Quelles sont les causes de la pauvreté ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre du document :   Pourquoi les gens restent-ils pauvres ?

Auteurs:  Clare Balboni, Oriana Bandiera, Robin Burgess, Maitreesh Ghatak et Anton Heil

Lieu de l'intervention : Bangladesh

Taille de l'échantillon : 23.000 XNUMX familles

Thème principal : Politique économique et gouvernance

Variable principale d'intérêt : Pauvreté

Type d'interventionImpact des politiques publiques sur la lutte contre la pauvreté.

Méthodologie: Différences dans les différences

L'éradication de la pauvreté de masse est au cœur des politiques économiques et de développement. Dans ce contexte, Balboni et al. (2022) mettent en évidence l'existence du piège de la pauvreté en combinant des transferts aléatoires d'actifs à partir d'un panel de données portant sur 6 000 ménages ruraux du Bangladesh sur une période de 11 ans. Leur principale conclusion est que la pauvreté persiste par manque d'opportunités. Ce ne sont pas les caractéristiques intrinsèques des individus qui les maintiennent dans la pauvreté, mais plutôt leur situation.

Contexte d'évaluation

Comprendre les causes de la pauvreté et les raisons de sa persistance est essentiel pour résoudre le problème de la pauvreté de masse, qui a motivé les premiers acteurs du développement économique et continue de motiver les générations actuelles. C'est également l'objectif central des politiques de développement. En effet, l'objectif principal du développement durable, approuvé par 193 des 195 gouvernements du monde, est d'« éradiquer l'extrême pauvreté pour tous et partout dans le monde d'ici à 2030 ». En 2015, lors de la définition de ces objectifs, 735 millions de personnes (10 % de la population mondiale) vivaient dans l'extrême pauvreté. Par conséquent, trouver des solutions pour réduire la pauvreté implique de comprendre pourquoi certaines personnes restent pauvres et de concevoir des politiques adaptées à leur contexte.

Il existe deux grandes théories expliquant pourquoi certaines personnes restent pauvres. La première met l'accent sur les différences fondamentales, telles que les aptitudes, les talents ou la motivation. Selon cette théorie, les personnes vivant sous le seuil de pauvreté ont les mêmes opportunités que tout le monde ; par conséquent, si elles occupent des emplois mal rémunérés, c'est qu'elles possèdent des caractéristiques qui les rendent inaptes à d'autres professions. La seconde théorie soutient que les pauvres, confrontés à des opportunités différentes, occupent des emplois mal rémunérés parce qu'ils sont nés pauvres. En d'autres termes, les pauvres sont pris au piège de la pauvreté. Le jeu 1win Aviator a conquis de nombreux joueurs par sa simplicité et son côté captivant. 1win Dans 1win Aviator, misez au bon moment pour gagner et vivez des parties palpitantes. Avec ses graphismes captivants et sa jouabilité fluide, ce jeu est idéal pour ceux qui recherchent un divertissement rapide et lucratif. Essayez 1win Aviator dès aujourd'hui et découvrez jusqu'où vous pouvez aller !

Détails de l'intervention

Balboni et al. (2022) ont testé l'existence du piège de la pauvreté à partir de données recueillies dans le cadre de l'évaluation du programme de ciblage des populations ultra-pauvres de BRAC au Bangladesh. Ces données portaient sur 23 000 ménages répartis dans 1 309 villages des 13 districts les plus pauvres du pays. Parmi ces ménages, plus de 6 000 sont considérés comme extrêmement pauvres. Le programme propose un transfert unique de biens productifs et une formation visant à faciliter l'accès au crédit et à améliorer les compétences des femmes à faibles revenus, qui exercent principalement des activités informelles irrégulières et précaires, afin de leur assurer un revenu régulier.

Les bénéficiaires peuvent choisir parmi plusieurs ensembles d'actifs, d'une valeur approximative de 490 USD en parité de pouvoir d'achat (PPA), destinés à des activités génératrices de revenus. Parmi les femmes éligibles, 91 % ont opté pour un ensemble comprenant une vache. BRAC encourage les participantes à conserver l'actif pendant au moins deux ans, après quoi elles peuvent le revendre. Afin d'identifier les bénéficiaires, BRAC réalise une évaluation participative du patrimoine dans chaque village. Cette évaluation permet de classer les ménages en trois catégories de richesse (faibles revenus, revenus moyens et revenus élevés), qui constituent la base de l'échantillon. L'étude porte sur toutes les personnes à faibles revenus et sur 10 % des personnes des autres catégories dans chaque village. Le groupe des familles à faibles revenus a été divisé en deux sous-groupes : celles éligibles au programme (ultra-pauvres) et celles non éligibles (autres pauvres), selon les critères d'éligibilité de BRAC.

Une enquête initiale a été menée avant l'intervention en 2007, suivie de trois enquêtes de suivi en 2009, 2011 et 2014. Les personnes initialement en situation d'extrême pauvreté ont été interrogées à nouveau en 2018. Ceci a permis de suivre l'évolution de l'emploi, du patrimoine et du bien-être sur une période de 11 ans. Le taux d'attrition entre 2007 et 2018 est de 14 %.

Détails de la méthodologie

Pour évaluer le programme, Balboni et al. (2022) ont randomisé sa mise en œuvre : 20 zones, définies par la région desservie par BRAC, ont été traitées en 2007 et les 20 autres en 2013. Lors des trois premières phases, le groupe témoin était composé de 20 villages, illustrant ainsi la difficulté d’identifier les pièges de la pauvreté à partir de données d’observation, tout en facilitant leur identification. Des données provenant d’autres classes de richesse ont été utilisées dans le modèle structurel afin de déterminer les professions que les personnes en situation d’extrême pauvreté exerceraient si elles disposaient d’un patrimoine productif plus important.

Les auteurs ont utilisé la répartition aléatoire du programme et estimé un modèle de différences-en-différences en prenant comme contrefactuel les bénéficiaires potentiels des villages témoins par rapport aux bénéficiaires réels des villages d'intervention. La randomisation garantit que, théoriquement, ces deux groupes sont identiques en tous points, y compris en ce qui concerne les déterminants non observables de l'accumulation de capital.

Résultats

L’analyse des données recueillies par Balboni et al. (2022) confirme la théorie du piège de la pauvreté. En d’autres termes, les individus restent pauvres faute d’opportunités. Ce ne sont pas leurs caractéristiques intrinsèques qui les maintiennent dans la pauvreté, mais plutôt leur situation.

Dans les zones de traitement, l'équation de transition s'est avérée être en forme de S avec un état stationnaire instable à 2 333 points logarithmiques, c'est-à-dire lorsque les actifs productifs valent 9 309 takas bangladais.

Un autre constat crucial est que la trajectoire d'accumulation de patrimoine des bénéficiaires ayant reçu le transfert au cours des quatre années suivant le traitement est conforme à la dynamique du piège de la pauvreté. En revanche, ce n'est pas le cas pour les familles disposant de peu de patrimoine : même le transfert de ressources n'a pas suffi à les sortir de cette situation instable. Par conséquent, ces familles sont plus susceptibles de retomber dans la pauvreté, tandis que celles qui parviennent à franchir le seuil y échappent.

Les ménages bénéficiant d'un traitement, qu'ils se situent au-dessus ou en dessous du seuil de pauvreté, ont également été suivis pendant 11 ans. Conformément au modèle du piège de la pauvreté, les deux groupes divergent au fil du temps. Les auteurs ont constaté que les bénéficiaires initialement au-dessus du seuil de pauvreté sont capables d'accumuler des biens (y compris des terres), d'accéder à des emplois plus productifs et, par conséquent, d'accroître leur pouvoir d'achat.

L'écart est plus marqué lorsqu'on considère le schéma sous-jacent d'accumulation de patrimoine tout au long du cycle de vie du bénéficiaire. Les données des villages témoins révèlent une courbe en U inversé : les familles accumulent des biens jusqu'au début de la quarantaine du bénéficiaire, puis ces biens diminuent. Conformément à cette observation, la différence entre les bénéficiaires situés au-dessus et en dessous du seuil s'explique principalement par les bénéficiaires âgés de moins de 35 ans au moment de l'intervention et donc de moins de 46 ans à la fin. Ainsi, les bénéficiaires plus jeunes, dont le patrimoine se situe au-dessus du seuil, sacrifient leur consommation pendant une période plus longue afin d'acquérir des biens ultérieurement.

Leçons de politique publique

L'étude menée par Balboni et al. (2022) propose des mesures pour la mise en œuvre de politiques efficaces. La première mesure à prendre pour résoudre le problème mondial de la pauvreté de masse consiste à investir massivement dans des incitations favorisant la reconversion professionnelle. Les auteurs suggèrent que de faibles incitations peuvent stimuler la consommation. Cependant, ces incitations ne permettront pas de sortir les individus du cercle vicieux de la pauvreté, car l'ampleur du transfert nécessaire à une reconversion professionnelle pourrait être bien supérieure aux investissements réalisés dans les interventions analysées.

Par conséquent, le coût budgétaire d'une opération visant à sortir durablement les gens de la pauvreté grâce à un transfert important et temporaire peut être nettement inférieur à celui de transferts continus qui augmentent la consommation mais n'ont aucun effet sur l'emploi des populations à faible revenu.

La seconde mesure est que les politiques de relance massives peuvent avoir des effets durables. L'analyse des dynamiques à long terme indique que les trajectoires de patrimoine, d'emploi et de consommation des bénéficiaires dont les revenus dépassent le seuil divergent de celles des bénéficiaires dont les revenus sont inférieurs à ce seuil. Ce résultat est important car il montre que, par le biais de changements professionnels, des chocs ponctuels peuvent avoir des effets permanents.

Troisièmement, les pièges de la pauvreté créent des inadéquations entre les compétences et les emplois. Les auteurs démontrent que la mauvaise affectation de la main-d'œuvre est fréquente au sein de la population rurale à faibles revenus du Bangladesh et que la valeur de son élimination est bien supérieure au coût nécessaire pour permettre à tous les bénéficiaires d'accéder à un emploi. Ce constat est important car il implique que les pièges de la pauvreté empêchent les individus d'exploiter pleinement leurs compétences. Or, c'est précisément le gaspillage massif de ces compétences qui constitue la principale tragédie de la pauvreté de masse.

En milieu urbain, où la diversité des professions est plus grande, le recours à d'importants investissements dans le capital humain pour permettre aux individus de passer d'un travail indépendant de subsistance à un emploi salarié peut être fondamental pour sortir de la pauvreté.

Ainsi, l'étude souligne l'importance d'élargir les perspectives offertes aux populations les plus défavorisées, en insistant sur la nécessité de privilégier des politiques sociales qui transforment les activités professionnelles des personnes à faibles revenus. Cette approche diffère des politiques traditionnelles axées sur la consommation qui ont caractérisé l'aide sociale tant dans les pays développés que dans les pays en développement. Seule l'élargissement des perspectives offertes aux plus démunis permettra d'exploiter le potentiel productif d'une large partie de l'humanité.

Références

BALBONI, Clare et al. Pourquoi les gens restent-ils pauvres ? Le Journal trimestriel d'économie, v. 137, non. 2, p. 785-844, 2022.