Chercheur principal : Bruno Benevit
Titre original: Les programmes d'autonomisation des jeunes peuvent-ils réduire la violence à l'égard des filles pendant la pandémie de COVID-19 ?
Auteurs: Selim Gulesci, Manuela Puente-Beccar et Diego Ubfal
Lieu de l'intervention : Bolívia
Taille de l'échantillon : Adolescents 600
Secteur: Politiques publiques
Variable principale d'intérêt : La violence
Type d'intervention : Programme de formation
Méthodologie: RCT
Résumé
La pandémie de COVID-19 a exacerbé les facteurs de risque associés aux violences domestiques, notamment à l'encontre des femmes et des enfants. Cette étude a analysé l'impact d'un programme d'autonomisation des jeunes en Bolivie pendant la période de confinement. Au moyen d'un essai contrôlé randomisé mené auprès de 600 adolescentes vulnérables, l'étude a évalué les effets du programme, qui proposait une formation aux compétences sociales et techniques, une éducation sexuelle, un mentorat et une aide à la recherche d'emploi. Les résultats ont indiqué que, sept mois après la fin du programme, les revenus des jeunes filles avaient augmenté et les violences qu'elles subissaient avaient diminué. Ces données suggèrent que des programmes d'autonomisation multidimensionnels peuvent réduire les violences subies par les jeunes femmes en période de risque élevé.
- Problème de politique
La pandémie de COVID-19 a entraîné une série de mesures de confinement strictes qui ont accru les facteurs de risque associés aux violences domestiques. Les médias et les rapports institutionnels ont fait état d'une augmentation de ces violences, notamment à l'encontre des femmes et des enfants, dans les pays touchés par la pandémie (Gulesci ; Puente-Beccar ; Ubfal, 2021). Ce phénomène a été observé dans divers pays et lors de différents événements ces dernières années, soulignant la nécessité de mieux comprendre les facteurs qui contribuent à ces violences.
Des recherches ont démontré que les crises économiques, les conflits et les catastrophes naturelles sont fréquemment associés à une augmentation de la prévalence des violences faites aux femmes et aux enfants. Une étude récente de Ravindran et Shah (2023) souligne que les districts ayant appliqué des mesures de confinement plus strictes ont enregistré une hausse des cas de violence domestique en Inde. De même, les travaux de Bandiera et al. (2020) ont mis en évidence une augmentation des grossesses chez les adolescentes et une baisse de la scolarisation des filles en Sierra Leone lors des fermetures d'écoles survenues pendant l'épidémie d'Ebola de 2014-16. Cette étude a également observé que les programmes de formation ont permis d'atténuer ces effets négatifs, révélant ainsi le potentiel de politiques similaires pour réduire les conséquences néfastes du confinement sur les jeunes vulnérables.
Ces études soulignent l'importance des interventions susceptibles de réduire la violence durant les périodes à haut risque. Dans ce contexte, la présente étude a évalué l'impact d'un programme d'autonomisation des jeunes sur la prévalence de la violence à l'encontre des jeunes durant la période à risque. confinement Durant la pandémie de COVID-19 en Bolivie, le programme a combiné formation aux compétences sociales et techniques, éducation sexuelle, mentorat et aide à la recherche d'emploi. Comprendre ce problème est essentiel, car cela peut fournir aux décideurs politiques des informations précieuses sur la manière dont des programmes multidimensionnels peuvent atténuer les effets néfastes en temps de crise.
- Contexte de mise en œuvre des politiques
Le programme « Adolescents : acteurs du développement » a été mis en œuvre par l'ONG Save the Children Ce programme est mis en œuvre dans plusieurs pays depuis 2016. Il vise à aider les jeunes vulnérables à trouver un emploi, à améliorer leurs conditions de travail et à renforcer leur capacité à générer des revenus. Le programme s'adresse aux adolescents vulnérables âgés de 15 à 18 ans. En Bolivie, le recrutement des adolescents a été effectué dans quatre villes selon différentes stratégies.
Le programme proposait aux jeunes une formation aux compétences personnelles et techniques, une éducation sexuelle, un mentorat et un accompagnement dans leur recherche d'emploi ou la création d'entreprise. Les activités comprenaient des modules de formation générale sur l'autonomisation, la santé sexuelle et reproductive, l'autonomisation économique et les compétences de base, ainsi que des formations aux compétences techniques spécifiques demandées sur le marché du travail. Après la formation générale, les participants pouvaient choisir jusqu'à trois formations techniques, pour une durée totale d'environ 70 heures.
Le projet a également aidé des adolescents à obtenir des entretiens d'embauche auprès d'employeurs proposant des emplois correspondant à leurs compétences et répondant à certains critères : compatibilité avec leur formation, absence d'activités à risque et salaire au moins égal au salaire minimum. Par ailleurs, le programme offrait aux adolescents ne souhaitant pas travailler la possibilité de créer leur propre entreprise, une option qui ne s'est toutefois concrétisée que pour un seul adolescent de l'échantillon.
- Détails de l'évaluation
L'étude a été menée au moyen d'un essai contrôlé randomisé afin d'évaluer les effets d'un programme d'autonomisation des jeunes dans quatre villes de Bolivie. L'échantillon comprenait 600 jeunes vulnérables, recrutés grâce à diverses stratégies : distribution de tracts dans les marchés et autres lieux publics, publicités sur Facebook, collaboration avec des associations de quartier et des écoles proposant des cours du soir, ainsi que conférences de presse.
L'expérience s'est déroulée dans quatre grandes villes boliviennes : Cochabamba, La Paz, Oruro et Santa Cruz. Après sélection, les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes : un groupe expérimental, qui a participé au programme, et un groupe témoin, qui a pu y participer après l'évaluation. L'échantillon final était composé de 511 adolescents ayant répondu à la fois au questionnaire initial et au questionnaire de suivi.
L'étude initiale a été menée en personne, tandis que l'étude de suivi a été réalisée par téléphone en raison des restrictions de déplacement imposées par la pandémie de COVID-19. Les données recueillies portaient sur la région, le sexe, l'âge, la situation professionnelle, les antécédents de violence, le revenu et les compétences sociales. Les échantillons ont été stratifiés en tenant compte d'une grande partie de ces informations.
La collecte de données a pris en compte les signalements de violences physiques, psychologiques et sexuelles. Les informations relatives aux revenus provenaient de diverses sources : emploi formel, travail indépendant, transferts informels de la famille ou des amis, et transferts officiels des gouvernements ou des ONG. Les compétences sociales et de communication ont été évaluées à l’aide de l’outil…Évaluation de l'employabilité (EA) développé par l'ONG Save the Childrenqui évalue six catégories de compétences.
Les caractéristiques de l'échantillon ont révélé que 63 % des jeunes étaient des filles et que la plupart avaient entre 17 et 18 ans. L'expérience a montré que plus de la moitié des jeunes de l'échantillon ont déclaré avoir subi des violences. Les violences physiques et psychologiques étaient plus fréquentes chez les garçons, tandis que les violences sexuelles étaient plus courantes chez les filles. Par ailleurs, les jeunes disposaient de faibles revenus mensuels, avec une moyenne de 441 bolivars (64 dollars américains) pour les garçons et de 406 bolivars (59 dollars américains) pour les filles.
- Méthode
Pour estimer les effets du programme de traitement, la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO) a été utilisée. Outre la variable d'identification du traitement, les modèles ont pris en compte le niveau initial de la variable de résultat pour chaque participant, le sexe et les variables de stratification issues de la randomisation de l'expérience. Avant de procéder aux estimations, les auteurs ont vérifié que les caractéristiques des jeunes des groupes traité et témoin étaient statistiquement similaires avant le traitement, validant ainsi l'essai contrôlé randomisé réalisé.
Les trois principales variables analysées étaient les suivantes : les violences déclarées au cours des trois mois précédant l’enquête, le revenu mensuel du mois précédant l’enquête et les compétences socio-émotionnelles. Les analyses ont été ajustées pour tenir compte de la stratification lors de la randomisation et des facteurs de confusion potentiels. Afin de mesurer les effets du programme sur la prévalence des violences, l’enquête de suivi comprenait des questions directes sur les violences physiques, psychologiques et sexuelles, ainsi qu’une expérience de liste pour limiter les biais potentiels liés aux déclarations des participants.
L'étude des mécanismes possibles par lesquels le programme a pu réduire la violence a examiné plusieurs pistes, notamment l'augmentation des revenus des filles, susceptible d'avoir élargi leurs perspectives d'avenir et renforcé leur autonomie économique, ainsi que la réduction du stress lié à la précarité économique. D'autres mécanismes potentiels ont également été abordés, tels que le développement des compétences socio-émotionnelles et l'accroissement du capital social.
- Principaux résultats
Les résultats ont révélé que le programme d'autonomisation des jeunes avait eu des effets significatifs sur la réduction des violences faites aux filles pendant la période de confinementLes participantes du groupe d'intervention ont rapporté une diminution de 9,5 points de pourcentage (pp) de la prévalence de la violence, soit une réduction de 46 % par rapport au groupe témoin. Les violences physiques, psychologiques et sexuelles ont également diminué chez les filles du groupe d'intervention, avec des réductions d'environ 3, 10 et 3 pp, respectivement.
Les résultats de l'expérience ont confirmé que la violence physique était significativement moins fréquente chez les filles du groupe expérimental que chez celles du groupe témoin. Le taux de violence physique était inférieur de 35 points de pourcentage chez les filles du groupe expérimental, bien que cette différence ne soit pas statistiquement significative. Chez les garçons, aucune réduction significative de la violence n'a été observée, et une légère augmentation de la violence psychologique a même été constatée.
En termes de revenus, le programme a augmenté les gains mensuels des filles (le mois dernier) de 119 bolivars, soit une hausse de 41 % par rapport au groupe témoin. L’analyse détaillée des sources de revenus a révélé que les filles ayant bénéficié du programme étaient moins susceptibles de déclarer des revenus d’un emploi salarié. Cependant, les effets positifs sur les autres sources de revenus n’étaient pas significatifs, avec une augmentation marginale des revenus issus du travail indépendant et des transferts officiels.
Enfin, les compétences sociales des filles n'ont pas évolué de manière significative, hormis une amélioration de leurs techniques de recherche d'emploi. Chez les garçons, on a observé une augmentation de la confiance en soi, mais sans amélioration des compétences sociales. L'absence d'évolution de ces compétences suggère que d'autres facteurs, comme une hausse des revenus, ont pu jouer un rôle plus déterminant dans la réduction des violences faites aux filles.
- Leçons de politique publique
Dans cet article, les auteurs ont mené un essai contrôlé randomisé pour évaluer les effets d'un programme d'autonomisation des jeunes en Bolivie pendant la période de confinement de la pandémie de COVID-19, au cours de laquelle un ensemble de cours de compétences interpersonnelles a été proposé (compétences douceset des techniciens. Les résultats ont indiqué que le programme a considérablement réduit la violence à l'égard des filles et augmenté les revenus mensuels des participantes. Par ailleurs, aucune modification significative n'a été observée dans les compétences sociales des jeunes après leur participation au programme.
Les données présentées dans cet article permettent d'identifier des facteurs susceptibles de réduire les violences faites aux filles durant les périodes à haut risque, comme la pandémie. Les résultats fournissent des informations précieuses aux décideurs politiques, soulignant l'importance de programmes d'autonomisation des jeunes à plusieurs volets. Les auteurs insistent sur le fait que la mise en œuvre de tels programmes peut constituer une stratégie efficace pour atténuer les violences et améliorer la situation économique des jeunes femmes en situation de vulnérabilité.
Références
BANDIERA, Oriana et al. Les fermetures d'écoles pendant une épidémie ont-elles des effets persistants ? Le cas de la Sierra Leone lors de l'épidémie d'EbolaDocument de travail, UCL, juillet 2020.
GULESCI, Selim; PUENTE–BECCAR, Manuela; UBFAL, Diego. Les programmes d’autonomisation des jeunes peuvent-ils réduire la violence à l’égard des filles pendant la pandémie de COVID-19 ? Revue d'économie du développement, v.153, p. 102716, nov. 2021.
RAVINDRAN, Saravana ; SHAH, Manisha. Conséquences inattendues des confinements, de la COVID-19 et de la pandémie de l'ombre en Inde. Comportement humain de nature, vol. 7, n° 3, p. 323–331, 19 janv. 2023.