Quel impact les subventions au logement peuvent-elles avoir sur la vie des gens ?

Chercheur principal : Bruno Benevit

Titre original: Les effets des logements subventionnés sur la qualité du logement, les revenus et le capital humain dans les villes indiennes

Auteur: Tanu Kumar

Lieu de l'intervention : Inde

Taille de l'échantillon : 3.170 personnes

Secteur: Politiques publiques                  

Variable principale d'intérêt : Éducation, emploi et revenus

Type d'intervention : allocation logement

Méthodologie: RCT

Résumé

Les programmes de subventions au logement constituent un outil important pour améliorer les conditions de vie des citoyens en situation de vulnérabilité sociale. Cependant, selon leur conception, ces politiques peuvent engendrer des effets indésirables, notamment lorsque les bénéficiaires sont contraints de s'installer dans des régions éloignées des opportunités d'emploi ou de leurs liens territoriaux et sociaux. Afin de mieux comprendre ces impacts, cette étude a analysé les effets d'une politique de subventions au logement, avec attribution par tirage au sort, mise en œuvre en Inde, permettant aux bénéficiaires de louer ces logements subventionnés. Les résultats ont démontré qu'après 3 à 5 ans, les gagnants ont constaté des améliorations en matière de logement, de revenus, d'éducation et d'emploi, en particulier chez les jeunes. Ces résultats sont comparables à ceux des programmes de transferts de revenus, ce qui indique que des subventions au logement négociables peuvent générer des effets socio-économiques similaires.

  1. Problème de politique

Les politiques de subventions au logement visent à faciliter l'accès à la propriété grâce à des incitations financières telles que des réductions sur les prix de vente, des financements à taux d'intérêt bas et la vente directe de biens immobiliers publics. Ces initiatives ont pour objectif d'améliorer les conditions de vie des familles à faibles revenus en leur offrant une sécurité immobilière et en allégeant leurs dépenses mensuelles. En réduisant les obstacles à l'entrée sur le marché du logement, les subventions peuvent avoir des effets positifs sur la qualité des logements, le pouvoir d'achat des familles et leur accès au crédit pour d'autres investissements (Kumar, 2021).

Les politiques de logement varient selon les modalités et les règles d'utilisation des ressources mises à disposition. Les transferts monétaires offrent une plus grande flexibilité aux bénéficiaires, qui peuvent répartir les fonds entre différentes dépenses, tandis que les subventions au logement garantissent un investissement direct dans un bien immobilier précis. La possibilité de louer ou de revendre le bien diversifie les sources de revenus et peut favoriser l'accumulation de patrimoine. Les critères d'éligibilité, les délais de grâce et les formalités administratives ont également une incidence sur l'impact du dispositif, influençant ainsi le profil des participants et l'étendue des aides perçues.

Le déménagement obligatoire vers de nouveaux logements peut atténuer, voire annuler, les avantages escomptés si les bénéficiaires sont envoyés dans des régions offrant moins d'opportunités d'emploi et de services. La rupture des liens communautaires et l'éloignement des centres économiques peuvent réduire les revenus et limiter les possibilités d'éducation. Afin d'atténuer ces inconvénients, un programme mis en place à Mumbai a instauré un système de loterie pour l'attribution des logements, sans obligation de changement de quartier. Les gagnants peuvent choisir d'y habiter, de le louer ou de le revendre après une période réglementée, préservant ainsi leur liberté de choix et réduisant les risques liés au déménagement.

  1. Contexte de mise en œuvre des politiques

Le programme en question a été mené par Autorité du logement et du développement régional du Maharashtra La MHADA (Mumbai Housing and Development Authority), agence d'État chargée de faciliter la vente de logements sociaux à Mumbai, propose à chaque appel d'offres des appartements construits par le gouvernement à des prix nettement inférieurs à ceux du marché. Les fonds récoltés couvrent les coûts de construction et de publicité. Pour faciliter l'accès au financement, les bénéficiaires peuvent souscrire des prêts hypothécaires à long terme (généralement sur 15 ans) auprès d'une banque publique, avec des taux d'intérêt annuels compris entre 10 % et 15 %. La MHADA intervient auprès de différentes tranches de revenus, mais concentre ses efforts sur ces catégories dans le cadre d'initiatives d'aménagement urbain.

Les bénéficiaires sont répartis en deux profils : Section économiquement plus faible (EWS) et Groupe à faible revenu (LIG). Le groupe EWS regroupe les familles dont le revenu annuel ne dépasse pas environ 3 200 USD, tandis que le groupe LIG s'adresse à celles dont les revenus annuels atteignent environ 7 500 USD. En général, chaque logement est conçu pour des familles de quatre personnes et propose des appartements d'une superficie allant de 269 à 403 pieds carrés, selon la catégorie. Les premiers versements s'élèvent à environ 230 USD, et le prix d'achat final représente une fraction de la valeur marchande. La moitié des personnes sélectionnées choisissent de louer le logement, percevant en moyenne 50 USD par mois, tandis que l'autre moitié emménage dans le logement subventionné.

La sélection des bénéficiaires s'effectue par tirage au sort informatisé, mis en place en 2010 afin de garantir la transparence du processus. Chaque tirage, organisé en 2012 et 2014, a respecté des quotas internes par caste et groupe professionnel, afin de maintenir un équilibre dans la répartition selon le profil socio-économique. Les candidats s'inscrivent en indiquant le bien immobilier souhaité et fournissent leur numéro PAN (équivalent du CPF – numéro d'identification fiscale brésilien) pour la vérification de leurs revenus. Après le tirage, les bénéficiaires peuvent acquérir le bien ou le louer ; la revente n'est autorisée qu'après dix ans de détention.

  1. Détails de l'évaluation

Le groupe de répondants potentiels comprenait tous les gagnants de la loterie de 2012 et 2014, ainsi qu'un échantillon aléatoire de non-gagnants. La MHADA a fourni 1 862 adresses utilisées lors de l'inscription initiale. Cet ensemble a été cartographié à l'aide d'un outil de géolocalisation, puis soumis à un contrôle d'exhaustivité : 42 enregistrements incomplets ont été écartés, 611 se situaient hors de la zone métropolitaine de Mumbai et 146 n'ont pas pu être cartographiés. Au terme de ce processus, 531 ménages ont été retenus dans le groupe témoin et 532 dans le groupe expérimental, préservant ainsi la représentativité des strates d'inscription (caste, profession et tranche de revenus).

Parmi ces adresses valides, 500 ménages ont été sélectionnés aléatoirement dans chaque condition expérimentale. Entre septembre 2017 et mai 2018, une organisation locale a mené la collecte des données. Les personnes non retenues ont d'abord été contactées aux coordonnées fournies lors de leur inscription ; en cas de changement d'adresse, leurs voisins ont fourni les informations mises à jour. Les gagnants ont été contactés directement à leur nouveau domicile ou à l'adresse qu'ils avaient indiquée. Dans tous les cas, l'objectif était d'interviewer la personne responsable de l'inscription – une procédure qui a abouti dans 78 % des cas.

Au total, 834 entretiens ont été menés : 413 ménages dans le groupe témoin (taux de réponse de 82,6 %) et 421 dans le groupe expérimental (84,2 %). La différence entre ces taux n’était pas statistiquement significative. L’échantillon final présentait un équilibre des caractéristiques observables, telles que la répartition par caste, profession et tranche de revenus. Bien que la cartographie ait éliminé les données relatives aux quartiers informels et aux zones situées en dehors du périmètre urbain, l’échantillon reste représentatif des participants initiaux pour les analyses ultérieures.

  1. Méthode

L'analyse a utilisé un modèle de régression linéaire par les moindres carrés ordinaires (MCO) à partir des données recueillies lors de l'essai contrôlé randomisé (ECR), selon un schéma d'analyse en intention de traiter (ITT) appliqué aux ménages et aux individus. Chaque unité a été classée comme traitée si elle avait été sélectionnée lors du tirage au sort pour l'obtention de la subvention, et comme témoin dans le cas contraire. Ainsi, les régressions considèrent la variable indicatrice de traitement comme principale variable explicative, ainsi que… mannequins Les modèles ont utilisé des strates centralisées pour contrôler les variations selon la caste, la profession et la tranche de revenu, ainsi que des interactions entre le traitement et ces strates pour saisir l'hétérogénéité.

L'ensemble des variables de résultat comprenait des mesures de la qualité du logement, du revenu mensuel par tranches, de la possession de biens, des sources de ressources d'urgence, des indicateurs de niveau d'éducation et de profession au sein du ménage, ainsi que des aspects comportementaux et des caractéristiques du quartier. Ces estimations reproduisent l'approche des moindres carrés ordinaires (MCO) avec l'indicateur de traitement et les interactions entre strates, en suivant la même procédure de contrôle FDR que celle utilisée dans les analyses du revenu et du logement.

Afin d'analyser les effets hétérogènes potentiels liés à la tranche d'âge des participants, l'étude a intégré des spécifications supplémentaires où l'impact de la subvention interagit avec des indicateurs d'âge (par exemple, 16 ou 21 ans) entre le tirage au sort et l'enquête. Ces régressions, structurées de la même manière que celles portant sur les années de scolarité et d'emploi, conservent les mêmes variables de contrôle par strate et la même structure d'erreur, permettant ainsi d'identifier les différences d'effet selon les cohortes d'âge.

  1. Principaux résultats

Les subventions au logement ont amélioré la qualité des habitations : la proportion de ménages disposant d’une salle de bain privative est passée de 60 % à 85 %, et l’accès à l’eau courante privée de 75 % à 88 %. Le nombre de familles bénéficiant d’un logement permanent a augmenté de 15 points de pourcentage. En termes de revenus, les bénéficiaires avaient 20 points de pourcentage de plus de chances de gagner plus de 20 000 roupies par mois (environ 312 USD) et 14 points de pourcentage de plus de chances de gagner plus de 10 000 roupies (156 USD). Malgré cela, la possession de biens non résidentiels, tels que des appareils électroménagers ou des véhicules, est restée globalement inchangée.

En matière d'éducation, les individus issus des ménages bénéficiaires ont bénéficié, en moyenne, de 0,61 année de scolarité supplémentaire. Parmi les jeunes ayant atteint l'âge de 16 ans après le tirage au sort, la probabilité d'obtenir un diplôme d'études secondaires a augmenté de 15 points de pourcentage. Parmi ceux ayant atteint l'âge de 21 ans durant cette période, la probabilité d'obtenir un diplôme d'études supérieures a également augmenté de 15 points de pourcentage. Par ailleurs, les parents de ces ménages étaient environ 8,6 points de pourcentage moins susceptibles d'inscrire leurs enfants dans des écoles publiques, ce qui indique une préférence pour les établissements privés après avoir reçu cette aide.

Sur le marché du travail, les individus issus de familles sélectionnées aléatoirement avaient 4,4 points de pourcentage de chances supplémentaires d'occuper un emploi, le taux d'emploi à temps plein enregistrant une hausse significative de 7,7 points de pourcentage. Parmi les jeunes ayant atteint l'âge de 21 ans après la sélection, le taux d'emploi a progressé de 19,5 points de pourcentage et le taux d'emploi à temps plein de 21,9 points de pourcentage. Ces effets étaient plus marqués au sein des groupes ayant également bénéficié d'une amélioration de leur niveau d'instruction, ce qui suggère un lien entre l'éducation et la participation au marché du travail. Aucun effet significatif n'a été observé chez les adultes de plus de 22 ans au moment de la sélection.

  1. Leçons de politique publique

Dans cet article, les auteurs ont étudié les effets socio-économiques d'un programme de logement à Mumbai offrant des subventions par le biais d'un système de loterie, permettant aux gagnants de choisir entre habiter, louer ou vendre le bien. Les résultats ont montré que cette aide a permis d'améliorer les conditions de logement et de faire progresser les indicateurs de revenu, d'éducation et d'insertion professionnelle. De plus, des changements ont été observés dans les perspectives d'avenir et les attitudes individuelles des bénéficiaires, même lorsqu'ils résidaient dans des quartiers moins bien desservis en infrastructures et offrant moins de possibilités d'éducation et d'emploi.

Les données de cette étude contribuent à la compréhension des impacts des aides au logement flexibles, notamment celles qui n'imposent pas de relogement obligatoire. Les auteurs soulignent que le modèle analysé permet aux familles d'adapter l'utilisation de l'aide à leurs besoins et à leur situation, évitant ainsi les effets négatifs observés dans les programmes qui imposent un changement de résidence. Les résultats confirment la pertinence d'intégrer des mécanismes de choix et de liquidité dans les politiques publiques de logement urbain, renforçant ainsi leur potentiel de transformation économique et sociale pour les bénéficiaires.

Références

KUMAR, Tanu. Les effets des logements subventionnés sur la qualité du logement, les revenus et le capital humain dans les zones urbaines de l'Inde. Revue d'économie du développement, v.153, p. 102738, nov. 2021.