Quelles sont les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre du document : Conséquences de la pandémie de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Brésil

Auteurs: Rita de Cássia Ribeiro-Silva, Marcos Pereira, Tereza Campello, Érica Aragão, Jane Mary de Medeiros Guimarães, Andréa JF Ferreira, Maurício Lima Barreto et Sandra Maria Chaves dos Santos

Lieu de l'intervention : Brasil

Taille de l'échantillon : Non répertorié

Thème principal : Santé

Variable principale d'intérêt : Sécurité alimentaire et nutritionnelle

Type d'intervention : Débat sur les répercussions de la pandémie de COVID-19.

Méthodologie: Recherche bibliographique

Avec la propagation de la COVID-19 au Brésil, les profondes inégalités sociales qui coexistent dans le pays sont apparues encore plus clairement, relançant les débats sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Dans ce contexte, Ribeiro-Silva et al. (2020) analysent les répercussions de la COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et son interaction avec les politiques de protection sociale. Leur objectif est d'alimenter le débat sur les mesures que les gouvernements et la société doivent adopter pour promouvoir et garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et prévenir l'aggravation de l'insécurité et de la faim pendant et après la crise sanitaire et sociale engendrée par la pandémie.

Contexte d'évaluation

Ces dernières années, on a observé qu'après des décennies de déclin constant, la tendance de la faim dans le monde, reflétée par la prévalence de la malnutrition, s'est inversée en 2015. Bien que les taux restent pratiquement inchangés, à un niveau légèrement inférieur à 11 %, le nombre de personnes touchées par la faim a augmenté. En 2018, par exemple, environ 821 millions de personnes dans le monde souffraient encore de la faim. De plus, les estimations montrent que cette situation pourrait être aggravée par la pandémie, plongeant environ 49 millions de personnes dans l'extrême pauvreté d'ici la fin de 2020.

Au Brésil, la malnutrition a touché environ 5,2 millions de personnes entre 2015 et 2017. Outre la malnutrition, le surpoids et l'obésité continuent de progresser dans toutes les régions du pays, notamment chez les adolescents et les adultes. Les faibles apports en micronutriments tels que le fer, le calcium et les vitamines A et D, à l'origine de carences connues sous le nom de « faim cachée », demeurent un problème nutritionnel majeur au Brésil, avec de graves conséquences sur la santé et le développement physique et cognitif, et un impact direct sur la qualité de vie. Les données montrent également que 27,2 % des femmes en âge de procréer (14 à 49 ans) souffraient d'anémie durant cette période. L'anémie est l'un des problèmes nutritionnels qui présentent les risques sanitaires les plus importants, en particulier lorsqu'elle survient pendant la grossesse.

Détails de l'intervention

Ribeiro-Silva et al. (2020) soulignent que les inégalités socio-économiques persistantes, la promotion des politiques néolibérales et le démantèlement du système incluant des politiques sociales inclusives favorisant la sécurité alimentaire et nutritionnelle contribuent à la situation actuelle au Brésil, qui risque de s'aggraver compte tenu des répercussions de la pandémie. L'insécurité alimentaire au sein des ménages brésiliens, qu'elle soit légère, modérée ou grave, est susceptible d'augmenter significativement avec l'apparition de la pandémie de COVID-19. Dans ce contexte, les auteurs se proposent d'analyser les répercussions de la COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et son interaction avec les politiques de protection sociale.

Détails de la méthodologie

Afin de contribuer au débat sur les mesures que les gouvernements et la société doivent adopter pour promouvoir et garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et prévenir l'insécurité et l'aggravation de la faim pendant et après la crise sociale et sanitaire engendrée par la pandémie, Ribeiro-Silva et al. (2020) analysent les documents officiels relatifs aux décrets et lois de lutte contre la COVID-19 aux niveaux étatique et fédéral. Ils privilégient les actions visant à générer des revenus et les interventions destinées à garantir une alimentation adéquate. À cette fin, l'étude est structurée en trois parties : la première aborde le contexte des politiques de protection sociale (et leur démantèlement au Brésil) ; la deuxième traite des dimensions de la sécurité alimentaire et nutritionnelle ; et la troisième présente des stratégies possibles pour lutter contre la faim et instaurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Brésil.

Résultats

L'étude menée par Ribeiro-Silva et al. (2020) montre que la baisse du pouvoir d'achat des ménages et la hausse des prix alimentaires ces dernières années ont été les principaux facteurs à l'origine d'une diminution considérable de la consommation alimentaire, notamment d'aliments nutritifs et sains. Cette situation s'est produite dans un contexte alimentaire agressif, saturé d'aliments ultra-transformés (facilement accessibles et peu coûteux), aggravant ainsi l'insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations les plus vulnérables. Dans ce contexte, les auteurs soulignent que le démantèlement des politiques publiques et du Conseil national de la sécurité alimentaire et nutritionnelle met en lumière, durant la pandémie de COVID-19, les carences de l'État en matière de réduction des inégalités et de lutte contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle au Brésil, et risque de rendre les personnes et les familles déjà exposées à la privation alimentaire encore plus vulnérables à la faim avant même le début de cette crise épidémiologique.

L'analyse suggère que l'insécurité alimentaire et nutritionnelle au Brésil a des conséquences potentielles, directes ou indirectes, sur la santé et la qualité de vie. La situation s'aggrave pour les groupes sociaux qui n'ont pas encore bénéficié d'une véritable intégration sociale par les politiques publiques, tels que les descendants des communautés quilombolas, les populations autochtones, les communautés traditionnelles (terreiros, fundo de pasto, etc.), les casseurs de noix de coco, les ramasseurs de coquillages, les pêcheurs artisanaux et les personnes sans domicile fixe, parmi de nombreux autres groupes qui composent la société brésilienne. Il est également important de prendre en compte les personnes âgées (qui ont des difficultés d'accès aux points de vente d'aliments), qu'elles vivent à domicile ou en institution.

Par conséquent, l’émergence et la propagation de la pandémie causée par le virus SARS-CoV-2 intensifient les problèmes qui s’accumulaient déjà en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle pour tous, en particulier pour les plus vulnérables sur les plans social, économique et sanitaire, signalant une possible augmentation des situations de faim.

Leçons de politique publique

Après avoir analysé les documents officiels relatifs aux décrets et lois concernant la lutte contre la COVID-19 aux niveaux étatique et fédéral, Ribeiro-Silva et al. (2020) ont constaté une situation critique, exacerbée par la crise sanitaire et les mesures de distanciation sociale mises en place au Brésil, entraînant de profondes répercussions économiques sur les revenus et l'emploi. Si ce scénario perdure, selon les auteurs, de nombreux Brésiliens pourraient mourir de faim. Face à cette situation, il est impératif de trouver des solutions qui placent la vie et la dignité humaine au cœur des décisions et des politiques publiques, et qui garantissent le respect des droits humains. En ce qui concerne le droit à une alimentation adéquate, cela signifie assurer à tous, et notamment aux plus vulnérables, l'accès à une alimentation suffisante et saine pour respecter les exigences de la distanciation sociale.

Dans ce contexte, l'enjeu est de garantir différents mécanismes contribuant à assurer le droit humain à une alimentation adéquate, en renforçant diverses stratégies d'approvisionnement alimentaire. À ce titre, le renforcement du Programme d'acquisition alimentaire (notamment les modalités d'achat direct et d'achat avec don simultané) et la poursuite du Programme national d'alimentation scolaire (adapté aux exigences sanitaires liées à la COVID-19) figurent parmi les mesures pouvant être rapidement mises en œuvre. Par ailleurs, des politiques de protection sociale exceptionnelles, telles que la distribution de produits issus de l'agriculture familiale, adaptées aux précautions sanitaires nécessaires pour réduire les risques de propagation du SARS-CoV-2, revêtent une importance capitale en tant que stratégie spécifique pour lutter contre la faim au sein des populations vulnérables au Brésil.

Ribeiro-Silva et al. (2020) recommandent également d'intégrer des initiatives d'éducation alimentaire visant à guider et encourager l'adoption et le maintien de saines habitudes alimentaires pour toute la famille, notamment en encourageant systématiquement l'allaitement maternel exclusif jusqu'à 6 mois, pratique nutritionnelle sûre et essentielle pour les enfants de moins de 2 ans, dans le respect des mesures sanitaires de précaution. Enfin, les auteurs soulignent l'importance de renforcer le système de surveillance et de suivi de la propagation du virus, afin de définir des stratégies cohérentes pour lutter contre la COVID-19.

Références

RIBEIRO-SILVA, Rita de Cássia et al. Conséquences de la pandémie de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Brésil. Ciência & Saúde Coletiva, v. 25, p. 3421-3430, 2020.