Les maires sont-ils plus responsables en matière de politique budgétaire municipale lorsqu'il existe une possibilité de réélection ?

Chercheur principal : Eduarda Miller de Figueiredo

Titre de l'article : L'influence de la réélection sur les politiques fiscales infranationales.

Auteurs de l'article : Fernanda L. Marciniuk et Mauricio S. Bugarin

Lieu de l'intervention: Brésil

Taille de l'échantillon: 5 568 municipalités.

Setor: Autres

Type d'interventionEffets de la réélection

Principale variable d'intérêtIndicateurs fiscaux et coefficients des variables permettant d'identifier les maires qui s'attendent à être réélus et ceux qui ne s'y attendent pas.

Méthode d'évaluationDonnées de panel et différences de différences

Problème de politique

La littérature l'appelle «« Effet titre » Un candidat qui occupe déjà la fonction de maire et se représente aborde les élections dans une position plus favorable que ses concurrents. En effet, outre une plus grande visibilité politique, il dispose également de la structure administrative et des ressources publiques (Ferejohn, 1977 ; Uppa, 2008). De ce fait, les maires utilisent ces privilèges à des fins d'autopromotion, ce qui peut entraîner une augmentation inconsidérée des dépenses dans les municipalités où un maire brigue un nouveau mandat (Brambor et Ceneviva, 2012).

Les soi-disant «Cycle politico-économique"Ou"Cycle politico-budgétaireCeci, comme le démontre également la littérature, constitue une incitation qui motive les politiciens en place à intensifier leurs dépenses dans les périodes précédant les élections, dans le but d'accroître la probabilité de leur réélection (Nordhaus, 1975 ; Sakurai et Menezes-Filho, 2011).

Par ailleurs, la réélection constitue également un mécanisme de contrôle et de sanction de la mauvaise gouvernance (Nery, 2013). Un mandat unique limitant la capacité à réaliser des services et des travaux publics, elle favorise la continuité de l'administration publique. En d'autres termes, il s'agit d'arguments théoriques qui définissent la réélection comme un mécanisme de promotion de la transparence et du contrôle démocratique.

Contexte d'évaluation

Au Brésil, il est démontré que les dépenses municipales, tant courantes que totales, augmentent les années électorales et que des dépenses plus élevées accroissent les chances de réélection ou d'élection d'un allié politique au niveau municipal (Sakurai et Menezes-Filho, 2008 et 2011). Par ailleurs, Ferraz et Finan (2010) montrent que les maires qui espèrent être réélus sont, en moyenne, moins corrompus que ceux qui n'ont pas d'incitation à la réélection.

Meneguin et Bugarin (2001) ont élaboré un modèle dynamique mesurant l'effet de la réélection sur les décisions de dépenses des administrations infranationales brésiliennes. Ils démontrent que l'avantage marginal d'un déficit diminue lors du premier mandat lorsque la réélection est assurée. Plus précisément, plus la probabilité de réélection est élevée, moins le gouverneur est enclin à accepter des dépenses supérieures aux recettes, sachant qu'il devra lui-même supporter les déficits lors du mandat suivant.

Détails de la police

La loi sur la responsabilité budgétaire (LRF) établit des normes de finances publiques visant à garantir une gestion budgétaire responsable. Elle impose aux gestionnaires publics de respecter des limites, des conditions et des paramètres en matière de recettes et de dépenses, afin de prévenir les déficits budgétaires successifs. Ainsi, la LRF fixe une limite prudentielle de 57 % et un plafond de 60 % des recettes nettes courantes pour le total des dépenses de personnel des municipalités.

Cependant, les municipalités ont tout de même consacré une part importante de leur budget à la rémunération des employés du secteur public. Entre 2001 et 2012, elles ont affecté, en moyenne, 49 % de leurs recettes nettes courantes aux paiements du personnel.

Compte tenu de cette situation, l'étude a analysé empiriquement l'influence de la réélection du maire sur la viabilité financière de l'entité.

Détails de la méthodologie

Pour analyser l'impact potentiel de la réélection sur la gestion budgétaire municipale, les auteurs ont utilisé deux modèles : (i) des modèles de données de panel classiques, pour un ensemble de 5 568 municipalités (2001-2012), et (ii) des modèles de différences-en-différences, pour 2 006 municipalités (2004-2008). Dans cette analyse, les variables dépendantes étaient les indicateurs budgétaires des municipalités et les coefficients des variables permettant d'identifier les maires en début de mandat qui anticipent leur réélection et ceux qui ne l'anticipent pas, comme indiqué ci-dessous :

Ainsi, une signification statistique dans  ou  Cela dénote un comportement différent de la part d'un maire en début de mandat par rapport à un maire en deuxième mandat.

À partir des données du Tribunal supérieur électoral (TSE), un ensemble de variables de contrôle a été constitué sur le plan politique : affiliation partisane, fragmentation du corps législatif, indicateur de compétitivité du pouvoir exécutif, participation populaire et idéologie du parti. Un ensemble de variables a également été créé concernant les caractéristiques personnelles des maires : sexe, niveau d’études et âge. Enfin, un ensemble de variables de contrôle a été constitué en tenant compte des aspects économiques des communes : taux de pauvreté, indice de Gini, taux d’analphabétisme et population.

Résultats

Les résultats de l'analyse par données de panel indiquent que les municipalités où les maires effectuent leur premier mandat ont tendance à avoir un effet positif sur l'excédent budgétaire des élections primaires. Autrement dit, un maire se représentant génère, en moyenne, un excédent budgétaire des élections primaires supérieur de 0,11 % à celui d'un maire effectuant son deuxième mandat.  Ils ont un effet plus marqué que leurs homologues dans Ce montant représente 0,07 % du PIB municipal. Ce résultat corrobore les conclusions de Meneguin et al. (2005), qui affirmaient que le maire est plus responsable de la politique budgétaire de la municipalité lorsqu'il est en situation de réélection, étant donné qu'il devra lui-même supporter le fardeau futur de la dette publique.

Un autre constat est le fait que les maires de Elles font état d'une augmentation moyenne de 0,059 % du PIB municipal, avec une hausse de la masse salariale des employés du secteur public et une réduction des dépenses d'investissement. Cet effet a également été observé chez les maires de Cependant, dans une moindre mesure.

Les estimations du modèle de différences-en-différences suggèrent que l'anticipation d'une réélection a un effet positif sur l'excédent primaire des municipalités. Plus précisément, elles indiquent que cet effet est beaucoup plus marqué dans les municipalités présentant une meilleure viabilité financière.

Leçons de politique publique

Les données empiriques démontrent que l'anticipation d'une réélection municipale influence positivement certains aspects de la politique budgétaire, indiquant que les maires en début de mandat qui espèrent être réélus mènent une politique budgétaire plus durable. Par conséquent, il convient de s'intéresser aux effets potentiellement néfastes de la fin du système de réélection sur la politique budgétaire infranationale.

Référence

MARCINIUK, Fernanda L.; BUGARIN, Maurício S. L'influence de la réélection sur les politiques fiscales infranationales. Brazilian Journal of Economics, vol. 73, p. 181-210, 2019.