Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro
Titre de l'article : LE TRAVAIL INFORMEL ET LE COÛT D'EFFICACITÉ DES PROGRAMMES SOCIAUX : LE CAS DU PROGRAMME BRÉSILIEN D'ASSURANCE CHÔMAGE
Auteurs de l'article : François Gérard et Gustavo Gonzaga
Lieu de l'intervention : Brasil
Taille de l'échantillon : 27 États brésiliens
Secteur: Marché du travail
Type d'interventionAnalyse du rapport coût-efficacité de l'assurance chômage.
Variable principale d'intérêt : Seguro désemprégo
Méthode d'évaluation : Autre - Modèle canonique
Contexte d'évaluation
Le secteur informel, cette partie de l'économie qui échappe au contrôle de l'État, représente une part importante de l'emploi dans les pays en développement. Dans un contexte de forte informalité, il est généralement admis que les programmes sociaux – transferts sociaux et assurances sociales – engendrent des coûts d'efficacité élevés, notamment lorsqu'ils impliquent que les bénéficiaires soient au chômage informel. Dès lors, on craint que ces programmes sociaux et la multiplication des emplois informels ne réduisent l'incitation à travailler dans le secteur formel.
Malgré cette opinion largement répandue, les preuves qui la sous-tendent restent limitées. Premièrement, en raison notamment du manque de données, peu d'études évaluent l'impact des programmes sociaux sur les choix d'emploi dans les pays en développement. Deuxièmement, les études qui concluent que les programmes sociaux incitent certains bénéficiaires à ne pas travailler dans le secteur formel manquent généralement d'un cadre théorique permettant d'interpréter ces résultats en termes d'efficience et d'équité pertinents. compromis entre« Entre efficacité et sécurité. »
Détails de l'intervention
Gerard et Gonzaga (2018) étudient le coût d'efficience des hausses des allocations chômage dans un contexte de forte informalité, en combinant un cadre théorique idéal d'assurance chômage et des données empiriques relatives aux bénéficiaires brésiliens. L'analyse repose principalement sur deux ensembles de données administratives. Le RAIS est une base de données obligatoire employeur-employé couvrant l'ensemble des salariés du secteur formel, y compris les fonctionnaires. Le RAIS contient des informations sur la sécurité de l'emploi, l'âge, le sexe, le niveau d'études, le secteur d'activité, la taille et la localisation de l'entreprise, le motif du licenciement et, depuis 2002, les dates d'embauche et de licenciement pour chaque période de travail d'un an. L'analyse principale porte sur les données de 2005 à 2010.
Les microdonnées de deux enquêtes menées par l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) ont été utilisées. Ces deux enquêtes portent sur la situation professionnelle de chaque membre du ménage âgé de plus de dix ans, et notamment sur les salaires, la propriété d'un emploi et les contrats de travail formels. Des enquêtes représentatives auprès des ménages (PNAD) ont été réalisées annuellement afin de mesurer les taux d'emploi informel dans les 27 États brésiliens. Des enquêtes mensuelles sur la population active (PME) ont également permis d'évaluer l'importance des opportunités d'emploi informel pour les salariés du secteur formel licenciés et d'étudier leurs besoins en matière d'assurance chômage.
Le Brésil constitue un cadre empirique intéressant pour plusieurs raisons. Premièrement, l'assurance chômage y existe depuis de nombreuses années, et les travailleurs sont donc conscients des avantages qu'elle procure. Deuxièmement, la durée maximale d'indemnisation chômage dans le pays était de cinq mois. Troisièmement, le Brésil ne fait pas exception en matière d'informalité : son taux moyen d'informalité est proche de la moyenne des pays d'Amérique latine. Quatrièmement, les taux d'informalité varient considérablement d'un marché du travail brésilien à l'autre. Enfin, les auteurs ont eu accès à des données administratives exhaustives qui, combinées à une variation quasi expérimentale des prestations d'assurance chômage, leur ont permis d'estimer toutes les statistiques nécessaires au calcul du coût d'efficience.
Détails de la méthodologie
La méthodologie employée par Gerard et Gonzaga (2018) repose sur le modèle canonique d'assurance chômage optimale, qui décrit l'arbitrage entre les besoins d'assurance des travailleurs et le coût d'efficience lié à la distorsion de leurs incitations à réintégrer le marché du travail formel. Ce modèle a été combiné à des données administratives exhaustives afin de quantifier le coût d'efficience des allongements de la durée potentielle de l'assurance chômage brésilienne.
À partir de données administratives, les auteurs ont analysé les modalités de perception des prestations d'assurance et de réinsertion professionnelle formelle, qui diffèrent de celles observées dans les pays développés. Ils ont ensuite comparé ces modalités sur différents marchés du travail brésiliens présentant divers taux d'informalité. Ceci leur a permis d'établir une estimation du rapport coût-efficacité, comparable à celles de pays à faible informalité.
Résultats
Les résultats montrent que la durée moyenne des allocations chômage versées est élevée par rapport à la durée potentielle de l'assurance, car la plupart des demandeurs épuisent leurs droits ; par exemple, plus de 80 % des personnes éligibles à cinq mois d'allocations chômage le font. Ce taux n'est que d'environ 35 % aux États-Unis, où l'assurance chômage est généralement valable pour 24 semaines. Cette différence s'explique par le fait que la proportion de travailleurs qui retrouvent un emploi formel est plus faible au Brésil lorsqu'ils sont éligibles à l'assurance chômage. Cette proportion augmente rapidement après l'épuisement des droits, ce qui suggère des réactions comportementales claires aux incitations offertes par l'assurance chômage. Malgré l'existence de ces réactions comportementales, le coût en termes d'efficacité d'une augmentation des allocations chômage pourrait ne pas être relativement élevé. De plus, les travailleurs licenciés peuvent choisir de travailler au noir pour des raisons indépendantes des incitations offertes par ce type d'assurance.
Les estimations indiquent qu'une augmentation d'un mois de la durée potentielle des allocations chômage entraîne une forte hausse de la durée moyenne des indemnités versées (0,86 mois). Les changements de comportement expliquent 14,6 % de cette augmentation. Ainsi, les travailleurs reportent leur retour à l'emploi de 0,39 mois et réduisent, en moyenne, leur temps d'activité professionnelle de 0,24 mois.
L'analyse des 27 États brésiliens montre que le coût en termes d'informalité est plus faible dans les États où le secteur informel est plus développé. De plus, l'impact des changements de comportement sur la durée de l'assurance, le temps passé hors du secteur formel et le temps passé en emploi formel est faible (en valeur absolue).
Finalement, les auteurs ont eu recours à la valeur marginale de l'assurance, les résultats suggérant une évolution du débat politique vers la prise en compte du besoin réel d'assurance des travailleurs. Dans ce contexte, un coût d'efficience de 0,2 $ par dollar investi implique que l'effet sur le bien-être d'un allongement de la durée de l'assurance chômage serait positif si l'utilité marginale moyenne d'un dollar était supérieure d'au moins 20 % pour les bénéficiaires d'emplois non qualifiés par rapport aux bénéficiaires d'emplois formels.
Leçons de politique publique
Gerard et Gonzaga (2018) étudient le coût d'efficience d'une augmentation des allocations chômage dans un contexte de forte informalité, en combinant un cadre théorique idéal pour l'assurance chômage et des données empiriques relatives aux bénéficiaires brésiliens. Leurs conclusions contredisent les affirmations répandues dans les milieux politiques selon lesquelles l'assurance chômage fausserait les incitations à reprendre un emploi formel, empêchant ainsi son existence ou son extension dans ce contexte. Par conséquent, les auteurs soutiennent que le coût d'efficience associé n'est pas nécessairement élevé. De fait, ce coût est faible au Brésil comparé à celui de pays à faible informalité.
De plus, ces résultats ont des implications pour d'autres politiques visant à aider les travailleurs du secteur formel dans les pays en développement. Les comptes d'épargne-chômage sont parfois présentés comme une alternative à l'assurance chômage dans ces pays. À cet égard, il existe également des preuves que les travailleurs brésiliens sont disposés à négocier de faibles salaires formels en échange de prestations obligatoires, notamment celles liées à la perte d'emploi.
Références
Gerard, F., & Gonzaga, G. (2016). Travail informel et coût d'efficacité des programmes sociaux : données issues du programme brésilien d'assurance chômage (n° w22608). Bureau national de la recherche économique.