Le programme Bolsa Família est-il capable de réduire la pauvreté au Brésil ?

Chercheur principal :  Angelo Cruz do Nascimento Varella

Titre de l'article : L’efficacité des transferts de revenus : tendances des inégalités avant et après le programme Bolsa Família

Auteurs de l'article :  Carlos Rosano Peña; Danielle Sandi Pinheiro ; Pedro HM Albuquerque ; Loyane Mota Fernandes ;

Lieu de l'intervention : Brasil

Taille de l'échantillon : Revenu moyen des ménages par habitant par dixièmes de la population, des 27 États brésiliens, entre 1999 et 2009

Thème principal : Politique économique et gouvernance

Variable principale d'intérêt : Réduction de la pauvreté

Type d'intervention : Analyse des effets du programme Bolsa Família sur la réduction de la pauvreté basée sur les données recueillies par le PNAD (Enquête nationale par sondage auprès des ménages), entre 1999 et 2009.

Méthode d'évaluation : Différences dans les différences

Le problème de la politique

Le Brésil est un pays émergent marqué par une pauvreté et des inégalités socio-économiques importantes. En 2013, l'Institut de recherche économique appliquée (IPEA) a indiqué que le revenu détenu par les 1 % les plus riches de la population brésilienne était environ 17 fois supérieur à celui des 40 % les plus pauvres, ce qui témoigne d'une forte concentration des ressources financières observée dans toutes les régions du pays.

La pauvreté, la concentration des revenus et les inégalités régionales sont des problèmes structurels au Brésil qui se sont aggravés avec l'expansion économique nationale. Plusieurs facteurs, tels que le faible niveau d'éducation, l'insuffisance et la piètre qualité des services publics, la corruption, la forte pression fiscale et les inégalités des chances, exacerbent ces disparités et perpétuent un cercle vicieux de pauvreté au Brésil. Dans ce cercle, les individus les plus démunis ne parviennent pas à améliorer leur niveau de vie et la mobilité sociale est freinée.

Ces effets ont un impact négatif sur le développement économique brésilien. Selon les chercheurs, les politiques publiques traditionnelles mises en œuvre dans le pays ont, pendant des décennies, privilégié à tort la croissance économique comme principal facteur de développement inclusif. Toutefois, à partir de la fin du XXe siècle, le Brésil a commencé à adopter des politiques publiques de redistribution des revenus afin d'atténuer les effets des inégalités et de réduire les méfaits liés à la pauvreté et à la misère.

Le contexte de mise en œuvre et d'évaluation

Au tournant du XXe siècle, des politiques publiques de redistribution des revenus et d'aide contre la pauvreté et l'extrême pauvreté ont émergé au Brésil comme solution aux problèmes d'inégalités socio-économiques. Des programmes tels que le Programme d'éradication du travail des enfants, la Bolsa Escola (bourse scolaire) et la Bolsa Alimentação (allocation alimentaire), entre autres, visaient à réduire la pauvreté à court terme et à éviter que les nouvelles générations ne restent victimes des inégalités sociales. Chacune de ces aides impliquait des obligations réciproques de la part des familles bénéficiaires, comme les examens prénataux pour les femmes enceintes, l'allaitement maternel, la vaccination infantile et un taux de scolarisation supérieur à 85 % pour les enfants de 6 à 15 ans.

En 2003, le ministère du Développement social et de la Lutte contre la faim (MDS) a regroupé les programmes fédéraux de transfert de revenus au sein du programme Bolsa Família (PBF), dont l'objectif principal était d'intégrer l'aide fédérale accordée aux familles pauvres en fonction du nombre d'enfants et d'adolescents qui les composent. Il s'agissait ainsi de centraliser et d'optimiser la gestion fédérale, d'améliorer la mise en œuvre des programmes d'assistance tout en préservant le principe de la contribution des familles et la mise en place de systèmes de suivi.

Durant sa première décennie de mise en œuvre, le programme Bolsa Família (PBF) a connu une expansion considérable. Entre 2003 et 2012, son budget est passé de 3,2 milliards de réaux, bénéficiant à 3,6 millions de familles, à 20,2 milliards de réaux, couvrant 13,7 millions de foyers brésiliens. Cette expansion a suscité de vifs débats, notamment quant à sa capacité à lutter contre la pauvreté et à réduire les inégalités sociales.

Détails de la politique/du programme

Selon le MDS, le PBF considérait les individus comme étant en situation d'extrême pauvreté lorsque le revenu de leur famille... par habitant Le revenu familial était inférieur à 70 R$ par mois. À l'inverse, les personnes étaient considérées comme vivant dans la pauvreté si leur revenu familial par habitant se situait entre 70 et 140 R$ par mois. Selon le nombre d'enfants (enfants ou adolescents), les allocations variaient de 32 à 306 R$ par mois. Toute famille répondant à ces critères avait droit à l'allocation, et les inscriptions étaient réexaminées tous les deux ans afin de vérifier le respect des conditions d'éligibilité. Il convient de noter que les familles éligibles au programme, mais rencontrant des difficultés à remplir les conditions requises, bénéficiaient d'une aide gouvernementale pour les accompagner dans leur démarche de remise en conformité.

Afin d'étudier le déploiement du programme Bolsa Família (PBF) et d'en mesurer les effets sur la lutte contre la pauvreté au Brésil, les chercheurs ont utilisé la base de données IPEADATA de l'Institut de recherches économiques appliquées (IPEA). Cette base de données présente la répartition des revenus de la population brésilienne selon le revenu des ménages. Issue de l'Enquête nationale par sondage auprès des ménages (PNAD) menée par l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE), elle divise la population brésilienne en 10 classes, chacune correspondant à la part du revenu total perçue par son ménage. par habitantCette classification est visible dans le tableau suivant pour la période comprise entre 1999 et 2009.

Tableau 01 – Proportion du revenu total du pays accaparée par les 10 % les plus riches de la population, selon le revenu par habitant des ménages

Source : Ipeadata (2013) à partir des données IBGE/Pnad (1999-2009). Préparé par : Peña et al. (2015).

La méthode d'évaluation

À partir des données recueillies, les chercheurs ont divisé la base de données en deux périodes. La première, de 1999 à 2003, correspond à la période antérieure à la mise en œuvre du programme Bolsa Família (PBF). La seconde, de 2005 à 2009, correspond à la période postérieure à sa mise en œuvre. La comparaison de ces deux périodes permet ainsi de mesurer la probabilité qu'un individu appartenant à l'une de ces classes voie son niveau de revenu augmenter ou diminuer, et qu'il change de classe ou non. Autrement dit, s'il est possible d'identifier l'évolution de la proportion des classes populaires vers les classes aisées à partir de la mise en œuvre du PBF, on peut affirmer que ce programme a eu un impact direct sur la lutte contre la pauvreté et l'extrême pauvreté.

De plus, en comparant le phénomène de transition sociale avant et après la mise en œuvre du programme Bolsa Família (PBF), il est possible de comparer l'efficacité de ce programme unifié avec celle d'un modèle composé de plusieurs programmes d'aide fédéraux parallèles. À cette fin, les chercheurs utilisent deux méthodes courantes en analyse des politiques publiques, afin de garantir la fiabilité des résultats.       

Principaux résultats

Les résultats sont divisés en deux parties :

  1. Avant le programme Bolsa Família

Les résultats indiquent que les politiques de transfert de revenus antérieures au programme Bolsa Família étaient insuffisantes pour améliorer les conditions de vie des personnes appartenant aux classes les plus pauvres. Même à long terme, alors que la simulation suggérait une légère amélioration des conditions socio-économiques des classes inférieures vers les classes supérieures, le délai estimé pour que ce changement se produise était de l'ordre de plusieurs centaines d'années. Autrement dit, les probabilités d'amélioration des conditions socio-économiques des classes à faibles revenus étaient minimes et ne présentaient pas de schémas positifs de mobilité sociale. Pour la classe la plus basse, par exemple, les chances de rester dans la même classe sociale étaient de 93 %, avec seulement 7 % de chances d'accéder à la deuxième classe la plus basse.

2. Après le programme Bolsa Família

Après la mise en œuvre du programme, les résultats obtenus témoignent d'une situation plus favorable, propice à la mobilité sociale. La probabilité de rester dans les classes les plus défavorisées a diminué grâce au programme Bolsa Família : dans la classe la plus pauvre, la probabilité d'accéder à la classe supérieure est de 67 %, et dans la deuxième classe la plus défavorisée, elle est de 48 %. Même la période d'équilibre a été réduite de plusieurs centaines d'années à six décennies. En d'autres termes, les résultats obtenus grâce à ce programme sont nettement plus positifs et offrent de meilleures conditions pour la mobilité sociale, ainsi qu'une réduction de la pauvreté et de l'extrême pauvreté dans le pays.

  • Leçons de politique publique

D'après cette étude, il est possible d'affirmer que la mise en œuvre du programme Bolsa Família a eu un impact positif sur la lutte contre les inégalités sociales, en permettant aux populations les plus démunies d'accéder à de meilleures conditions de mobilité sociale et en contribuant à la réduction de la pauvreté et de l'extrême pauvreté au Brésil. Ces résultats indiquent que l'intégration des anciens programmes de transferts de revenus au sein du programme Bolsa Família a été bénéfique pour la société brésilienne, de sorte que l'évolution et l'élargissement de la portée de ce programme ont eu des effets positifs sur la volonté de briser le cycle de la pauvreté.

Il est donc possible d'affirmer que l'élargissement de la portée et des avantages du programme a le potentiel de réduire les effets négatifs de la pauvreté et de l'extrême pauvreté au Brésil, de réduire les inégalités socio-économiques et d'atténuer la dynamique du cycle d'exclusion sociale qui perpétue l'extrême pauvreté dans le pays.

Références

ROSANO PEÑA, Carlos et al. L’efficacité des transferts de revenus : tendances des inégalités avant et après le programme Bolsa Família. RAP : Revue brésilienne d’administration publique, vol. 49, n° 4, 2015.