Chercheur principal : Silvio da Rosa Paula
Titre de l'article : STATUT PROFESSIONNEL ET CHOIX DE CONTRACEPTIFS
FEMMES AVEC DE JEUNES ENFANTS EN TURQUIE
Auteur de l'article : Didem Pekkurnaz
Lieu de l'intervention : Turquie
Taille de l'échantillon : 2.608 femmes
Thème principal : Sexe
Type d'intervention : Analyser l’impact de la situation professionnelle des femmes ayant de jeunes enfants sur l’utilisation d’une méthode contraceptive.
Variable principale d'intérêt : Méthodes contraceptives
Méthode d'évaluation : Autres (Processus mixte conditionnel (CMP), équations simultanées, Probit)
Contexte d'évaluation
Selon l'Institut d'études démographiques de l'Université Hacettepe, entre 2003 et 2013, l'utilisation de la contraception en Turquie a progressé de 71 % à 73,5 %. Durant cette même période, le recours aux méthodes contraceptives modernes a également augmenté, passant de 42,5 % à 47,4 %, tandis que celui des méthodes traditionnelles a diminué de 28,5 % à 26 %. Par ailleurs, le taux d'activité des femmes âgées de 15 à 64 ans a progressé de 28,1 % à 33,7 %, portant le taux d'emploi féminin à 29,6 % en 2013. Bien que cela témoigne d'une progression de la participation des femmes au marché du travail, cette progression demeure globalement inférieure à celle des hommes et nettement en deçà des moyennes observées dans les pays de l'OCDE. Parmi les principales raisons expliquant ce faible taux d'activité féminine en Turquie figure le poids des responsabilités liées à la garde d'enfants.
Détails de la méthodologie
Dans de nombreuses études, les chercheurs s'intéressent à l'établissement d'une relation de cause à effet. Pour ce faire, ils utilisent généralement des modèles de régression. Dans cette étude, les auteurs utilisent des régressions pour établir une relation entre les méthodes contraceptives et la participation des femmes au marché du travail. Cependant, en présence d'endogénéité, il est impossible d'établir une relation de cause à effet directe, ce qui oblige à recourir à d'autres méthodes de régression pour établir correctement cette relation et éviter ainsi des conclusions inappropriées.
Dans le cadre de cette étude, les auteurs soulignent un problème potentiel d'endogénéité entre les variables liées au travail des femmes et leurs choix contraceptifs. En effet, il est raisonnable de supposer que les femmes possédant des compétences supérieures à la moyenne ont plus de chances d'être employées. De plus, des facteurs liés à l'emploi, comme une rémunération plus élevée, peuvent influencer le comportement contraceptif, incitant les femmes à reporter leur décision d'avoir des enfants. Par conséquent, il n'est pas possible d'établir une relation de cause à effet directe, car les choix contraceptifs peuvent influencer le travail des femmes et inversement, ce qui caractérise l'endogénéité par la simultanéité.
Compte tenu de ces considérations, les auteurs ont recours à l’estimateur proposé par David Roodman (2011). processus mixte conditionnel (CMP), qui permettra d'identifier la relation causale par le biais d'équations simultanées, en utilisant des variables qui n'affectent que la situation professionnelle des femmes, sans incidence sur leurs choix contraceptifs. Les variables utilisées à cette fin étaient les taux d'emploi au niveau provincial et le pourcentage de femmes employées dans un secteur donné (agriculture et industrie manufacturière). Ainsi, grâce à ces instruments, les auteurs espèrent identifier avec précision la relation de cause à effet.
Détails de l'intervention
Pour cette étude, les données de l'Enquête démographique et de santé turque de 2013 ont été utilisées. Cette enquête recueille des informations sur divers aspects de la vie des femmes, tels que la fertilité, la planification familiale, la santé infantile, la santé maternelle et la situation professionnelle de familles sélectionnées aléatoirement. L'enquête de 2013 porte sur 9 746 femmes. Toutefois, seules les données de 2 608 d'entre elles ont été utilisées, les femmes enceintes, les femmes infertiles, les femmes stérilisées avant l'année de l'enquête, les femmes dont le partenaire est stérilisé et les femmes ayant des enfants de moins de 6 ans ayant été exclues.
Les informations recueillies auprès des femmes sélectionnées ont été réparties en deux groupes principaux : celles utilisant des méthodes contraceptives traditionnelles (abstinence périodique, retrait et autres méthodes populaires) et celles utilisant des méthodes modernes (pilule, stérilet, injections, diaphragme, préservatif, stérilisation féminine et masculine, implants et méthode de l’allaitement maternel). D’autres informations ont également été prises en compte, telles que le nombre d’enfants de moins de 6 ans, âgés de 6 à 13 ans et âgés de 14 à 17 ans, la présence d’autres adultes que le conjoint, le niveau d’études de la femme et du conjoint, le désir de grossesse, l’indice de richesse, le lieu de résidence (urbain ou rural), la nature de l’emploi (fonctionnaire, travailleur du secteur informel ou autre) et la présence de crèches dans la commune.
Résultats
Les résultats indiquent que les femmes actives sont plus susceptibles d'utiliser une méthode contraceptive que les femmes sans emploi. Ceci confirme l'hypothèse selon laquelle les femmes plus présentes sur le marché du travail ont un coût d'opportunité plus élevé lié à l'éducation des enfants que les femmes sans emploi. Par conséquent, elles seraient plus enclines à utiliser une méthode contraceptive pour éviter une grossesse non désirée. De plus, les femmes actives sont plus susceptibles d'utiliser des méthodes contraceptives modernes plutôt que des méthodes traditionnelles que les femmes sans emploi. Une explication possible réside dans leur capacité financière à se procurer des méthodes contraceptives plus modernes.
De plus, les résultats indiquent qu'une augmentation de l'offre publique de garderies et
Les structures préscolaires augmentent les chances d'emploi des femmes ayant de jeunes enfants. En revanche, une plus grande proportion de services de garde d'enfants privés réduit ces chances, car ces services ne sont pas accessibles à de nombreuses familles. Enfin, une comparaison des femmes selon leur catégorie professionnelle, notamment celles de la fonction publique et celles occupant d'autres emplois rémunérés, révèle que les employées du secteur public sont plus enclines à utiliser des méthodes modernes que des méthodes traditionnelles, ce qui confirme l'hypothèse selon laquelle l'accès aux méthodes modernes est plus aisé pour les femmes occupant des emplois prestigieux et mieux rémunérés.
Leçons de politique publique
Cette étude examine l'impact du statut professionnel des femmes ayant des enfants d'âge préscolaire sur l'utilisation de la contraception. Malgré des différences entre le Brésil et la Turquie concernant les politiques publiques d'accès à la contraception, les résultats sont intéressants pour comprendre les facteurs influençant l'entrée des femmes sur le marché du travail.
Un autre constat important de l'étude, qui correspond à la réalité brésilienne, est l'importance de la disponibilité des crèches publiques. Selon une étude de l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE),IBGED’après les données du recensement de 2010, le taux d’emploi des femmes dont les enfants de moins de trois ans fréquentent une garderie était de 65,4 %, supérieur à celui des femmes dont les enfants ne fréquentent pas de garderie (41,2 %). Dans ce contexte, la réalisation des objectifs fixés par le Plan national d’éducation (PNE), qui vise à garantir qu’au moins 50 % des enfants de 0 à 3 ans soient inscrits en garderie d’ici 2024, constituerait un facteur important pour favoriser une plus grande participation des femmes au marché du travail brésilien.
Référence
PEKKURNAZ, Didem. Situation professionnelle et choix contraceptifs des femmes ayant de jeunes enfants en Turquie. Économie féministe, v. 26, non. 1, p. 98-120, 2020.