Comment les politiques de transfert influencent-elles le soutien au gouvernement ?

Chercheur principal : Adriano Valladão Pires Ribeiro

Titre de l'article :  TRANSFERTS GOUVERNEMENTAUX ET SOUTIEN POLITIQUE

Auteurs de l'article : Marco Manacorda, Edward Miguel et Andrea Vigorito

Lieu de l'intervention :  Uruguay

Taille de l'échantillon : 2232 XNUMX familles

Thème principal :  Politique économique et gouvernance

Type d'intervention : Transfert d'argent

Variable principale d'intérêt : Soutien au gouvernement

Méthode d'évaluation :  Régression discontinue

Problème de politique

Les questions relatives à l'impact des politiques publiques mises en œuvre sur le soutien gouvernemental suscitent un vif intérêt, mais sont difficiles à mesurer. Un programme de transferts sociaux contre la pauvreté en Uruguay, de par sa conception, a permis de réaliser des progrès sur ce sujet. Il a été possible d'estimer l'effet de ces transferts sur le soutien gouvernemental des bénéficiaires du programme, par rapport à celui des non-bénéficiaires.

Contexte d'évaluation

L'Uruguay a traversé une grave crise économique entre 2001 et 2002, marquée par une baisse du revenu par habitant et une augmentation de la pauvreté et du chômage. Malgré des signes de reprise en 2004, le parti au pouvoir depuis 1995 n'a pas été réélu, laissant la place au parti de gauche. Frente Amplio Entré en fonction en mars 2005, le nouveau gouvernement, dans ce contexte de redressement, a mis en œuvre dès avril 2005 le plus vaste programme de lutte contre la pauvreté jamais entrepris dans le pays. Plan national de soins sociaux d'urgence (PANNEAUX).

Détails de l'intervention

PANES était un programme d'aide temporaire qui a duré jusqu'en décembre 2007 et poursuivait deux objectifs : premièrement, apporter une aide aux familles touchées par la crise de 2001-2002 et, deuxièmement, renforcer le capital humain et social des plus démunis afin qu'ils puissent, à terme, sortir de cette situation. Le programme reposait principalement sur des transferts monétaires mensuels, indépendants de la taille du ménage. Ces transferts étaient conséquents et représentaient plus de la moitié du revenu moyen déclaré par les bénéficiaires avant le début de l'aide. Les familles avec enfants et femmes enceintes recevaient également une carte alimentaire dont le montant était plafonné en fonction du nombre d'enfants et de femmes enceintes. Environ 70 % des familles bénéficiaires ont reçu cette carte.

Le ministère du Développement social était chargé de recueillir des informations sur les familles, le logement, les revenus, l'emploi et le niveau d'éducation des quelque 190 000 demandeurs du programme. Plus de 102 000 familles en ont bénéficié, soit environ 10 % de l'ensemble des familles et 14 % de la population uruguayenne. Pour déterminer l'éligibilité au PANES, un système de notation, prenant uniquement en compte les caractéristiques socio-économiques des familles, a été utilisé. Afin d'éviter toute manipulation, ni les collecteurs de données ni les familles n'étaient informés du système de notation, ni des variables et pondérations utilisées. Seules les familles ayant obtenu un score inférieur à un certain seuil d'éligibilité pouvaient prétendre au programme.

Après la collecte initiale des données, deux enquêtes complémentaires ont été menées. La première, entre octobre 2006 et mars 2007, a permis de recueillir des informations non seulement sur le logement, la composition familiale, les biens durables, l'emploi, les revenus, l'éducation, les soins médicaux, la connaissance des droits et la participation à des groupes sociaux, mais aussi sur la satisfaction économique, l'opinion sur la conception du programme et l'orientation politique des répondants, notamment leur soutien au gouvernement en place, variable d'intérêt de l'étude. La seconde, entre février et mars 2008, après la fin du programme en décembre 2007, était très similaire à la première, mais comportait des questions supplémentaires sur les positions sociales et politiques.

Méthodologie

Pour évaluer le soutien politique apporté par le programme PANES au parti qui l'a mis en œuvre, un échantillon de 2 232 familles inscrites au programme et dont les scores étaient proches du seuil d'éligibilité a été utilisé. L'objectif est de comparer les familles éligibles et non éligibles qui, étant proches du seuil, présentent des caractéristiques socio-économiques très similaires ; la seule différence majeure résiderait donc dans le fait qu'elles aient ou non bénéficié du transfert monétaire. Par conséquent, les différences observées dans les réponses moyennes au questionnaire concernant la position politique des groupes pourraient être attribuées à l'aide financière du gouvernement.

Plusieurs points relatifs à la qualité de la conception du programme, visant à prévenir toute manipulation et fraude potentielles et à garantir ainsi l'exactitude des résultats de la recherche, méritent d'être soulignés. Premièrement, le seuil d'admissibilité s'est avéré efficace : les familles dont les revenus étaient inférieurs au seuil ont reçu le transfert, contrairement à celles dont les revenus étaient supérieurs. Deuxièmement, la règle de notation pour chaque famille a été établie après la collecte des données, empêchant ainsi toute manipulation des réponses, que ce soit de la part des participants ou des administrateurs. Troisièmement, cette règle de notation n'a été rendue publique qu'après la clôture du programme. Enfin, des précautions ont été prises concernant la dimension politique du questionnaire afin d'éviter que les participants n'adoptent une stratégie dans leurs réponses par crainte de perdre l'aide gouvernementale.

Résultats

L'impact du programme PANES sur le soutien au gouvernement a été mesuré à partir des réponses à la question suivante : « Par rapport au gouvernement précédent, estimez-vous que le gouvernement actuel est pire (0), identique (1/2) ou meilleur (1) ? ». Cette question figurait dans le questionnaire administré pendant toute la durée du programme et après sa clôture. La moyenne des réponses est comprise entre 0 et 1, les valeurs proches de 1 indiquant un soutien plus important au gouvernement en place. Comme mentionné précédemment, la différence entre les moyennes des réponses des groupes éligibles et non éligibles aux transferts, proches du seuil d'éligibilité, permet de comparer l'impact du programme sur le soutien au gouvernement.

Impacts constatés pendant le programme : Dans l'enquête menée entre fin 2006 et début 2007, le soutien au gouvernement parmi les familles éligibles au PANES était de 0.90, tandis que parmi les familles non éligibles, il était de 0.77. Par conséquent, l'éligibilité au programme est associée à une augmentation de 13 points de pourcentage.

Impact constaté après le programme : L'étude menée en 2008, après la fin du programme, donne des résultats similaires, quoique moindres. L'augmentation du soutien au gouvernement parmi les bénéficiaires du PANES est estimée entre 8 et 12 points de pourcentage.

On observe donc une augmentation significative du soutien au gouvernement ayant mis en œuvre le programme de transferts, même après la fin de celui-ci.

Leçons de politique

Nous pouvons tirer des enseignements des résultats et de la conception du programme. Premièrement, les résultats de cette étude indiquent que les politiques de transferts sociaux peuvent avoir des effets importants et durables sur les opinions politiques des bénéficiaires. Deuxièmement, ce type de mesure présente plusieurs problèmes potentiels, notamment la possibilité de confondre la causalité des événements (dans ce cas précis, les bénéficiaires du programme seraient des familles qui soutenaient déjà le gouvernement) et la manipulation des réponses au questionnaire. Cependant, une conception et une mise en œuvre rigoureuses du programme démontrent que non seulement ces problèmes peuvent être évités, mais aussi que les résultats obtenus sont fiables.

Référence

Manacorda, Marco; Miguel, Edward; Vigorito, Andrea. « Transferts gouvernementaux et soutien politique ». American Economic Journal: Applied Economics, 3(3): 1-28. 2011.