Chercheur principal : Silvio da Rosa Paula
Titre de l'article : MORBIDITÉ ET MORTALITÉ INFANTILES ASSOCIÉES À DES RÉPONSES POLITIQUES ALTERNATIVES À LA CRISE ÉCONOMIQUE AU BRÉSIL : UNE ÉTUDE DE MICROSIMULATION À L’ÉCHELLE NATIONALE
Auteurs de l'article : Davide Rasella, Sanjay Basu, Thomas Hone, Romulo Paes-Sousa, Carlos Octávio Ocké-Reis et Christopher Millett
Lieu de l'intervention : Brasil
Taille de l'échantillon : 5.507 communes
Thème principal : Politique économique et gouvernance
Type d'intervention : Évaluation de l’impact de la crise économique et des mesures d’austérité sur la mortalité infantile et les hospitalisations.
Variable principale d'intérêt : Mortalité chez les enfants de moins de 5 ans ; maladies diarrhéiques et malnutrition.
Méthode d'évaluation : Microsimulation utilisant la méthode d'échantillonnage de Monte Carlo et la régression multivariée à effets fixes.
Contexte d'évaluation
La crise économique au Brésil a entraîné une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 3,8 % en 2015 et de 3,6 % en 2016. Autrement dit, la crise a affecté négativement la production de biens et de services du pays, provoquant une hausse du chômage qui a touché principalement les populations à faibles revenus. Le taux de pauvreté a ainsi augmenté de 2,8 % et le taux d'extrême pauvreté de 3,4 %. En d'autres termes, la crise a conduit à une augmentation de la proportion de personnes dont le revenu mensuel est inférieur à 43 dollars américains et à 21 dollars américains.
En 2016, au plus fort de la crise économique, le nouveau gouvernement a mis en œuvre une série de mesures d'austérité budgétaire, dont la plus importante fut l'amendement constitutionnel n° 95 (EC95), entré en vigueur en 2017. Cet amendement abolit le montant minimal des dépenses fédérales consacrées à la protection sociale et à la santé, instauré par la Constitution de 1988. De plus, l'EC95 a limité la croissance de ces dépenses à l'inflation pour les vingt années suivantes.
Il existe peu d'études empiriques sur les impacts des crises économiques et des mesures d'austérité budgétaire sur la santé, notamment dans les pays à revenu faible et intermédiaire où les systèmes de protection sociale sont fragiles et les taux de pauvreté élevés. Dans ce contexte, on comprend mal comment les mesures d'austérité budgétaire adoptées par les gouvernements peuvent affecter les objectifs de développement durable (ODD).[1]C’est de ce point de vue que réside l’importance de cette étude.
Méthodologie
Cette étude utilise des techniques de microsimulation à temps discret pour prédire l'impact de scénarios de crise économique et de la réponse politique au Brésil sur les taux de mortalité et d'hospitalisation des enfants de moins de 5 ans (U5MR et U5HR) pour la période 2017-2030. La microsimulation permet de modéliser les caractéristiques individuelles et les probabilités d'occurrence d'un événement donné. Ces estimations reposent sur un ensemble de données préexistantes, dont la structure de corrélation initiale entre les variables est conservée. Autrement dit, en faisant abstraction de toute complexité statistique, la microsimulation prédit l'avenir à partir d'observations antérieures.
Détails de l'intervention
Pour cette étude, des cohortes synthétiques ont été générées pour 5 507 municipalités pour la période 2010-2030, en utilisant comme extension une cohorte rétrospective préexistante pour la période 2010-2020, basée sur une étude.[2] Cette étude, déjà publiée, évaluait les effets du programme Bolsa Família sur la mortalité infantile. Grâce à ces cohortes synthétiques, il a été possible d'intégrer la structure de corrélation réelle entre les variables et de modéliser les paramètres spécifiques à chaque commune, ainsi que l'évolution des variables au fil du temps.
À partir de ces informations, trois scénarios sont simulés. Le premier envisage une crise économique plus légère et plus courte, avec une augmentation annuelle du taux de pauvreté inférieure à 0,55 %, sur une période de trois ans, de 2015 à 2017. Le deuxième scénario simule une crise économique modérée, avec une augmentation annuelle du taux de pauvreté supérieure à 0,80 %, sur une période de cinq ans, soit de 2015 à 2019. Enfin, le troisième scénario simule une crise économique plus longue, s'étendant sur sept ans, de 2015 à 2021, avec une augmentation annuelle du taux de pauvreté supérieure à 0,80 %.
Dans cette perspective, les variations spécifiques des taux de pauvreté, des variables socio-économiques des municipalités et de la couverture du programme Bolsa Família (PBF) et de la Stratégie de santé familiale (ESF) sont simulées selon chaque scénario pour la période 2010-2030. Pour ces estimations, des modèles de régression multivariée à effets fixes ont été utilisés, intégrant des données sur la couverture des programmes PBF et ESF, le revenu mensuel moyen par habitant, le taux de pauvreté (pourcentage de personnes dont le revenu mensuel est inférieur à 43 dollars américains), le taux d'analphabétisme de la population âgée de 15 ans et plus, le taux de fécondité et le pourcentage de la population vivant dans des ménages disposant d'installations sanitaires adéquates. Ces données proviennent du recensement démographique de 2010 et les valeurs pour les années 2011 à 2030 ont été extrapolées à l'aide de formules de décroissance exponentielle, en tenant compte des variations spécifiques à chaque municipalité au fil du temps, à partir des données de la période précédente.
Résultats
Les résultats indiquent que les taux de mortalité infantile au Brésil seraient différents en cas d'austérité budgétaire et de réduction de la couverture des programmes de lutte contre la pauvreté et de soins de santé primaires, par rapport aux niveaux de 2017. Les projections montrent que, dans un scénario où les niveaux de protection sociale sont maintenus, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans serait inférieur de 8,6 % en 2030 à celui observé en cas d'austérité budgétaire ; soit près de 20 000 décès évités entre 2017 et 2030.
Si le niveau actuel de protection sociale est maintenu, les maladies diarrhéiques diminueraient en moyenne de 39,3 % et la malnutrition de 35,8 % d'ici 2030. De plus, on observerait 123 000 hospitalisations d'enfants de moins de 5 ans en moins. En résumé, les résultats indiquent que les communes les plus pauvres seraient les plus touchées, ce qui maintiendrait des inégalités importantes entre les communes au moins jusqu'en 2030. En revanche, si les taux de couverture du programme Bolsa Família (PBF) et du Fonds d'urgence sociale (FSE) sont maintenus, il serait possible de réduire les inégalités, conformément aux Objectifs de développement durable (ODD).
Leçons de politique publique
Dans cette étude, les auteurs s'intéressent aux effets potentiels à long terme de la crise économique et des mesures d'austérité budgétaire sur la mortalité et les taux d'hospitalisation des enfants de moins de 5 ans. Il est important de souligner que cette étude est antérieure à la pandémie de COVID-19.
En résumé, l'étude souligne l'importance du maintien de la couverture des programmes sociaux face à la crise économique, exacerbée par la pandémie. La lutte contre les distorsions, déjà complexe avant la crise, prend une nouvelle dimension, notamment pour éviter que les populations à faibles revenus ne soient davantage pénalisées et que les inégalités ne s'accentuent dans un pays déjà marqué par de fortes disparités de revenus.
Références
RASELLA, Davide et al. Morbidité et mortalité infantiles associées à différentes politiques de réponse à la crise économique au Brésil : une étude de microsimulation à l’échelle nationale. PLoS medicine, vol. 15, n° 5, p. e1002570, 2018.
[1] Pour plus d'informations, consultez : https://odsbrasil.gov.br/
[2] Voir aussi : Effet d’un programme de transferts monétaires conditionnels sur la mortalité infantile : une analyse nationale des municipalités brésiliennes. Rasella, et al. 2013.