Comment les attentes influencent-elles le choix des établissements d'enseignement supérieur par les étudiants ?

Chercheur principal : Bruno Benevit

Titre original: Choix de l'université : le rôle des revenus escomptés, des résultats non pécuniaires et des contraintes financières

Auteurs: Adeline Delavande et Basit Zafar

Lieu de l'intervention : Pakistan

Taille de l'échantillon : 2149 étudiants

Secteur: Éducation

Variable principale d'intérêt : Choisir un établissement d'enseignement

Type d'intervention : Perceptions à propos des universités

Méthodologie: GMM

Résumé

À l'issue de leurs études secondaires, les jeunes sont confrontés à de nombreuses options d'enseignement supérieur. Ce choix, lié à la formation et à l'établissement, peut être influencé par les attentes et les contraintes du marché, ainsi que par des facteurs non financiers. Cet article examine les déterminants du choix d'un établissement d'enseignement supérieur par les étudiants pakistanais, en considérant des éléments tels que le rendement financier, les avantages non financiers associés aux universités et les contraintes financières. Grâce à un modèle de choix d'établissement, les estimations obtenues par la méthode des moments généralisée (GMM) indiquent que les facteurs non financiers, comme l'idéologie de l'établissement, sont les principaux déterminants de ces choix. Les perspectives d'emploi jouent un rôle significatif, mais moins déterminant.

  1. Problème de politique

Choisir un établissement d'enseignement supérieur est une étape cruciale dans le parcours professionnel d'un étudiant, potentiellement influencée par de nombreux facteurs. Chaque étudiant est confronté à une décision unique et très personnelle lorsqu'il s'agit de choisir l'établissement d'enseignement supérieur qui correspond le mieux à ses besoins et à ses objectifs éducatifs.

Au-delà des perspectives de revenus futurs, souvent fondées sur des projections salariales et les offres d'emploi liées aux différents programmes et universités, d'importants facteurs subjectifs jouent un rôle crucial (Eisenhauer, Heckman et Mosso, 2015). Des éléments tels que l'adéquation avec la culture et les valeurs de l'établissement, sa situation géographique, la qualité de son corps professoral et la disponibilité de ressources académiques spécifiques peuvent influencer cette décision (Delavande et Zafar, 2019). Ainsi, chaque étudiant prend en compte une combinaison unique de facteurs objectifs et subjectifs pour trouver l'établissement qui correspond le mieux à ses aspirations académiques et personnelles.

  1. Contexte de mise en œuvre des politiques

Le système d'enseignement supérieur pakistanais comprend un large éventail d'établissements, à l'instar du reste de l'Asie du Sud. Ces établissements vont des universités publiques et privées aux madrasas, écoles religieuses islamiques très répandues dans la région. Les universités, publiques comme privées, organisent leurs propres concours d'entrée, similaires à ceux en vigueur aux États-Unis et au Brésil. Par ailleurs, certaines universités proposent également des admissions sur la base des résultats du baccalauréat et/ou d'entretiens.

La qualité de l'enseignement supérieur au Pakistan est très variable. Certains établissements jouissent d'une renommée internationale, tandis que d'autres sont confrontés à des problèmes d'infrastructure et de gouvernance. À cet égard, les universités privées se distinguent par leur pédagogie de type occidental et leurs excellentes perspectives d'emploi, malgré des frais de scolarité élevés. À l'opposé, les madrasas offrent généralement leurs services gratuitement. Les universités islamiques, généralement publiques et accessibles aux populations les plus modestes, se situent dans une situation intermédiaire. Malgré cette diversité, le taux de scolarisation des étudiants pakistanais âgés de 17 à 23 ans était de 5,1 % en 2011 (Delavande et Zafar, 2019).

  1. Détails de l'évaluation

Afin de recueillir des données sur les attentes des étudiants vis-à-vis des établissements d'enseignement, cette étude a mené une enquête auprès d'étudiants masculins en âge d'aller à l'université, inscrits dans différents établissements de deux centres urbains du Pakistan. Les cinq universités présentées dans le questionnaire représentaient la diversité des établissements d'enseignement supérieur au Pakistan et étaient réparties comme suit : (i) Université très sélective (UR), (ii) Université sélective (UR), (iii) Université islamique (UI), (iv) Madrasa de la ville 1 (M1) et Madrasa de la ville 2 (M2).

Ce questionnaire visait à comprendre les préférences des étudiants concernant le choix d'une université. Un scénario hypothétique de sélection d'établissements d'enseignement supérieur leur a été présenté, et il leur a été demandé de classer cinq universités existantes par ordre de préférence. Ces choix ont été effectués dans deux situations distinctes : la première tenant compte de la situation financière actuelle de l'étudiant (déclaré comme ayant des difficultés financières), et la seconde ne tenant pas compte du coût des études supérieures (déclaré comme n'ayant aucune difficulté financière). Cette approche a permis d'isoler les préférences des étudiants au moment de l'enquête, indépendamment de toute influence extérieure telle que des contraintes financières ou d'autres facteurs.

L'étude a également recueilli des données sur les opinions des étudiants concernant divers débouchés scolaires et professionnels, fournissant des informations sur leur perception du retour sur investissement associé aux différents établissements d'enseignement (par rapport à eux-mêmes et à la population générale). De plus, le questionnaire portait aussi sur la perception qu'ont les étudiants de l'acceptation parentale, du risque d'abandon scolaire, de l'adéquation idéologique, de la qualité de l'enseignement et du coût mensuel d'un établissement donné.

  1. Méthode

Cette étude s'appuie sur un modèle de choix d'établissement scolaire développé par les auteurs, prenant en compte les paramètres de la fonction d'utilité des étudiants, tels que la consommation, l'alignement idéologique, les coûts liés aux cours, les coûts d'un éventuel déménagement de l'établissement d'enseignement supérieur, les facteurs propres à l'établissement, ainsi que les probabilités de réussite et d'abandon. Les chocs informationnels survenant après l'entrée en formation influent également sur la probabilité d'abandon. De plus, le modèle considère la probabilité d'obtenir un emploi, que les étudiants aient ou non terminé leurs études, et son impact sur leurs anticipations subjectives concernant leurs revenus futurs (à 30 ans).

Pour estimer les paramètres structurels influençant le choix d'un établissement d'enseignement supérieur par les étudiants pakistanais, la méthode des moments généralisée (GMM) a été utilisée. Plus précisément, la GMM a consisté en l'estimation conjointe de deux régressions : (i) une régression logistique multinomiale pour déterminer la probabilité de choisir un établissement donné et (ii) une régression logistique fractionnaire pour déterminer la probabilité d'abandonner ses études dans un établissement donné. Les auteurs ont vérifié la validité du modèle en comparant les résultats obtenus sur des sous-échantillons d'étudiants de première année et des années suivantes.

L'approbation subjective des parents d'élèves par les établissements d'enseignement supérieur a été vérifiée en tenant compte des coûts, du revenu familial, du type d'établissement (madrassa ou non), de la distance du domicile, du degré de religiosité des élèves et des attentes concernant le retour sur investissement professionnel offert par la formation.

Les auteurs ont effectué des régressions linéaires pour estimer les attentes concernant l'employabilité (sous condition d'être diplômé ou non), les revenus (sous condition d'être diplômé ou non), le niveau d'études et l'affiliation idéologique. Les modèles ont pris en compte les effets fixes de l'établissement d'enseignement actuel, les effets fixes des établissements d'enseignement évalués dans le questionnaire et l'âge de l'étudiant.

Enfin, l'étude a présenté plusieurs estimations sur l'impact de trois simulations de politiques : (i) la réduction des contraintes financières, (ii) la fourniture d'informations concernant les rendements de chaque type d'établissement d'enseignement supérieur et (iii) l'homogénéisation idéologique des établissements d'enseignement.

  1. Principaux résultats

Les estimations obtenues ont révélé une forte variation des croyances des étudiants concernant les résultats escomptés selon les différents établissements d'enseignement, ainsi qu'une diversité significative de croyances entre les individus au sein d'un même établissement. Les données relatives aux croyances subjectives ont offert une représentation cohérente de cette situation, dans la mesure où les attentes concernant leurs revenus à 30 ans, conditionnées par les établissements, concordaient avec les tendances observées dans les données réelles.

De plus, les résultats indiquent que les étudiants ont tendance à choisir leurs établissements d'enseignement supérieur en fonction de critères non financiers, tels que l'approbation parentale et le classement de l'établissement à la fin de leurs études, ce qui implique une plus grande valorisation de l'établissement où ils étaient inscrits au moment de leur inscription. De même, les opinions relatives au risque d'abandon scolaire étaient généralement moins favorables pour l'établissement où les étudiants étaient inscrits.

Concernant les simulations de politiques publiques, les résultats ont révélé que la réduction des contraintes financières par l'octroi de prêts ou la gratuité de l'enseignement aurait pu bénéficier à environ 60 % des étudiants de l'échantillon, et que près de 20 % d'entre eux auraient opté pour un autre établissement d'enseignement supérieur. Ces résultats suggèrent que les contraintes financières jouent un rôle important dans le choix d'une université au Pakistan, où les marchés du crédit efficaces sont rares (Delavande et Zafar, 2019). Quant aux deux autres politiques simulées, les résultats ont mis en évidence l'importance des facteurs non financiers et la diversité des préférences des étudiants quant à l'idéologie propre à chaque établissement : toute politique visant à standardiser les établissements en matière d'enseignement aurait eu un impact relativement négligeable sur les choix d'inscription ; toutefois, elle aurait entraîné une perte de bien-être pour un tiers des étudiants.

  1. Leçons de politique publique

Cet article examine le rôle des contraintes financières, des rendements monétaires attendus et des facteurs non pécuniaires liés aux établissements d'enseignement supérieur dans le processus de choix d'études supérieures des étudiants au Pakistan. À cette fin, les auteurs ont exploré le contexte de l'enseignement supérieur dans le pays, qui présente une hétérogénéité idéologique significative entre ses universités traditionnelles et ses madrasas.

L'étude a démontré que les contraintes financières jouent un rôle important dans le choix d'une université par les étudiants, ce choix étant fortement influencé par l'approbation parentale et les aides financières. De ce fait, les politiques d'aides visant à atténuer ces contraintes pourraient accroître le taux d'inscription dans les universités les plus onéreuses, augmentant ainsi les revenus et améliorant sensiblement le bien-être des étudiants bénéficiaires tout au long de leur vie.

Références

DELAVANDE, A.; ZAFAR, B. Choix de l'université : le rôle des revenus attendus, des résultats non pécuniaires et des contraintes financières. Journal d'économie politique, v. 127, non. 5, p. 2343-2393, octobre. 2019.

EISENHAUER, P.; HECKMAN, JJ; MOSSO, S. Estimation des modèles de choix discrets dynamiques par maximum de vraisemblance et par la méthode simulée des moments. International Economic Review, vol. 56, n° 2, p. 331–357, mai 2015.