marché.
Le paramètre de surprise du taux des fonds fédéraux a été utilisé pour estimer un modèle d'étude d'événement afin d'identifier l'effet des indications prospectives sur les variables financières et macroéconomiques, ainsi que l'effet du taux des fonds fédéraux courant. À cette fin, deux chocs de politique monétaire orthogonalisés ont été créés : une surprise du taux des fonds fédéraux courant et une surprise des indications prospectives. Le choc des indications prospectives est estimé en deux étapes : premièrement, en mesurant la variation de la trajectoire anticipée du taux des fonds fédéraux ; deuxièmement, en régressant cette variation sur le taux des fonds fédéraux courant. Toutes les analyses ont été réalisées sur trois périodes : de février 2000 à mai 2006, de février 2000 à juin 2003 et d'août 2003 à mai 2006.
Les variables financières étudiées étaient le logarithme de l'indice S&P 500, l'indice de volatilité VIX, les rendements des bons du Trésor américain, les primes de terme et les anticipations d'évolution des taux d'intérêt nominaux à court terme. L'impact sur les prévisions consensuelles a également été analysé. Indicateurs économiques des valeurs vedettes – un recueil de prévisions macroéconomiques pour les États-Unis. Ont également été pris en compte les rendements des obligations d'entreprises, les taux des MBS (titres adossés à des créances hypothécaires), et se propage des obligations d'entreprises et des prêts hypothécaires. Enfin, l'impact sur plusieurs indicateurs macroéconomiques a été vérifié : la croissance réelle des dépenses de consommation des ménages (DCM), l'inflation mesurée par l'IPC, les variations du taux de chômage et la croissance de la production industrielle (PI).
- Principaux résultats
Les résultats concernant le marché boursier ont montré qu'une hausse du taux des fonds fédéraux a entraîné une baisse des cours boursiers et une augmentation de la volatilité anticipée (VIX). Cependant, ces effets ne sont pas statistiquement significatifs si l'on considère uniquement la période d'août 2003 à mai 2006. En revanche, de février 2000 à juin 2003, une hausse du taux des fonds fédéraux a provoqué une forte augmentation des cours boursiers, ce qui correspond à une révision des perspectives économiques par les investisseurs suite à des indications prospectives basées sur ces perspectives. Selon l'auteur, l'ajout d'indications sur l'orientation de la politique monétaire en août 2003 a atténué l'impact des variations du taux des fonds fédéraux. Ces résultats concordent avec ceux obtenus pour les prévisions de… Valeur sûre.
En ce qui concerne les variables de résultat associées au Trésor au cours des périodes 2000 à 2003 et 2000 à 2006, les variations inattendues du taux des fonds fédéraux courants ont eu un effet économiquement significatif faible et statistiquement non significatif sur les rendements du Trésor. trésors Sur plusieurs années, les variations des indications prospectives ont eu un impact significatif sur la courbe des taux. Cependant, entre 2003 et 2006, ces variations ont influencé de manière significative la courbe des taux. Concernant les primes de terme, les résultats ont montré une diminution de ces primes sur les horizons longs pour la période 2000-2003 et une augmentation sur les horizons courts pour la période 2003-2006. L'analyse de trajectoire des taux à court terme a révélé une plus grande sensibilité aux indications prospectives à partir de 2003 par rapport à la période précédente, tout comme les résultats concernant les coûts du crédit privé.
Concernant les indicateurs macroéconomiques, la hausse du taux des fonds fédéraux a entraîné des résultats inattendus, tels qu'une augmentation de l'inflation et une baisse du chômage, témoignant d'un regain de confiance des marchés entre 2000 et 2003. Entre 2003 et 2006, la modification du langage utilisé dans les indications prospectives a provoqué le ralentissement économique attendu, avec une baisse de la croissance des dépenses de consommation personnelle, une hausse du chômage et une croissance négative de la production industrielle, tandis que l'inflation n'a pas réagi de manière significative.
- Leçons de politique publique
Cet article analyse comment la nature des indications prospectives du FOMC influence les réactions du secteur privé aux déclarations de politique monétaire. Les réactions du secteur privé aux déclarations du FOMC de février 2000 à mai 2006 ont été étudiées, en comparant deux périodes : de février 2000 à juin 2003, axée sur les perspectives économiques, et d’août 2003 à mai 2006, intégrant les indications d’orientation de la politique monétaire.
Les résultats ont montré que les indications prospectives mettant l'accent sur les risques pesant sur les perspectives économiques produisent des effets informationnels plus marqués que celles mettant l'accent sur les orientations de la politique monétaire. Durant la période initiale (2000-2003), les indications prospectives axées sur les perspectives économiques ont eu de forts effets informationnels, entraînant des révisions positives des anticipations des acteurs du marché et une amélioration de la conjoncture économique. Durant la période ultérieure (2003-2006), l'introduction d'un langage relatif aux orientations de la politique monétaire a fait prévaloir les effets théoriques classiques des indications prospectives, conduisant à des révisions négatives des anticipations et à une détérioration de la conjoncture économique. Ces observations soulignent l'importance de la clarté et de la stratégie dans la communication de la politique monétaire, suggérant que la manière dont le FOMC communique ses intentions peut influencer significativement les anticipations et, par conséquent, la conjoncture économique.
Références
EGGERTSSON, GB; WOODFORD, M. La limite zéro des taux d'intérêt et la politique monétaire optimale. Documents de Brookings sur l'activité économique, v. 1, p. 139-211, 2003.
LUNSFORD, KG. Effets du langage politique et de l'information dans les premiers jours des indications prospectives de la Réserve fédérale. American Economic Review, v. 110, non. 9, p. 2899-2934, 1 sept. 2020.
ROMER, CD; ROMER, DH Information de la Réserve fédérale et comportement des taux d'intérêt. American Economic Review, vol. 90, n° 3, p. 429–457, 1er juin 2000.