Comment le MERCOSUR influence-t-il les autres pays ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre du document : Comment les blocs régionaux affectent les pays exclus : les effets du MERCOSUR sur les prix

Auteurs: Won Chang et L. Alan Winters

Lieu de l'intervention : Brasil

Taille de l'échantillon : 4 pays membres

Thème principal : Politique économique et gouvernance

Variable principale d'intérêt : Importer

Type d'intervention : Impact du MERCOSUR sur les prix à l'exportation

Méthodologie: Jeu des prix

Les effets des accords commerciaux préférentiels sur le bien-être sont plus directement liés aux variations des prix d'échange, c'est-à-dire aux termes de l'échange. Chang et Winters (2002) utilisent un jeu de tarification stratégique simple sur des marchés segmentés pour mesurer les effets du MERCOSUR sur les prix des exportations des pays non membres vers le Brésil : l'exemption de droits de douane accordée par le Brésil à ses partenaires du MERCOSUR engendre une pression concurrentielle qui incite les autres exportateurs à baisser leurs prix. À partir de données détaillées sur les valeurs unitaires et les droits de douane, les auteurs constatent que la création du MERCOSUR a été associée à des baisses significatives des prix des exportations des pays non membres vers la région.

Contexte d'évaluation

Les accords commerciaux préférentiels (ACP) sont devenus une composante essentielle et permanente du système de négociation multilatéral. Entre 1990 et 1997, quatre-vingt-sept accords préférentiels ont été notifiés à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et la quasi-totalité des signataires de l'OMC sont actuellement membres d'au moins un ACP. Malgré cette large diffusion, des inquiétudes persistent quant aux conséquences des ACP sur le bien-être, notamment des pays exclus. Si les effets de ces accords préférentiels sur le volume et les quantités des échanges sont fréquemment étudiés, ces variables ne permettent pas d'évaluer précisément leurs effets sur le bien-être des pays tiers. Ces derniers sont plus directement liés aux effets sur les prix, et peu d'études leur sont consacrées. En effet, aucune autre étude ex post publiée sur les effets d'un ACP sur les prix de ses partenaires commerciaux n'a été recensée.

Détails de l'intervention

Chang et Winters (2002) analysent le MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), l'une des unions douanières les plus récentes et controversées. Ils examinent l'impact du MERCOSUR sur les prix à l'importation des pays non membres, en supposant que ces pays exportent vers deux marchés segmentés : (1) le Brésil et (2) le reste du monde, dans un contexte de concurrence imparfaite et de produits différenciés. L'étude se concentre sur le marché brésilien des importations, important et de loin le plus important du MERCOSUR. Les auteurs considèrent que les modifications des tarifs douaniers brésiliens accordés dans le cadre du traitement de la nation la plus favorisée (NPF) ont directement induit des variations de prix chez les entreprises non membres exportant vers le Brésil, et que les préférences tarifaires accordées aux membres, comme l'Argentine, entraînent des ajustements de prix « stratégiques » supplémentaires sur le marché brésilien. Ils cherchent donc à identifier ces ajustements dans les données d'importation des produits brésiliens et dans les données d'exportation de leurs principaux fournisseurs étrangers.

Les données commerciales ayant permis d'obtenir les valeurs unitaires (en valeur/quantité) proviennent de la base de données Comtrade des Nations Unies, au niveau à six chiffres du Système harmonisé (SH). Ces données présentent deux avantages majeurs par rapport à d'autres sources. Premièrement, elles sont très désagrégées : plus de 5 000 produits sont distingués. Cela contribue à minimiser l'hétérogénéité au sein de chaque catégorie, ce qui améliore la qualité des données sur les valeurs unitaires et réduit le besoin de calcul de moyennes tarifaires au sein des catégories. Deuxièmement, les données commerciales et tarifaires se combinent très bien au niveau à six chiffres, car à ce niveau, la classification SH est universelle.

Les données tarifaires ont été fournies par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et le Secrétariat du MERCOSUR. Le Tarif extérieur commun (TEC) pour 1995 et 1996, ainsi que les exceptions prévues par le Protocole d'Ouro Preto, sont définis au niveau du Système harmonisé (SH) à 8 chiffres. Afin d'harmoniser les données tarifaires et de prix, les auteurs ont tronqué les codes tarifaires à 6 chiffres et calculé des moyennes simples.

Détails de la méthodologie

Pour réaliser cette analyse, Chang et Winters (2002) présentent un modèle dans lequel des équations d'estimation de forme réduite sont dérivées et une analyse de statique comparative est utilisée pour interpréter leurs coefficients. Le modèle met en scène deux entreprises, l'une « non membre » et l'autre « membre », exportant un produit différencié vers le marché brésilien. Les deux entreprises réagissent aux prix pratiqués par l'autre (ainsi qu'à leurs propres droits de douane, taux de change et salaires), participant ainsi à un jeu de Bertrand sur le marché brésilien. Ce jeu est étudié en examinant les prix relatifs des entreprises membres et non membres au Brésil et, pour certains exportateurs, les prix relatifs des exportations vers le Brésil et d'autres marchés.

On suppose que les prix à l'exportation des entreprises non membres vers le Brésil sont influencés non seulement par les droits de douane auxquels elles sont soumises, mais aussi par ceux appliqués à leurs concurrents dans les pays membres, par le biais de l'effet de ces derniers sur les prix pratiqués par ces derniers. Ainsi, ces deux effets sont estimés à partir des données d'exportation de matières premières des principaux fournisseurs étrangers du Brésil.

Résultats

Les pays du MERCOSUR ont procédé à d'importants ajustements tarifaires entre 1989 et 1996. Outre les réformes unilatérales menées de 1989 à 95, ils ont largement supprimé les droits de douane sur les importations en provenance de leurs partenaires entre 1991 et 95, conformément au Traité d'Asunción de 1991. Le Tarif extérieur commun (TEC) du MERCOSUR repose sur le Protocole d'Ouro Preto, adopté, après de longues discussions, fin 1994 et mis en œuvre au cours des deux années suivantes. Les différentes phases de ces ajustements, ainsi que les exceptions prévues pour le TEC et le libre-échange intérieur, expliquent les variations considérables des marges préférentielles dans le commerce intérieur, tant dans le temps que selon les produits. Ceci permet d'en identifier empiriquement les effets.

En ce sens, les résultats empiriques indiquent que les États-Unis ont exporté pour environ 5,4 milliards de dollars vers le Brésil en 1991. Compte tenu de la baisse moyenne des droits de douane des partenaires de 26 points de pourcentage jusqu'en 1996 et d'un coefficient de 0,445, cela représente une perte de 624,1 millions de dollars cette année-là. Des pertes similaires ont été constatées pour les autres pays ayant communiqué leurs données d'exportation : le Japon (58,8 millions de dollars), l'Allemagne (236 millions de dollars), la Corée du Sud (13,7 millions de dollars) et le Chili (17,3 millions de dollars). Ces estimations sont considérées comme approximatives – par exemple, toutes les exportations américaines n'ont peut-être pas été affectées et des ajustements de quantités, partiellement compensatoires, ont pu être intervenus – mais elles donnent une idée de l'ampleur des pertes de recettes d'exportation que peuvent subir les pays exclus des accords régionaux. Ces estimations sont assez similaires lorsqu'on les additionne pour l'ensemble des biens.

Leçons de politique publique

L'un des principaux facteurs influençant la santé de toute économie commerçante est la qualité de ses termes de l'échange ; par conséquent, les questions relatives à la politique commerciale doivent être liées à cette variable. Cependant, compte tenu de son importance théorique, cette question est rarement abordée dans les études empiriques. À cet égard, Chang et Winters (2002) démontrent empiriquement que l'intégration régionale affecte les prix des biens échangés. Ce résultat n'est pas surprenant d'un point de vue théorique, comme mentionné précédemment, puisque les effets sur les prix sont au cœur de l'analyse de la politique commerciale internationale. La nouveauté réside dans le fait que, hormis un travail antérieur des auteurs eux-mêmes, qui utilisait des données moins appropriées et un test empirique moins rigoureux, aucune autre étude empirique ex post des effets de l'intégration sur les prix n'a été menée.

Chang et Winters (2002) démontrent également que les effets de l'intégration sur les prix peuvent être quantitativement significatifs pour les exportateurs non membres approvisionnant un marché en intégration comme le Brésil. Une implication politique majeure est que, même si les accords commerciaux préférentiels visent uniquement à faciliter les échanges entre les territoires membres et non à ériger des barrières commerciales entre les autres parties contractantes et ces territoires, ces dernières peuvent néanmoins en subir les conséquences négatives. Les effets sur les « non-membres » ont toujours été une source de préoccupation, comme en témoignent les formulations de l'article XXIV et de la « clause d'habilitation » suggérant que les non-membres ne devraient pas être lésés. Ainsi, les résultats de cette étude apportent un soutien empirique à l'argument théorique bien établi selon lequel, même si les droits de douane extérieurs restent inchangés par l'intégration, les pays non membres sont susceptibles d'être pénalisés par l'intégration régionale.

Références

Chang, W., & Winters, L. A. (2002). Comment les blocs régionaux affectent les pays exclus : les effets de prix du MERCOSUR. American Economic Review92(4), 889-904.