L’augmentation des dépenses publiques en matière d’éducation améliore-t-elle la qualité de l’enseignement ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre de l'article : QUALITÉ DES DÉPENSES PUBLIQUES MUNICIPALES ACCORDÉES À L'ÉDUCATION PRIMAIRE AU BRÉSIL

Auteurs de l'article : Maria Dolores Montoya Diaz

Lieu de l'intervention : Brasil

Taille de l'échantillon : 12.969 écoles municipales

Thème principal : Éducation

Type d'intervention : évaluation des politiques visant à accroître les ressources allouées à l'éducation

Variable principale d'intérêt : Les dépenses publiques consacrées à l'éducation

Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)

Contexte d'évaluation

Le rapport publié aux États-Unis en 1966, intitulé Égalité des chances en matière d'éducationCeci est hautement pertinent dans le débat sur l'efficacité des ressources allouées aux établissements d'enseignement. Selon Diaz (2012), les résultats de cette étude indiquent que les facteurs explicatifs les plus importants de la réussite scolaire des élèves sont la famille, suivie des pairs, reléguant ainsi l'école à un rôle insignifiant. Par la suite, deux noms se sont distingués dans la littérature sur ce sujet : Erik A. Hanushek et Alan B. Krueger. Le premier défend l'idée que « plus d'argent ne change rien » à la réussite scolaire, tandis que le second défend certaines politiques visant à accroître les ressources allouées aux écoles.

Diaz (2012) souligne que ce débat est récent au Brésil. D'une part, les résultats obtenus par les élèves brésiliens aux évaluations internationales de performance scolaire soulèvent l'argument simpliste selon lequel ces résultats découlent d'un faible investissement dans l'éducation. D'autre part, on observe un mécontentement croissant au sein de la population face à la hausse de la pression fiscale au Brésil. Dans cette optique, selon l'auteur, il est pertinent de se pencher sur les statistiques de dépenses de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), qui aboutissent à la conclusion inverse : les dépenses d'éducation dans le pays ne sont pas négligeables. En effet, parmi les pays ayant participé au PISA (Programme d'évaluation des étudiants internationauxEn 2003, le Brésil figurait parmi les pays qui, proportionnellement à leur produit intérieur brut, consacraient le plus de ressources à l'éducation. Dans ce contexte, Diaz (2012) s'intéresse à la qualité des dépenses municipales par élève dans les écoles primaires municipales brésiliennes.

Détails de l'intervention

Les bases de données utilisées par l'auteur sont : le recensement scolaire de 2005, Prova Brasil (évaluation des compétences en mathématiques appliquée aux élèves de CM1) et FINBRA (Service des finances brésilien). Les données relatives à l'IDEB (Indice de développement de l'éducation de base) pour chaque école municipale, concernant les performances des élèves de CM1, ont également été obtenues sur le site web de l'INEP (Institut national d'études et de recherches pédagogiques Anísio Teixeira). Au total, 12 969 écoles municipales réparties dans 2 910 municipalités brésiliennes ont été étudiées.

Le score IDEB moyen des classes initiales des écoles analysées était de 3,76, avec une valeur maximale de 7,3. Concernant le profil des écoles, les résultats indiquent qu'environ 85 % d'entre elles disposaient d'un système de filtration d'eau pour l'eau potable des élèves, moins de la moitié possédaient une bibliothèque, et une faible proportion disposait d'une salle de lecture (23 %) et/ou d'une salle informatique (30 %). Quant aux dépenses publiques municipales, le pourcentage moyen des dépenses d'éducation par rapport aux dépenses totales était de 27,06 %, et le pourcentage moyen des dépenses d'enseignement primaire par rapport aux dépenses totales d'éducation était de 78,44 %.

Détails de la méthodologie

Diaz (2012) utilise des modèles multiniveaux, aboutissant à un modèle hiérarchique à deux niveaux (écoles et municipalités) et à une ordonnée à l'origine aléatoire. Selon l'auteur, ces modèles permettent d'étudier simultanément les effets individuels et contextuels, de prendre en compte la corrélation intragroupe et de modéliser des structures de variance complexes.

Résultats

Diaz (2012) a cherché à vérifier si les variables liées aux dépenses publiques étaient statistiquement significatives et positives, en contrôlant d'autres facteurs susceptibles d'influencer la performance scolaire et qui représentent le profil des élèves, les caractéristiques du personnel enseignant et de l'établissement, ainsi que celles de la municipalité. Deux résultats distincts ont ainsi été observés concernant les mesures de dépenses : un signe positif pour la variable « dépenses municipales par élève », malgré sa faible amplitude, indiquant que plus les dépenses municipales par élève sont élevées, plus la valeur attendue de l'IDEB est importante ; et des signes négatifs pour le pourcentage des dépenses d'éducation par rapport aux dépenses municipales totales et pour le pourcentage des dépenses d'enseignement primaire par rapport aux dépenses d'éducation totales.

Les résultats obtenus semblent indiquer un léger impact positif des dépenses municipales par élève. Cependant, l'auteur souligne que l'évaluation des dépenses globales, reflétées par les pourcentages analysés, révèle que ces variables témoignent de choix politiques qui ne s'accompagnent pas nécessairement de changements dans les aspects susceptibles d'affecter directement les conditions ou les facteurs qui contribuent réellement à l'amélioration de la qualité de l'enseignement public municipal. Ainsi, les résultats semblent indiquer que de simples augmentations des dépenses d'éducation n'entraînent pas systématiquement une amélioration de la qualité de l'enseignement, telle que mesurée par l'IDEB (Indice de développement de l'éducation de base).

Leçons de politique publique

L’augmentation des dépenses publiques d’éducation améliore-t-elle la qualité de l’enseignement ? Les résultats de Diaz (2012) indiquent qu’une simple augmentation du pourcentage des dépenses municipales consacrées à l’éducation, ou même du pourcentage des dépenses consacrées à l’enseignement primaire par rapport aux dépenses municipales totales, ne garantit pas automatiquement une amélioration de la qualité de l’enseignement. Autrement dit, une augmentation des dépenses ne s’accompagne pas nécessairement de changements dans les aspects qui influent directement sur les conditions ou les facteurs qui contribuent réellement à l’amélioration de la qualité de l’éducation publique municipale. Par conséquent, avant d’augmenter les dépenses, il est indispensable d’identifier précisément les aspects à modifier, et seulement ensuite d’évaluer les ressources nécessaires pour mener à bien les transformations requises. Des évaluations régulières des résultats doivent être effectuées afin de vérifier si les objectifs sont atteints.

Diaz (2012) souligne l'intérêt d'étudier comment les problèmes du système éducatif sont gérés dans d'autres pays. Il cite un article paru dans le journal O Estado de São Paulo le 29 avril 2007, dans lequel Norman Gall présente ses observations sur les réformes mises en œuvre dans le système éducatif de la ville de New York, visant à améliorer les performances scolaires. Il résume ces réformes en six points : un renforcement des pouvoirs et de la responsabilité des chefs d'établissement, une supervision accrue des classes et le recrutement d'enseignants hautement qualifiés, un processus continu d'évaluation et d'examens, l'adoption de mesures de lutte contre la violence, l'indiscipline et les troubles dans les écoles, l'encouragement de la participation parentale et la promotion d'un engagement plus important du secteur privé dans l'éducation publique.

En résumé, l'amélioration de la qualité de l'éducation est un processus lent et complexe car elle touche à des intérêts établis et exige une transformation des habitudes et des pratiques profondément ancrées. Toutefois, pour obtenir de bons résultats, il est indispensable d'identifier les aspects à modifier et de définir l'utilisation optimale des ressources, avant même d'allouer davantage de fonds à des institutions ou des systèmes présentant des problèmes structurels.

Références

DIAZ, Maria Dolores Montoya. Qualité des dépenses publiques municipales en matière d'éducation primaire au Brésil. Brazilian Journal of Political Economy, vol. 32, n° 1, p. 128-141, 2012.