Quelles sont les tendances et les lacunes de la bureaucratie représentative ?

Titre du document : Tendances et lacunes : une méta-analyse de la bureaucratie représentative

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Auteurs: Sebawit G. Bishu et Alexis R. Kennedy

Lieu de l'intervention : États Unis

Taille de l'échantillon : 96 articles

Thème principal : Politique économique et gouvernance

Variable principale d'intérêt : bureaucratie représentative

Type d'interventionMéta-analyse de la bureaucratie représentative

Méthodologie: Revue de littérature

Étant donné que le cadre théorique de la bureaucratie représentative explore le lien entre les caractéristiques sociodémographiques des fonctionnaires et leur propension à entreprendre des actions bénéfiques aux citoyens avec lesquels ils partagent une identité, Bishu et Kennedy (2020) analysent 96 articles sur la bureaucratie représentative afin d'étudier comment ce cadre théorique est décrit, appliqué et comment il reflète l'évolution contextuelle de la bureaucratie représentative au fil du temps. Les auteurs concluent ainsi que la bureaucratie représentative a été appliquée dans des contextes géographiques, méthodologiques et politiques limités. En effet, l'absence d'études portant sur les identités intersectionnelles, les différents contextes géographiques et politiques, et recourant à des méthodes plus qualitatives et mixtes, entrave la compréhension du lien entre représentation passive et active.

Contexte d'évaluation

Le cadre théorique de la bureaucratie représentative est l'un des outils utilisés par les politologues et les spécialistes de l'administration publique pour analyser l'efficacité du service public rendu par les fonctionnaires. Cette théorie postule que les administrations partageant des caractéristiques démographiques avec la population sont plus susceptibles de prendre des décisions bénéfiques à leurs citoyens. Dans un État démocratique, cela contribue à légitimer l'action des fonctionnaires.

Cette théorie permet de constater que, dans certaines circonstances, il existe un lien entre la représentation et les décisions bureaucratiques qui affectent les minorités et les femmes. Les études sur la bureaucratie représentative examinent les conditions dans lesquelles la représentation produit, ou non, des résultats positifs pour les groupes traditionnellement sous-représentés. Bien que plusieurs études appliquent la théorie de la bureaucratie représentative pour examiner les effets de la représentation sur les résultats qui profitent aux groupes minoritaires, la littérature existante ne propose pas d'analyse approfondie de son application, ce qui empêche d'en examiner les forces et les limites dans un contexte plus large.

Détails de l'intervention

Bishu et Kennedy (2020) analysent 96 articles de revues à comité de lecture portant sur la bureaucratie représentative. Face à l'importance croissante de la diversité et de l'inclusion au sein des bureaucraties, les auteurs poursuivent trois objectifs. Premièrement, ils documentent les applications conceptuelles du cadre théorique de la bureaucratie représentative, en identifiant son développement historique et son évolution conceptuelle. Cet objectif poursuit un double but : d'une part, retracer l'évolution conceptuelle de la théorie au fil du temps et, d'autre part, comprendre les tendances relatives aux problématiques abordées et aux questions posées lors de son application. Deuxièmement, les auteurs cherchent à identifier les applications contextuelles et analytiques du cadre théorique afin de mettre en évidence les domaines où la bureaucratie représentative a été largement appliquée, ceux où elle l'a été peu, et ceux où elle est absente. Troisièmement, ils évaluent la manière dont la bureaucratie représentative a été mise à l'épreuve. Cette évaluation permet de souligner les différentes dimensions d'utilisation du cadre théorique et d'identifier ses forces, ses lacunes et ses limites.

Pour recenser les articles portant sur la bureaucratie représentative, les auteurs ont consulté et examiné les références bibliographiques de chaque article sélectionné. La liste comprend au total 227 articles, huit chapitres d'ouvrages, 33 livres et quatre thèses. Au cours de cette analyse, les articles qui ne traitaient pas directement de la bureaucratie représentative ou qui relevaient d'autres domaines que l'administration publique ont été écartés. L'étude s'est principalement concentrée sur l'analyse d'articles empiriques, ainsi que d'articles théoriques apportant un éclairage nouveau sur la définition et l'application du cadre théorique. De plus, seuls les articles publiés dans des revues à comité de lecture ont été inclus dans l'analyse, excluant ainsi les chapitres d'ouvrages, les livres, les comptes rendus, les réponses à des ouvrages et les thèses. La base de données finale comprenait 96 articles issus de revues à comité de lecture.

Détails de la méthodologie

Bishu et Kennedy (2020) ont mené une analyse de contenu en deux étapes. Dans un premier temps, ils ont sélectionné conjointement les 96 articles à inclure dans l'étude. Dans un second temps, ils ont identifié les thématiques qui ont guidé l'élaboration de l'outil de codage. Cet outil a permis de décrire l'application du cadre théorique de la bureaucratie représentative. Dans un second temps, ils ont utilisé indépendamment cet outil pour coder chacun des 96 articles. Après avoir codé l'ensemble des articles, ils ont comparé leurs résultats. En cas de divergence, ils ont cherché un consensus.

La procédure de codage utilisée était la suivante : (a) création de catégories pour le codage des thèmes ; (b) définition de catégories fondées sur l’interprétation de la littérature par les auteurs ; et (c) lecture des articles et codage des thèmes pertinents en les intégrant aux catégories établies. Le codage a été réalisé de manière à permettre une analyse à la fois quantitative (par dénombrement des thèmes spécifiques à l’aide d’un tableur Excel) et qualitative (par regroupement des thèmes spécifiques à l’aide du logiciel NVivo).

Résultats

L'étude menée par Bishu et Kennedy (2020) montre que la plupart des études utilisant ce cadre théorique s'appliquent à des contextes politiques et géographiques restreints. Limiter le contexte politique et géographique dans lequel la bureaucratie représentative est testée pose plusieurs défis au développement de ce cadre théorique. Le premier défi consiste à déterminer si la bureaucratie représentative produit des résultats similaires dans différents domaines politiques. L'application du cadre théorique à différents domaines politiques peut prendre des formes différentes en raison de résultats différents. De même, on ignore si les résultats de la bureaucratie représentative en dehors du contexte américain sont similaires à ceux observés aux États-Unis. Troisièmement, un défi tout aussi important est l'opérationnalisation pertinente de la représentation dans divers contextes géographiques. Un examen de la littérature existante suggère que l'on sait peu de choses sur la manière dont les disparités d'accès aux services liées au lieu de résidence sont affectées par les différences de genre, de race/origine ethnique, de classe, de région ou d'identité sociale. Il est donc nécessaire d'étendre l'application de la bureaucratie représentative au-delà du contexte géographique des États-Unis et des domaines politiques de l'éducation et de l'application de la loi. Cela permettra de tester le cadre théorique dans de nouveaux domaines, d'évaluer sa généralisabilité et d'identifier son utilité ainsi que ses éventuelles limites conceptuelles.

Une autre façon d'évaluer l'utilisation de la bureaucratie représentative consiste à examiner la méthode d'analyse des données employée dans les études antérieures. Un examen de la littérature existante révèle que le cadre théorique a été appliqué dans des contextes méthodologiques limités. Si l'utilisation de méthodes quantitatives permet aux chercheurs de dégager des tendances et des corrélations, les méthodes qualitatives aident à comprendre comment et pourquoi les processus de représentation produisent des résultats. Par ailleurs, l'application d'approches mixtes permet d'aborder les questions de corrélation et d'expliquer pourquoi ou comment les processus produisent des résultats spécifiques. Le manque de diversité dans l'application des méthodes suggère que des questions auxquelles seules des méthodes qualitatives ou mixtes peuvent répondre restent sans réponse, ce qui limite le développement et l'utilité du cadre théorique.

Leçons de politique publique

S’appuyant sur une analyse de 96 articles consacrés à la bureaucratie représentative, Bishu et Kennedy (2020) indiquent que le cadre théorique présente un fort potentiel d’expansion et de développement. L’application future de ce concept devrait élargir la définition et l’opérationnalisation de la représentation au-delà des dichotomies de genre et d’origine ethnique. Les auteurs encouragent les chercheurs à considérer la représentation sous l’angle des identités intersectionnelles et des identités démographiques autres que le genre et l’origine ethnique, actuellement absentes de la littérature. L’étude recommande d’étendre l’application de ce cadre théorique au-delà des États-Unis, à des domaines politiques moins explorés, et d’appliquer diverses méthodes analytiques afin d’accroître la généralisabilité de la théorie de la bureaucratie représentative et de mieux comprendre les raisons de ses résultats. Par ailleurs, l’analyse suggère d’approfondir l’étude des applications pratiques de ce cadre théorique, non seulement pour favoriser le recrutement d’un personnel plus diversifié, mais aussi pour former le personnel en place à une meilleure inclusion des populations diverses.

Outre le recrutement et la promotion active des membres des minorités et des femmes au sein de la fonction publique, les organisations doivent également former leurs employés actuels à l'équité sociale et à la manière de devenir des alliés. Ignorer les personnes blanches, les hommes blancs et les hommes, qui constituent une part importante des effectifs de la fonction publique, exacerbe les inégalités entre personnes blanches et non blanches, ainsi qu'entre hommes et femmes, et renforce l'exclusion plutôt que l'inclusion. Par conséquent, les recherches futures sur la représentativité au sein de la fonction publique devraient examiner comment transformer ses effectifs en y intégrant davantage de personnes issues des populations marginalisées, et former les fonctionnaires en poste à devenir des alliés des groupes défavorisés.

Références

BISHU, Sebawit G.; KENNEDY, Alexis R. Tendances et lacunes : une méta-analyse de la bureaucratie représentative. Examen de l'administration du personnel public, v. 40, non. 4, p. 559-588, 2020.