Quels sont les impacts des transferts monétaires inconditionnels sur les familles à faible revenu ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre de l'article : L’impact à court terme des transferts monétaires inconditionnels aux populations pauvres : données expérimentales du Kenya

Auteurs de l'article : Johannes Haushofer et Jeremy Shapiro

Lieu de l'intervention : Kenya

Taille de l'échantillon : 120 villages

Thème principal : Politique économique et gouvernance

Type d'intervention : Impact des transferts monétaires inconditionnels sur la réduction de la pauvreté

Variable principale d'intérêt : Transfert d'argent inconditionnel

Méthode d'évaluation : : Essai contrôlé randomisé

Contexte d'évaluation

GiveDirectly (GD est une ONG internationale fondée en 2009, dont la mission est d'effectuer des transferts monétaires inconditionnels aux familles à faibles revenus des pays en développement. GD a débuté ses activités au Kenya en 2011. Au moment de l'étude menée par Haushofer et Shapiro (2016), les familles éligibles au programme devaient vivre dans une maison au toit de chaume (et non en tôle). Les familles étaient recensées grâce à un recensement effectué avec l'aide du chef du village. Après leur identification, les familles recevaient la visite d'un représentant de GD qui demandait à s'entretenir avec le bénéficiaire du transfert afin de recueillir des données démographiques et l'informait qu'il recevrait un transfert de 25 200 KES (404 $ PPA). Une carte SIM Safaricom était fournie au bénéficiaire pour qu'il puisse s'inscrire à l'application M-Pesa (M pour mobile et Pesa pour argent) installée sur la puce de son téléphone. Pour les bénéficiaires du versement unique, un premier versement de 1 200 KES (19 $ PPA) était effectué le mois suivant la visite de GD afin d'inciter à l'inscription.

Détails de l'intervention

Haushofer et Shapiro (2016) étudient les impacts des transferts monétaires inconditionnels sur les familles à faibles revenus en milieu rural au Kenya, en analysant les conséquences économiques et psychologiques. Cette recherche a été menée en collaboration avec une ONG. Donner directementEntre 2011 et 2013, les familles ayant un membre principal féminin et un membre principal masculin ont été réparties aléatoirement, avec une probabilité égale que le bénéficiaire soit un homme ou une femme. Dans toutes les familles participant au traitement, le transfert a été attribué aléatoirement sous forme de versement unique ou de neuf mensualités. Plus précisément, 258 des 503 familles ont reçu le versement mensuel et 245 le versement unique. Cependant, l'analyse n'a porté que sur les 173 familles ayant reçu le versement mensuel et les 193 familles ayant reçu le versement unique, à l'exception des transferts importants. Le montant total de chaque type de transfert s'élevait à 25 200 KES (404 $ PPA). 

Pour étudier l'ampleur du transfert, 137 familles du groupe de traitement ont été sélectionnées au hasard et informées en janvier 2012 qu'elles recevraient un transfert supplémentaire de 70 000 KES (1 121 $ PPA), versé en sept mensualités de 10 000 KES (160 $ ​​PPA) chacune, à compter de février 2012. Ainsi, les transferts précédemment alloués à ces familles, qu'ils soient mensuels ou d'un montant fixe, ont été augmentés de 10 000 KES de février 2012 à août 2012, et le montant total du transfert reçu par ces familles s'est donc élevé à 95 200 KES (1 525 $ PPA).

Détails de la méthodologie

La méthodologie adoptée par Haushofer et Shapiro (2016) était un essai contrôlé randomisé. Les auteurs ont procédé à une randomisation en deux étapes : la première au niveau du village, définissant ainsi des villages de traitement et des villages témoins ; la seconde au niveau du ménage, définissant ainsi des familles de traitement et des familles témoins. De plus, au sein du groupe de traitement, les auteurs ont randomisé le bénéficiaire du transfert (épouse ou époux), la durée du transfert (versements mensuels sur neuf mois ou montant fixe) et le montant du transfert (404 $ PPA ou 1 525 $ PPA).

Résultats

Neuf mois après le lancement du programme, les auteurs ont constaté une forte augmentation de la consommation suite aux transferts, passant de 158 $US PPA à 193 $US PPA. Les effets du programme sur les dépenses en alcool et en tabac ont été négatifs et non significatifs. Concernant les actifs et les biens durables (toitures métalliques), on a observé une hausse significative des investissements par rapport au groupe témoin. Selon les chercheurs, ces investissements se traduisent par une augmentation des revenus mensuels issus de l'agriculture, de l'élevage et des entreprises de 16 $US PPA, toujours par rapport au groupe témoin.

Les transferts n'ont pas eu d'effets majeurs sur la santé et les résultats scolaires. En revanche, ils ont eu un impact considérable sur le bien-être psychologique. Les auteurs ont constaté une augmentation de l'écart-type du bonheur de 0,16, une augmentation de l'écart-type de la satisfaction de vie de 0,17, une réduction de l'écart-type du stress de 0,26 et une réduction significative de la dépression (mesurée par questionnaires psychologiques). Ils n'ont toutefois observé aucun effet global sur les niveaux de cortisol, l'hormone du stress, malgré des différences constatées dans certains sous-groupes.

Leçons de politique publique

L'analyse menée par Haushofer et Shapiro (2016) fournit des orientations politiques utiles aux gouvernements et autres entités qui adoptent différentes formes de redistribution des revenus. Les résultats suggèrent que, lorsqu'ils examinent les implications de différents choix de conception pour les transferts monétaires inconditionnels, les décideurs politiques peuvent aboutir à des conclusions différentes en matière de bien-être.

Les trois types de traitement (sexe du bénéficiaire, calendrier et montant du transfert) adoptés par les auteurs permettent d'envisager les impacts des transferts monétaires inconditionnels sur les ménages à faibles revenus en milieu rural au Kenya. Pour les transferts importants, les résultats sont positifs pour la plupart des indicateurs, notamment le patrimoine, la consommation, la sécurité alimentaire, le bien-être psychologique et l'autonomisation des femmes (bien qu'aucun effet majeur ne soit observé sur la santé et l'éducation). Les transferts mensuels sont plus efficaces que les transferts forfaitaires en termes d'impact sur la sécurité alimentaire, tandis que ces derniers ont un impact plus important sur le patrimoine. Lorsque le bénéficiaire est la femme du ménage, les effets du transfert sur l'autonomisation des femmes et leur bien-être psychologique sont plus marqués que lorsque les transferts sont effectués au profit de l'homme. 

Références

HAUSHOFER, Johannes ; SHAPIRO, Jeremy. L'impact à court terme des transferts monétaires inconditionnels aux pauvres : données expérimentales du Kenya. Le Journal trimestriel d'économie, v. 131, non. 4, p. 1973-2042, 2016.