Existe-t-il une recherche de rente dans les municipalités brésiliennes ?

Chercheur principal : Adriano Valladão Pires Ribeiro

Titre de l'article :  Test de la recherche de rente au Brésil : inégalités et collecte de l’impôt foncier dans les municipalités brésiliennes

Auteurs de l'article : Rodrigo Mahlmeister, Bruno Kawaoka Komatsu et Naercio Menezes Filho

Lieu de l'intervention : Brasil

Taille de l'échantillon : 9.456 observations

Thème principal :  Politique économique et gouvernance

Type d'intervention : La relation entre les inégalités et les recettes fiscales.

Variable principale d'intérêt : La perception de l'impôt foncier (représentant la la recherche de rente)

Méthode d'évaluation :  Méthode des premières différences

Problème de politique

O recherche de rente, La captation économique, ou captation par l'élite, se produit lorsqu'une institution tente d'obtenir des gains supplémentaires sans augmentation correspondante de la productivité. Dans le contexte des villes brésiliennes, elle peut se traduire par la tentative d'un segment de la société disposant d'un pouvoir d'achat plus élevé d'influencer le secteur public afin que les ressources publiques soient orientées vers des dépenses et des recettes servant leurs intérêts. Cela passe notamment par la réduction du recouvrement des impôts directs et régressifs, tels que la taxe foncière (IPTU), et/ou par la réorientation des dépenses sociales vers d'autres domaines, comme les infrastructures. Dans ces situations, les politiques de redistribution sont donc bloquées ou minimisées, ce qui contribue au maintien, voire à l'aggravation, des inégalités économiques.

Contexte d'évaluation

La taxe foncière urbaine (TFU), de par ses caractéristiques, peut servir à étudier l'existence d'une mainmise des élites sur les municipalités brésiliennes. D'une part, cette taxe ne représente qu'une faible part des recettes municipales ; d'autre part, sa décision étant entièrement prise au niveau municipal, elle est plus susceptible d'être contrôlée par les élites. La TFU peut également être considérée comme un instrument de réduction des inégalités sociales, puisqu'elle est prélevée directement sur la propriété. Par ailleurs, les dépenses sociales consacrées à la santé, à l'assainissement, à l'éducation et à la culture peuvent aussi être utilisées dans cette étude, car elles ont des équivalents privés ; autrement dit, en cas de mainmise des élites sur les finances publiques, ces dépenses seraient moins prioritaires.

Détails de l'intervention

D'après l'analyse précédente, il existerait une corrélation positive entre les inégalités et la mainmise des élites sur le pouvoir d'achat. Concrètement, l'objectif est d'établir le lien entre les inégalités de revenus, mesurées par le coefficient de Gini, et les recettes de la taxe foncière. Les données proviennent de municipalités brésiliennes et couvrent les années 2000 et 2010 ; certaines observations sont pertinentes pour cette période.

Premièrement, on constate qu'en 2000 et 2010, l'impôt foncier (IPTU) est relativement faible par rapport au PIB par habitant. Par ailleurs, les dépenses moyennes consacrées à l'éducation, à la culture, à la santé et à l'assainissement ont augmenté, bien que le taux de croissance ait été plus soutenu pour les deux derniers. Une réduction des inégalités a également été observée, comme en témoigne la légère baisse de l'indice de Gini (de 0,62 à 0,60). En revanche, la corrélation entre les recettes fiscales foncières par habitant et l'indice de Gini, ainsi que la corrélation entre les variations des recettes fiscales foncières et l'indice de Gini, sont négatives, ce qui indique qu'une plus grande inégalité est associée à des recettes fiscales foncières plus faibles.

On peut appliquer le même raisonnement à la relation entre les inégalités et les dépenses sociales consacrées à l'éducation, à la culture, à la santé et à l'assainissement. La corrélation entre les inégalités et les dépenses d'éducation et de culture était négative en 2000, mais elle disparaît en 2010. Autrement dit, en 2000, une plus grande inégalité était associée à une baisse des dépenses d'éducation et de culture, tandis qu'en 2010, les dépenses dans ces domaines étaient similaires, indépendamment du niveau d'inégalité. L'indice de Gini est négativement corrélé aux dépenses de santé et d'assainissement, tant en 2000 qu'en 2010. De plus, les corrélations entre les variations de l'indice de Gini et celles des dépenses sociales indiquent à la fois une association positive entre l'accroissement des inégalités et l'augmentation des dépenses d'éducation et de culture, et l'absence d'association entre les variations des inégalités et les dépenses de santé et d'assainissement.

Enfin, il convient d'analyser l'indice de Gini entre ces deux années. Les municipalités présentant les plus fortes inégalités en 2000 sont celles qui ont le plus réduit ces inégalités entre 2000 et 2010 ; cependant, une grande partie des municipalités où les inégalités étaient les plus faibles en 2000 ont connu une augmentation de ces inégalités entre 2000 et 2010. Les dépenses consacrées à l'éducation et à la culture ont suivi la même tendance : les municipalités qui dépensaient le moins dans ces domaines en 2000 ont enregistré la plus forte croissance de ces dépenses. On observe le même phénomène pour les dépenses de santé et d'assainissement.

Méthodologie

L'objectif principal est de déterminer si une augmentation des inégalités entre les municipalités entre 2000 et 2010 est associée à une baisse des recettes de la taxe foncière (IPTU). À cette fin, l'approche des premières différences est utilisée. Elle consiste à calculer la différence entre les valeurs observées en 2010 et 2000, afin d'éliminer les effets spécifiques à chaque ville. En effet, certaines caractéristiques propres à chaque ville, qui influencent la relation entre les inégalités et l'IPTU, sont identiques pour les deux années ; la différence de valeurs permet donc d'annuler les effets liés à ces caractéristiques. Par ailleurs, en utilisant la même approche, la relation entre la variation de l'indice de Gini et les dépenses sociales consacrées à l'éducation, à la culture, à la santé et à l'assainissement est également étudiée, car la concentration des ressources entre les mains des élites pourrait également influencer ces dépenses.

Résultats

Les principaux résultats de l'étude indiquent une corrélation négative entre les recettes fiscales foncières par habitant et les inégalités : plus les inégalités sont importantes, plus les recettes sont faibles. Concrètement, une hausse de 1 % des inégalités se traduirait par une baisse de 0,5 % des recettes fiscales foncières par personne. Concernant les dépenses d'éducation et de culture, les résultats révèlent une corrélation positive entre les inégalités et les dépenses dans ces domaines : les municipalités les plus inégalitaires investiraient davantage dans l'éducation et la culture. Enfin, la corrélation entre l'indice de Gini et les dépenses de santé et d'assainissement est nulle : les inégalités peuvent être plus ou moins importantes quel que soit le niveau de dépenses en santé et assainissement.

D'après les résultats, la corrélation entre les inégalités et les recettes de la taxe foncière suggère une mainmise des élites sur ces recettes, tandis que la corrélation entre l'indice de Gini et les dépenses sociales indique le contraire. Une analyse plus approfondie de ces résultats révèle que la corrélation négative entre les recettes de la taxe foncière et les inégalités se manifeste dans les communes où le revenu moyen était le plus faible en 2000, c'est-à-dire les communes initialement les plus pauvres. À l'inverse, la corrélation positive entre les inégalités et les dépenses d'éducation et de culture s'observe dans les communes initialement plus riches, où les inégalités ont le plus diminué entre 2000 et 2010. Quant à la corrélation entre l'indice de Gini et les dépenses de santé et d'assainissement, elle reste indépendante du niveau de revenu moyen de la commune.

Leçons de politique publique

À titre d'enseignement, les résultats suggèrent que la mainmise des élites sur le pouvoir se produit probablement dans les municipalités les plus pauvres et les plus inégalitaires, précisément celles qui ont besoin de meilleurs mécanismes de répartition des revenus et de fourniture de services publics. Dans ces municipalités, la recherche de rente Cela permettrait de réduire la collecte des impôts directs sur la propriété, tels que l'IPTU (taxe foncière), s'appropriant ainsi l'un des moyens de redistribuer les revenus localement.

Référence

Mahlmeister, Rodrigo; Komatsu, BK; Menezes Filho, N. « Tester la recherche de rente au Brésil : inégalités et collecte de l'impôt foncier dans les municipalités brésiliennes. » Policy Pap, v. 32, 2018.