Les maires brésiliens croient-ils en la science ?

Chercheur principal : Angelo Cruz do Nascimento Varella

Titre de l'article : COMMENT LA RECHERCHE INFLUENCE LES POLITIQUES : DONNÉES EXPÉRIMENTALES PORTÉES SUR 2 150 MUNICIPALITÉS BRÉSILIENNES

Auteurs de l'article :  Jonas Hjort, Diana Moreira, Gautam Rao et Juan Francisco Santini

Lieu de l'intervention : Brasil

Taille de l'échantillon :  2.150 XNUMX municipalités brésiliennes

Thème principal : Politique économique et gouvernance

Type d'intervention : Expérimentation avec des maires sur la recherche universitaire

Variable principale d'intérêt : Les décisions des maires

Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)

Problème de politique

Ces dernières décennies ont été marquées par une explosion d'études et de recherches. Selon l'Association américaine d'économie (AEA), plus de 2 500 études empiriques expérimentales ont été recensées entre 2013 et 2019. Cette large application des connaissances scientifiques a permis de valider de manière croissante et pertinente les politiques publiques, mettant en lumière leurs aspects positifs et négatifs dans divers secteurs, tels que l'éducation, les revenus et la santé.

Cependant, on ignore encore largement la valeur que les dirigeants politiques et les décideurs politiques accordent aux conclusions de la communauté scientifique. Autrement dit, des progrès supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre l'influence des études et des recherches sur les acteurs politiques.

Contexte d'évaluation

Au Brésil, les municipalités constituent le plus petit échelon administratif. Au moment de l'étude, on recensait 5.570 4 municipalités réparties dans 26 États, dirigées par des maires élus au suffrage direct par leurs administrés. Chaque fonction de maire présente des caractéristiques similaires à celles des autres membres du pouvoir exécutif : un mandat de quatre ans renouvelable une fois, la nomination de secrétaires chargés de la gestion administrative municipale et le pouvoir d'élaborer des politiques publiques dans des domaines tels que la santé, l'éducation et les transports. Chaque municipalité dispose d'un organe législatif qui, conjointement avec la mairie, négocie le budget, financé principalement par des transferts fédéraux (environ 60 %) et les recettes fiscales (environ 15 %). Les maires jouissent d'une autonomie budgétaire et sont généralement soumis à la responsabilité électorale qui en découle.

Pour mener une expérience à grande échelle, les chercheurs se sont associés à la Confédération nationale des municipalités (CNM). Cette institution, qui regroupe 80 % des municipalités brésiliennes, est une organisation apolitique qui coordonne et défend les intérêts des maires et des municipalités brésiliennes auprès des instances étatiques et fédérales. La CNM organise des réunions et des conférences avec divers acteurs du secteur public, ce qui permet la participation de milliers de représentants politiques à ses événements.

Détails de la police

Les chercheurs ont mené deux expériences auprès de maires en exercice lors d'événements majeurs du CNM organisés entre 2016 et 2018, dans le but de mesurer leur volonté de payer pour des découvertes scientifiques, ainsi que l'effet de ces découvertes sur les convictions et les décisions de ces personnes.

La première expérience, menée lors d'une importante conférence du CNM en 2016, a consisté en une analyse de l'adoption de politiques publiques suite à la diffusion de résultats scientifiques. Elle a réuni 881 maires. Durant cet événement, les participants ont été informés d'une étude portant sur une politique publique facile à mettre en œuvre dans les municipalités brésiliennes : l'envoi de rappels aux contribuables. Quinze à vingt-quatre mois après leur participation, les maires ont été interrogés afin de vérifier la mise en œuvre de cette mesure.

La seconde expérience s'est déroulée entre 2017 et 2018, lors de 14 réunions du CNM auxquelles ont participé plus de 900 élus municipaux issus de 657 villes brésiliennes. À cette occasion, les participants ont été informés de manière aléatoire des résultats de recherches sur les interventions en matière de développement du jeune enfant (DJE), qui bénéficient d'un solide appui scientifique. Après la diffusion de ces informations, les chercheurs ont mené une évaluation en deux phases : les maires ont été invités à participer à un tirage au sort leur permettant de gagner un voyage aux États-Unis (100 billets au total).

Procédé d'évaluation

Dans la première expérience, en informant les maires de l'efficacité d'un programme de rappel aux contribuables, les chercheurs ont permis la mise en œuvre d'une politique publique simple et peu coûteuse, en identifiant les acteurs qui ont effectivement choisi d'adopter les mesures proposées grâce à la présentation de résultats scientifiques favorables.

Dans la seconde expérience, quatre études empiriques sur la propriété intellectuelle de développement (PID) aux États-Unis, en Jamaïque, en Colombie et au Michigan ont été présentées. Les chercheurs ont interrogé les maires sur leur perception de l'efficacité des politiques publiques en matière de PID dans deux des localités étudiées et dans leurs municipalités respectives. Les participants ont ensuite reçu 100 billets pour participer à un tirage au sort permettant de gagner un voyage aux États-Unis.

Au départ, chaque participant avait la possibilité d'utiliser ses billets pour, au lieu de participer au tirage au sort du voyage, faire une offre d'achat d'informations issues d'études scientifiques, comme lors d'une vente aux enchères. Les résultats étaient révélés aux participants dont l'offre dépassait une valeur minimale, fixée aléatoirement pour chacun. Dans un second temps, les maires recevaient 100 billets supplémentaires et faisaient une nouvelle offre pour les résultats des trois études non retenues lors du premier tour.

À la fin de l'expérience, les maires ont été de nouveau interrogés sur leurs opinions concernant la mise en œuvre des programmes de DPI. Cela permet de comparer leur disposition à payer pour les résultats d'études scientifiques et l'influence de ces nouvelles informations sur leurs processus décisionnels.

Résultats

De manière générale, les résultats indiquent que les dirigeants politiques interrogés s'intéressent aux découvertes scientifiques et sont disposés à revoir leurs positions et à actualiser leurs convictions sur la base de preuves et d'études concrètes.

Lors de la première expérience, plus de 38 % des maires invités ont choisi de participer aux séances d'information sur la politique de rappel aux citoyens. Cette participation a augmenté de 10 points de pourcentage la probabilité de mise en œuvre de cette politique publique, soit une hausse de 33 % par rapport au groupe témoin.

Dans la seconde expérience, portant sur des billets de voyage, les maires et les participants étaient disposés à payer en moyenne 45 billets (soit 36 ​​dollars) pour obtenir les résultats d'études scientifiques. Environ 98 % des participants ont choisi d'acheter au moins un billet pour accéder à ces informations. Il a également été constaté que les personnes ayant payé plus cher étaient plus susceptibles de modifier leur opinion en fonction des informations contenues dans les études consultées.

Leçons de politique publique

De manière générale, les résultats indiquent que la présentation de données scientifiques aux responsables politiques est pertinente. En effet, lorsqu'ils sont confrontés à des informations claires issues de la recherche et d'études empiriques, les maires et autres acteurs politiques municipaux modifient leurs convictions et leurs opinions au point de mettre en œuvre des solutions et des connaissances scientifiques. Autrement dit, la présentation de connaissances scientifiques aux responsables politiques est pertinente pour influencer l'élaboration des politiques publiques et le processus décisionnel des personnes chargées de leur mise en œuvre.

Référence

HJORT, Jonas et al. Comment la recherche influence les politiques publiques : données expérimentales issues de 2 150 municipalités brésiliennes. Bureau national de la recherche économique, 2019.