Chercheur principal : Adriano Valladão Pires Ribeiro
Titre de l'article : INÉGALITÉS ET CROISSANCE : QUE DISENT LES DONNÉES ?
Auteurs de l'article : Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo
Lieu de l'intervention : Panel de pays
Taille de l'échantillon : 226 observations
Thème principal : Politique économique et gouvernance
Variable principale d'intérêt : Croissance
Méthode d'évaluation : Estimation de densité du noyau
Problème de politique
La relation entre inégalités sociales et croissance économique, bien que facile à énoncer, est difficile à mesurer. La question est de savoir si des inégalités plus importantes (ou moins importantes) sont associées à une croissance économique plus forte ou plus faible. Premièrement, il est difficile d'établir une relation de causalité. Deuxièmement, comparer les spécificités de chaque pays pose problème, car des caractéristiques isolées peuvent affecter à la fois les inégalités et la croissance. Troisièmement, une modélisation erronée de cette relation peut conduire à des conclusions biaisées. L'étude présentée ci-dessous vise à résoudre ce dernier problème.
Contexte d'évaluation
En économie, plusieurs études ont tenté d'estimer la relation entre inégalités et croissance. La méthode standard suppose une relation linéaire entre les deux, impliquant que les variations de l'une sont toujours associées à des variations proportionnelles de l'autre. De plus, la technique utilisée pour estimer cette relation a son importance ; le résultat obtenu peut être négatif, positif ou nul. Autrement dit, selon la méthode employée, on peut constater qu'une plus grande inégalité est liée à une croissance économique future plus faible, plus forte ou nulle. Enfin, il est impossible d'établir un lien de causalité avec les résultats obtenus.
Détails de l'intervention
Sur le plan théorique, deux types d'arguments s'affrontent quant à la relation causale entre inégalités et croissance. Le premier, relevant de l'économie politique, part du principe que les inégalités entraînent une redistribution des richesses, laquelle freine la croissance. Le second porte sur l'effet de richesse, postulant l'existence d'un lien entre le patrimoine actuel et le patrimoine futur.
En termes simples, les principes de l'économie politique reposent sur deux groupes politiques en concurrence pour la richesse d'un pays. À chaque instant, une nouvelle opportunité de croissance se présente, mais celle-ci nécessiterait des changements structurels et pourrait être bloquée par l'un des groupes. À l'inverse, ce groupe pourrait accepter le changement en échange d'un transfert d'une partie de la richesse de l'autre. Le temps nécessaire aux groupes pour parvenir à un accord réduit le potentiel de croissance, et la part finale de la richesse détenue par chaque groupe mesurera le niveau d'inégalité. Ainsi, non seulement inégalité et croissance sont étroitement liées, mais les variations d'inégalité ont un impact causal sur la croissance.
L'argument de l'effet de richesse repose sur l'idée que chaque individu peut dépenser ou investir son patrimoine, et que la croissance résulterait de la décision d'investir. Les personnes disposant de niveaux de richesse différents investiraient des montants différents, établissant ainsi un lien entre inégalités et croissance. Plusieurs implications découlent de ce raisonnement : (i) au-delà d'un certain seuil de richesse, l'investissement individuel resterait stable ; (ii) une dispersion accrue des richesses réduit le taux de croissance ; (iii) les inégalités et la croissance tendent à diminuer avec le temps. Par conséquent, la croissance diminuerait aussi bien en cas d'augmentation que de diminution des inégalités ; autrement dit, les variations observables des inégalités impliquent une baisse du taux de croissance.
Détails de Méthodologie
Les données utilisées pour mesurer la relation entre inégalités et croissance sont l'indice de Gini et le taux de croissance du PIB. L'indice de Gini mesure la concentration des revenus et varie de 0 à 1, les valeurs proches de zéro indiquant une plus grande égalité et les valeurs proches de 5 une plus grande inégalité. Plusieurs méthodes permettent d'appréhender cette relation ; les cinq méthodes présentées ci-dessous découlent de l'analyse des deux arguments développés dans la section précédente, chacune étant brièvement expliquée. Compte tenu de la difficulté à établir une relation de causalité, l'objectif principal est de saisir les effets non linéaires entre inégalités et croissance ; par conséquent, aucune des spécifications ne suppose… a priori que la relation est linéaire.
Voie 1: Le taux de croissance du PIB est fonction du PIB actuel et des variations passées des inégalités. Il illustre l'idée que les variations des inégalités ont un impact causal sur la croissance et tient compte du fait que ces effets varient selon le niveau de richesse.
Voie 2: Ce modèle analyse les variations des inégalités en fonction du PIB et des inégalités passées. Il part du principe que la relation entre inégalités et croissance décrite précédemment est valide et souligne que les variations des inégalités sont directement liées à leur niveau.
Voie 3: Le carré de la variation des inégalités en fonction du niveau d'inégalité antérieur. Le facteur important ne serait pas la variation des inégalités elle-même, comme dans le cas précédent, mais sa valeur absolue, car une variation à la hausse ou à la baisse impliquerait une croissance moindre.
Voie 4: Le taux de croissance est exprimé en fonction du niveau du PIB et des inégalités de la période précédente. Il vise à mesurer directement l'effet des niveaux d'inégalité passés sur la croissance économique.
Voie 5: Le taux de croissance est fonction du PIB, des inégalités et de leurs variations. Conformément à l'effet de richesse, les variations des inégalités ont un impact causal sur la croissance, comme dans la première formulation. Toutefois, la spécification actuelle est plus générale, car elle permet à cet effet de varier selon le niveau d'inégalité.
Résultats
L'étude des méthodes utilisées pour établir la relation présentée dans la section précédente fait ressortir plusieurs résultats. Premièrement, les variations des inégalités sont liées à la croissance économique ultérieure de manière non linéaire ; cette relation présente une forme de U inversé. Autrement dit, les variations des inégalités, qu'elles augmentent ou diminuent, sont associées à une croissance plus faible, et plus les variations sont importantes, plus le ralentissement de la croissance est marqué. Deuxièmement, la relation entre les variations des inégalités et les niveaux d'inégalité passés présente une forte corrélation négative, tandis que le carré de la variation et du niveau d'inégalité passé est positif. Cela signifie que de faibles variations des inégalités sont liées à des niveaux d'inégalité plus ou moins élevés, tandis que des variations plus importantes sont associées à des valeurs de l'indice de Gini proches de 0.45. Enfin, la relation en forme de U entre la croissance et le niveau d'inégalité semble refléter la relation entre les variations des inégalités et la croissance.
Cours Politiques publiques
La principale leçon à tirer est d'éviter les interprétations erronées concernant la relation entre inégalités et croissance. Il est avéré que cette relation n'est pas linéaire ; ainsi, des variations des inégalités peuvent être associées aussi bien à une hausse qu'à une baisse de la croissance. Par ailleurs, compte tenu des difficultés à isoler les effets causaux des inégalités sur la croissance, il est impossible d'affirmer qu'une inégalité plus ou moins marquée implique une croissance économique plus ou moins importante. Créez un compte sur la plateforme Sportingbet. C'est simple, il suffit de localiser le bouton d'inscription dans le coin supérieur droit du site web, puis de remplir une liste d'informations telles que nom, prénom, date de naissance, nationalité, coordonnées, etc.
Référence
Banerjee, Abhijit V. et Duflo, Esther. « Inégalités et croissance : que disent les données ? », Journal of Economic Growth, vol. 8, n° 3, septembre 2003, p. 267-299.