Comment les partenariats public-privé peuvent-ils améliorer le système d'éducation publique ?

Chercheur principal : Bruno Benevit

Auteurs: Mounir Karadja et Erik Prawitz

Titre original: Externalisation de l'éducation : preuves expérimentales du Libéria

Lieu de l'intervention : Liberia

Taille de l'échantillon : 3 508 élèves, 185 écoles

Secteur: Économie de l'éducation

Variable principale d'intérêt : Qualité des écoles

Type d'intervention : gestion privée

Méthodologie: OLS

Résumé

Les partenariats public-privé (PPP) peuvent offrir aux gestionnaires publics des opportunités d'améliorer la prestation de services publics à la population, en tirant parti des incitations à l'efficacité du secteur privé. Écoles partenaires pour le Libéria Le programme PSL (Partenariat Public-Privé) était une étude de cas de partenariat public-privé (PPP) dans le secteur de l'éducation, consistant à déléguer aléatoirement la gestion de 93 écoles publiques à des organismes privés. L'objectif de cette étude était d'évaluer l'impact de ce programme sur la gestion, la performance pédagogique et la satisfaction des élèves des écoles sélectionnées. Les résultats ont indiqué que les élèves de ces écoles ont obtenu de meilleurs résultats aux tests d'anglais et de mathématiques et que les élèves et leurs familles ont exprimé une plus grande satisfaction dans les écoles PSL. Bien qu'une hétérogénéité significative ait été constatée entre les prestataires, aucune hétérogénéité n'a été observée en termes de progrès d'apprentissage ou d'effectifs selon les caractéristiques des élèves.

  1. Problème de politique

Les partenariats public-privé (PPP) offrent aux gestionnaires publics la possibilité d'améliorer la prestation de services publics à la population, en leur permettant de déléguer la gestion de l'offre de biens et de services au secteur privé. Toutefois, si les PPP peuvent potentiellement induire une plus grande efficacité grâce aux incitations auxquelles est confronté le secteur privé, des réserves subsistent quant à la capacité des institutions privées à atteindre une telle efficacité par des réductions de coûts, ce qui risque de pénaliser la qualité des services contractuels (ROMERO ; SANDEFUR ; SANDHOLTZ, 2020).

Au Libéria, programme Écoles partenaires pour le Libéria Le programme PSL (Private Schools Limited) était un exemple de partenariat public-privé (PPP) dans le secteur de l'éducation mis en œuvre dans le pays en 2016. Dans le cadre de ce programme, la gestion de 93 écoles publiques a été déléguée de manière aléatoire à huit organisations privées. Ce programme a ainsi permis d'expérimenter et d'évaluer la performance et le rapport coût-efficacité des PPP dans le secteur de l'éducation, et d'observer comment le conflit potentiel entre la qualité et l'efficacité des écoles est géré par le biais d'une gestion privée.

  1. Contexte de mise en œuvre des politiques

L'étude a mené une expérience pour sélectionner les écoles participant au programme. Les écoles du programme PSL (groupe expérimental) étaient gérées par des organismes privés, tandis que celles du groupe témoin restaient publiques. Conformément au contrat, le programme PSL garantissait initialement un enseignant par niveau dans chaque école, ainsi qu'un financement supplémentaire, et était autorisé à limiter la taille des classes. Enfin, si l'enseignement primaire restait gratuit dans les deux types d'établissements, les écoles publiques facturaient des frais d'accueil de la petite enfance.

Un échantillonnage et une répartition aléatoires ont été effectués pour une étude analysant les écoles primaires publiques au Libéria. Il a été établi que les écoles participant au programme PSL devaient répondre à certains critères, notamment un nombre minimal de salles de classe et d'enseignants, un accès routier adéquat et un fonctionnement en une seule équipe. Après la sélection, seules quelques écoles remplissaient tous les critères. Les écoles participant à l'étude étaient, en moyenne, plus proches de la capitale, disposaient de plus de ressources et d'infrastructures de meilleure qualité que la moyenne des écoles du pays. Les écoles ont été regroupées par paires au sein de chaque district en fonction des ressources disponibles. Certaines écoles initialement désignées pour faire partie du programme n'étaient pas gérées par des prestataires privés et ont donc été considérées comme non conformes.

  1. Détails de l'évaluation

Un échantillonnage aléatoire a établi que les écoles participant au programme PSL devaient répondre à certains critères, tels qu'un nombre minimal de salles de classe et d'enseignants, un accès routier adéquat et un fonctionnement en une seule équipe. Après la sélection, seules quelques écoles remplissaient tous les critères. Les écoles participant à l'étude étaient, en moyenne, plus proches de la capitale, disposaient de plus de ressources et d'infrastructures supérieures à la moyenne nationale. Au sein de chaque district, les écoles ont été regroupées par paires en fonction des ressources disponibles. Certaines écoles initialement désignées pour le programme n'étaient pas gérées par des prestataires privés et ont donc été considérées comme… non-conformistes au traitement, permettant l’identification de l’effet intention de traiter (ITT) à partir des observations de ces écoles (7 écoles au total).

La collecte de données dans les écoles participantes s'est déroulée au début de l'année scolaire (septembre-octobre 2016) et à la fin de l'année scolaire (mai-juin 2017). Les données recueillies portaient sur les caractéristiques constantes des élèves et leurs résultats aux tests d'anglais et de mathématiques, ainsi que sur les caractéristiques des écoles et les stratégies pédagogiques des enseignants d'anglais et de mathématiques. Elles ont également mis en évidence une différenciation selon le format des questions posées : standardisées, conceptuelles et abstraites. Par ailleurs, afin de vérifier la composition des effectifs scolaires dans chaque école, les données d'inscription de 20 élèves par école ont été compilées pour l'année scolaire précédant l'expérimentation.

  1. Méthode

Pour évaluer l'impact du programme PSL sur les performances scolaires, l'étude a utilisé deux modèles de régression linéaire (MCO), estimant l'effet du traitement sur les élèves traités (ToT) et l'effet en intention de traiter (ITT). Pour estimer l'effet ToT, l'identification des écoles initialement affectées au groupe traité a servi d'instrument. Le premier modèle consistait en une simple comparaison des résultats post-traitement des élèves des deux groupes. Le second modèle intègre des variables de contrôle pour les caractéristiques invariantes dans le temps, mesurées aux niveaux de l'élève et de l'école. Les deux modèles sont estimés en regroupant les erreurs-types au niveau de l'école.

Par la suite, l'impact du programme PSL sur l'accès à l'éducation a été examiné. Les effets sur trois variables de résultat ont été observés, à partir des données de l'année scolaire précédant l'expérimentation : les effectifs, l'assiduité et la sélection des élèves en situation de handicap. Des modèles ont été estimés aux niveaux de l'établissement et de l'élève. Les effets sur ces variables de résultat ont également été estimés en tenant compte des effectifs de classe réduits par les exigences du prestataire PSL, ainsi que de l'impact des effectifs de classe, réduits ou non, sur les résultats aux tests de connaissances. Les erreurs-types ont de nouveau été regroupées au niveau de l'établissement.

L'étude présente également des analyses en intention de traiter (ITT) portant sur la gestion scolaire, le comportement des enseignants, celui des familles des élèves, la perception des frais de scolarité et les attitudes des élèves. Enfin, elle propose une analyse d'hétérogénéité entre les huit établissements privés. Ainsi, l'impact entre les écoles de chaque établissement a été observé : (i) sur les résultats aux tests de connaissances, (ii) sur les pratiques scolaires en matière de fidélisation et de recrutement des enseignants, et (iii) sur la satisfaction des parents et des élèves.

  1. Principaux résultats

Les résultats ont indiqué qu'après un à deux mois de traitement, les scores des élèves aux tests ont augmenté significativement de 0,05 écart-type en mathématiques et de 0,07 écart-type en anglais. L'effet du traitement s'est accru au fil du temps, témoignant de progrès continus. Ces effets étaient significatifs pour les nouveaux modules et les questions conceptuelles, suggérant de réels acquis d'apprentissage. Aucune hétérogénéité des effets du traitement selon le statut socio-économique, le sexe ou le niveau scolaire n'a été observée. De plus, les résultats se sont avérés robustes à différentes mesures des aptitudes des élèves.

Des variations d'effectifs ont été observées entre les écoles participant au programme et les écoles témoins. Avant le programme, les écoles participantes étaient légèrement plus grandes, avec en moyenne 34 élèves de plus. Au cours de l'année scolaire 2016-2017, elles comptaient en moyenne 57 élèves de plus que les écoles témoins, soit une augmentation nette de 25 élèves par école. L'assiduité des élèves s'est également améliorée dans les écoles participantes, avec un écart de 16 points de pourcentage par rapport aux écoles témoins. Aucune exclusion systématique de groupes d'élèves n'a été constatée dans ces écoles. L'analyse de la sélection des élèves n'a révélé aucune différence statistiquement significative entre les deux programmes. Lorsque des restrictions sur la taille des classes ont été prises en compte, le programme a entraîné une baisse significative des effectifs. Selon les auteurs, cette baisse ne semble pas être due à une sélection des « meilleurs » élèves, mais plutôt à la limitation de la taille des classes par les établissements et à la suppression des doubles vacations.

Concernant la gestion scolaire, il a été constaté que les élèves des écoles PSL avaient 23 points de pourcentage de chances supplémentaires de posséder un manuel scolaire et 8,2 points de pourcentage de chances supplémentaires de disposer de matériel d'écriture (stylo et cahier). Les écoles PSL étaient 8,7 points de pourcentage plus susceptibles d'être ouvertes pendant les heures de classe et proposaient des journées scolaires plus longues, avec 3,2 heures supplémentaires par semaine. Bien que les directeurs des écoles PSL aient obtenu des résultats similaires à ceux des directeurs des écoles publiques traditionnelles, ils consacraient davantage de temps aux activités de gestion. Les pratiques de gestion dans les écoles PSL étaient nettement meilleures, ce qui suggère une évolution du rôle des directeurs dans ces établissements.

Le comportement des enseignants a été analysé afin d'évaluer leur responsabilisation et les effets de la gestion scolaire. Les enseignants des écoles PSL étaient plus souvent présents lors des contrôles inopinés (20 points de pourcentage) et moins souvent absents les semaines précédentes (7,5 points de pourcentage). De plus, les témoignages d'élèves ont indiqué que les enseignants des écoles PSL étaient plus enclins à participer activement à l'enseignement (15 points de pourcentage), moins susceptibles de s'écarter du sujet que les enseignants des écoles PSL (25 points de pourcentage) et moins susceptibles d'agresser physiquement les élèves (6,6 points de pourcentage).

Les résultats concernant l'approbation des élèves et des familles montrent que le programme accroît également la proportion de parents satisfaits (7,49 points de pourcentage) et la probabilité que les élèves apprécient l'école (5 points de pourcentage). Bien que les écoles PSL ne puissent pas exiger de frais de scolarité, certains parents continuent de payer des frais. Les dépenses familiales liées à l'éducation diminuent, principalement grâce à la fourniture gratuite de manuels scolaires et d'uniformes par les établissements. Cependant, l'implication des parents dans l'éducation de leurs enfants reste inchangée. Quant à l'attitude des élèves, ceux des écoles PSL sont plus enclins à considérer l'école comme utile et moins susceptibles d'avoir des opinions négatives sur certaines ethnies du Libéria.

Concernant les effets observés selon chacun des huit prestataires, les écoles PSL ont présenté une hétérogénéité quant à l'ampleur et à la signification de leur impact. Les effets du traitement sur les scores composites aux tests sont positifs et significativement différents de zéro pour trois prestataires, tandis que les effets sont positifs mais statistiquement non significatifs pour trois autres. Les écoles des deux derniers prestataires ont affiché des résultats négatifs et statistiquement non significatifs. Bien que le nombre d'enseignants affectés aux écoles ait augmenté, on a également constaté un exode d'enseignants. Selon les auteurs, si le licenciement des enseignants inefficaces est important, une redistribution des enseignants est une politique peu susceptible d'améliorer la performance moyenne du système éducatif libérien dans son ensemble.

  1. Leçons de politique publique

Cet article examine les effets d'un partenariat public-privé (PPP) sur l'éducation au Libéria, en mettant l'accent sur l'amélioration de la qualité et de l'accès à l'éducation. Le programme PSL prévoyait la gestion privée d'écoles publiques, dans l'espoir d'améliorer les résultats scolaires des élèves et d'accroître la satisfaction des parents. À cette fin, des observations en classe, des entretiens avec les enseignants et une analyse des données relatives aux élèves et à leurs familles ont été menés afin d'évaluer les effets du programme sur les pratiques enseignantes, la satisfaction des élèves et des parents, ainsi que sur les taux de scolarisation et les résultats scolaires.

Les résultats ont montré que, malgré des améliorations significatives du comportement des enseignants et de la satisfaction des élèves et des parents dans certains établissements, les effets du programme étaient hétérogènes selon les prestataires. Les écoles gérées par certains prestataires privés ont enregistré des hausses importantes des résultats aux tests, tandis que d'autres n'ont obtenu que des résultats négligeables. Par ailleurs, le programme a permis de réduire les frais de scolarité, le recrutement et la fidélisation des enseignants, ainsi que les effectifs et la satisfaction des élèves et de leurs familles.

Ces résultats soulignent l'importance de prendre en compte les hétérogénéités et les incitations propres à la gestion privée lors de l'élaboration de politiques éducatives fondées sur des partenariats public-privé. Comprendre ces différences est fondamental pour développer des stratégies efficaces susceptibles d'améliorer la qualité et l'accès à l'éducation, notamment dans les contextes aux ressources limitées des pays en développement comme le Libéria.

Références

ROMERO, M.; SANDEFUR, J.; SANDHOLTZ, WA Externalisation de l'éducation : preuves expérimentales du Libéria. American Economic Review, vol. 110, n° 2, p. 364–400, 1er février 2020.