Programme d'emploi pour les jeunes en Égypte

Chercheur principal : Adriano Valladão Pires Ribeiro

Titre de l'article : LUTTER CONTRE LE CHÔMAGE DES JEUNES EN ÉGYPTE : DES ÉVALUATIONS ALÉATOIRES METTENT EN VALEUR LE POTENTIEL DES PROGRAMMES D’ACTION SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

Auteurs de l'article : Ahmed Elsayed; Kévin Hempel ; Adam Osman

Lieu de l'intervention : Beni Suef, Mynia et le Grand Caire – Égypte

Taille de l'échantillon1743 individus

Thème principal : Marché du travail

Variable principale d'intérêt : Emploi

Type d'intervention : Stages et formations en milieu professionnel ; conseils en orientation professionnelle

Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)

Contexte d'évaluation

Le Printemps arabe de 2010 a engendré de nombreux défis pour l'Égypte, notamment le chômage. Dans le pays, le chômage, selon… Données de la Banque mondialeLe taux de chômage a bondi de 8,76 % en 2010 à 11,85 % en 2011, atteignant un pic de 13,15 % en 2013 et se maintenant au-dessus de 11 % tout au long de la décennie 2010-2019. Parallèlement, le chômage des jeunes de 18 à 24 ans… Il est resté constamment au-dessus de 29 %. Durant la même période, on constate ainsi que le problème du chômage est encore plus important chez les jeunes.

Détails de l'intervention

En réponse au défi du chômage, le gouvernement égyptien a lancé le Projet d'investissement d'urgence pour l'emploi (EEIP) en 2014. Ce projet, qui a duré jusqu'en décembre 2017, a reçu 67,6 millions d'euros de l'Union européenne, a été administré par la Banque mondiale et mis en œuvre par le gouvernement par l'intermédiaire de l'Agence de développement des micro, petites et moyennes entreprises (MSMEDA).

Le projet poursuivait plusieurs objectifs, notamment : (1) créer des opportunités d’emploi pour les personnes sans emploi ou ayant un emploi, mais peu ou pas qualifiées techniquement ; et (2) améliorer l’employabilité des jeunes grâce à des formations courtes ou un accompagnement dans leur transition vers un emploi salarié ou indépendant. Le programme s’adressait aux jeunes de 18 à 29 ans, sans emploi ou inactifs, vivant dans des quartiers défavorisés, une attention particulière étant portée aux groupes les plus vulnérables sur le marché du travail (par exemple, les personnes en situation de pauvreté, les jeunes femmes, les personnes peu qualifiées, les personnes en situation de handicap, les personnes sans expérience professionnelle formelle, etc.).

Il convient également de souligner certaines caractéristiques de la conception du programme mis en œuvre :

Partenariat public-privéLe programme a été adopté grâce à un partenariat entre le secteur public (MSMEDA) et les ONG chargées de la mise en œuvre des services destinés aux bénéficiaires.

Adoption des meilleures pratiques mondialesLes ONG participantes devaient prouver, dans le cadre de leurs propositions, qu'il existait une demande d'emplois pour les services qu'elles offriraient.

Concentrez-vous sur les résultatsLe résultat obtenu primerait sur les activités elles-mêmes, une partie du paiement étant par exemple liée à l'atteinte d'objectifs. Le résultat communiqué par l'ONG serait validé par une vérification indépendante.

Mettre l'accent sur la production de connaissances.Les projets ayant bénéficié d'un soutien serviront de base à la mise en œuvre de futures interventions en faveur de l'emploi des jeunes en Égypte.

MSMEDA, en utilisant ses propres critères, a ensuite sélectionné certaines ONG pour participer à un atelier et de sélectionner les meilleures idées pour la mise en œuvre du programme d'emploi. Dix ONG ont été recensées, et les deux meilleures propositions ont été retenues pour poursuivre le programme (désignées ONG1 et ONG2). L'ONG1 se concentre sur l'auto-emploi et est implantée dans les villes de Beni Suef et Minya, tandis que l'ONG2 se concentre sur l'accès à l'emploi salarié et intervient dans le Grand Caire et à Beni Suef.

Procédé d'évaluation

La méthode adoptée par les deux ONG pour évaluer les résultats de la politique est similaire. Afin d'évaluer précisément l'impact du programme d'emploi, les participants à chaque programme ont été répartis aléatoirement en un groupe témoin et deux groupes d'intervention. Cette sélection aléatoire vise à éliminer les biais et à garantir que, en moyenne, tous les groupes présentent des caractéristiques similaires, la seule différence résidant dans le fait qu'ils bénéficient ou non de l'intervention. Par conséquent, la différence observée dans les résultats finaux peut être attribuée au programme d'emploi. Les deux ONG sont ensuite présentées plus en détail.

ONG1 – Travail indépendant

L'ONG1 a lancé un appel à candidatures pour des formations et un accompagnement. Face à un nombre de candidatures supérieur au nombre de places disponibles, elle a sélectionné 1 011 personnes jugées les plus aptes et les moins susceptibles d'abandonner la formation en cours. Ces personnes ont été réparties aléatoirement en trois groupes : (1) un groupe bénéficiant uniquement de la formation (337 personnes) ; (2) un groupe bénéficiant à la fois de la formation et de l'accompagnement (335 personnes) ; et (3) un groupe témoin ne bénéficiant d'aucun service (339 personnes).

L'étape suivante consiste à vérifier la validité de l'échantillonnage, c'est-à-dire l'équilibre des groupes, afin de garantir la fiabilité des résultats de la recherche. Il s'avère que les trois groupes sont équilibrés, les différences entre eux étant négligeables concernant des caractéristiques telles que l'âge, le revenu familial, la proportion de femmes et le niveau d'éducation. Un autre point à vérifier est l'adhésion effective des participants au traitement, c'est-à-dire leur participation à la formation et aux séances de conseil. Ce fut le cas, le groupe témoin n'ayant reçu aucune formation.

Par conséquent, l'équilibre entre les groupes et le caractère aléatoire de la répartition des individus dans chaque groupe permettent de comparer les résultats moyens de chaque groupe afin d'évaluer les impacts du programme d'emploi.

ONG2 – Recherche d'emploi salarié

L’intervention de l’ONG2 visait principalement à aider les jeunes à obtenir un emploi salarié. Le groupe témoin, qui n’a bénéficié d’aucune aide, était composé de 241 personnes, tandis que le groupe expérimental était divisé en deux : (i) un groupe de 250 personnes ayant reçu une formation et (ii) un autre groupe de 241 participants ayant reçu une formation et un accompagnement individuel.

Comme pour l'ONG1, les participants au programme de l'ONG2 ont été répartis aléatoirement dans chaque groupe afin de garantir que les résultats puissent être interprétés comme reflétant l'impact du programme. Il convient également de noter que la répartition entre les groupes était équilibrée et que la formation et le soutien psychologique ont été correctement dispensés à chaque groupe ; autrement dit, le groupe témoin n'a reçu ni formation ni soutien psychologique, et seul le groupe devant bénéficier d'un soutien psychologique en a bénéficié.

 Résultats

Voici les résultats rapportés par les programmes des deux ONG concernant le maintien de l'emploi, la richesse et les heures de travail hebdomadaires.

EmploiD'après le programme mis en œuvre par l'ONG1, le groupe ayant uniquement bénéficié d'une formation a déclaré que 45 % des participants avaient trouvé un emploi, tandis que pour ceux ayant également reçu un accompagnement, ce pourcentage était de 43 %. Ces chiffres contrastent avec la moyenne du groupe témoin, qui était de 15 %.

Selon NGO2, les deux groupes de traitement ont indiqué que 47 % des individus étaient employés, un chiffre supérieur aux 35 % rapportés par le groupe témoin.

RevenuPour l'ONG1, le revenu mensuel du groupe ayant bénéficié de la formation a augmenté de 91 EGP (monnaie égyptienne) et celui du groupe ayant reçu une formation et un accompagnement, de 63 EGP, par rapport à la moyenne du groupe témoin. De plus, la proportion de personnes sans revenu a diminué de 17 % et de 19 % respectivement pour les groupes ayant reçu une formation et ceux ayant reçu une formation et un accompagnement, par rapport au groupe témoin.

Pour l'ONG2, le groupe ayant suivi la formation a enregistré une augmentation de revenus de 99 EGP, tandis que le groupe ayant bénéficié d'une formation et d'un accompagnement a constaté une augmentation de 104 EGP par rapport au revenu moyen du groupe témoin. Le pourcentage de personnes sans revenu dans le groupe témoin était de 18 %, un chiffre qui a diminué dans les autres groupes, à 15 % dans le groupe ayant suivi la formation et à 11 % dans le groupe ayant bénéficié d'une formation et d'un accompagnement.

Temps de travailLe groupe témoin de l'ONG1 a signalé une augmentation moyenne de 6 heures de travail par semaine, tandis que le groupe de formation a signalé une augmentation de 7,85 heures et le groupe de formation et de conseil une augmentation de 8,6 heures.

Dans l'ONG2, comparativement au groupe témoin, les deux interventions ont entraîné une augmentation du nombre d'heures de travail hebdomadaires. Cette augmentation était de 2,7 heures dans le groupe ayant bénéficié de la formation et de 3,6 heures dans le groupe ayant reçu à la fois la formation et le soutien psychologique.

Leçons de politique publique

Trois enseignements importants pour les politiques publiques se dégagent de cette étude. Premièrement, les programmes d'emploi destinés aux jeunes peuvent produire des résultats positifs en termes d'emploi et de revenus, comme l'illustre l'exemple de l'Égypte. Deuxièmement, les partenariats public-privé constituent une voie prometteuse pour la mise en œuvre de ces programmes. En effet, ils permettent de conjuguer des objectifs clairs et la flexibilité nécessaire pour adapter le type d'intervention au contexte du groupe cible. Enfin, une méthodologie appropriée permet de mesurer et d'évaluer l'impact de politiques publiques bien conçues.

Référence IZA, Ahmed Elsayed ; HEMPEL, Kevin ; OSMAN, Adam. Vaincre le chômage des jeunes en Égypte. 2018.