Chercheur principal : Adriano Valladão
Titre de l'articleQue se passe-t-il lorsqu'une femme remporte une élection ? Le cas des élections serrées au Brésil
Auteurs des articles: Fernanda Brrollo et Ugo Troiano
Lieu de l'intervention: Brésil
Taille de l'échantillon: 161 municipalités
Setor: Genre
Type d'interventionL'influence du genre sur la corruption.
Principale variable d'intérêtCorruption
Méthode d'évaluation : Régression discontinue
Problème de politique
Certains estiment que le genre d'un élu influence la répartition des dépenses publiques, les femmes étant davantage impliquées dans des choix axés sur les questions sociales telles que la santé, la petite enfance et l'éducation. De même, on observe un lien entre genre et corruption : les femmes dirigeantes sont généralement associées à moins de corruption et de pots-de-vin que les hommes. Il est possible d'étudier l'impact du genre d'un élu sur la corruption dans les municipalités brésiliennes.
Contexte d'évaluation
L’analyse des informations relatives aux contestations électorales, aux irrégularités administratives et au clientélisme permet de déterminer si les femmes sont plus ou moins susceptibles d’être impliquées dans des affaires de corruption. L’étude portera sur l’administration municipale et notamment sur les maires, élus au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois. Il convient également de noter que les élections dans les communes de moins de 200 4 habitants se déroulent en un seul tour et peuvent compter plusieurs candidats, ce qui complexifie la comparaison de l’impact du genre. Par ailleurs, la corruption est ici mesurée objectivement par les irrégularités commises par l’administration municipale ; elle ne dépend donc pas d’indices subjectifs tels que la perception de la corruption.
Détails de l'intervention
Au Brésil, durant la période étudiée, on comptait 5 567 municipalités. L’analyse s’est concentrée sur les circonscriptions où les élections de 2000 et 2004 ont opposé deux candidats de sexe opposé. Compte tenu du problème du scrutin majoritaire uninominal, seules les municipalités comptant deux candidats ont été retenues, soit 723 scrutins (7 % du total). Les caractéristiques des maires élus ont ensuite été recueillies, notamment leur sexe, leur niveau d’études, leur appartenance politique et leur expérience politique.
Les informations sur la corruption proviennent d'audits menés auprès de municipalités sélectionnées aléatoirement par le gouvernement fédéral depuis 2003 dans le cadre d'un programme de lutte contre la corruption. Ce programme consiste à dépêcher des auditeurs dans les municipalités afin d'analyser l'utilisation des fonds transférés par le gouvernement fédéral depuis 2001. Les rapports d'audit permettent de classer les irrégularités en quatre catégories : (i) procédures d'approvisionnement illégales (telles que la limitation de la concurrence, la manipulation des appels d'offres, l'attribution de marchés à des entreprises non agréées, etc.) ; (ii) fraudes ; (iii) surfacturations ; et (iv) détournements de fonds. Après filtrage, des données sur la corruption ont été recueillies pour 161 municipalités.
Les postes publics attribués tout au long du mandat d'un maire peuvent constituer un moyen d'obtenir un soutien politique. Le clientélisme peut donc être mesuré par les emplois temporaires offerts par l'administration municipale, y compris les postes à pourvoir par nomination, dont les critères et les exigences ne sont pas clairement définis. Ces emplois temporaires contrastent avec les emplois permanents et stables obtenus par concours. Les données sur le clientélisme ne sont disponibles que pour le mandat allant de 2005 à 2008 et concernent 381 municipalités.
Détails de la méthodologie
Mesurer l'influence du genre d'un élu sur les cas potentiels de corruption n'est pas chose aisée. Premièrement, cet effet serait influencé par des caractéristiques non observables de la municipalité, telles que sa position sur l'acceptation des femmes, les préférences sociales et les caractéristiques démographiques. Deuxièmement, pour attribuer cet effet au genre, il faudrait comparer les administrations d'une maire et d'un maire dans des conditions identiques, or, en pratique, on n'observe qu'une seule de ces administrations. Autrement dit, il est impossible de savoir avec certitude si certaines décisions seraient prises ou non si le maire était un homme ; il est donc nécessaire de formuler des hypothèses pour comparer les données et tirer une conclusion.
On suppose donc que les villes où des femmes ont remporté l'élection de justesse face à un homme constituent un bon contrepoint aux villes où l'inverse s'est produit (des hommes l'emportant de justesse sur des femmes). Cet argument se justifie car, dans les scrutins serrés, la probabilité de victoire est la même pour les hommes et les femmes, et l'issue des élections dépend d'autres facteurs aléatoires liés aux électeurs, et non du sexe du candidat. Par conséquent, le groupe expérimental peut être défini comme les municipalités où une femme a été élue de justesse face à un candidat de sexe opposé, et le groupe témoin comme celles où un homme a été élu dans les mêmes circonstances. Enfin, il convient de souligner à nouveau que l'influence du sexe du politicien sur la corruption se manifeste lorsque l'écart de voix lors de l'élection est faible.
Résultats
En utilisant les données électorales, les mesures de la corruption et la logique de comparaison proposée ci-dessus, il est possible de comparer les probabilités de corruption entre hommes et femmes et d'attribuer cette différence exclusivement au genre. Les résultats montrent que la probabilité pour les femmes d'être impliquées dans des affaires de corruption est inférieure de 29 à 35 points de pourcentage à celle des hommes. Ce calcul est crédible car les audits menés par le gouvernement fédéral sont aléatoires et ne dépendent pas du genre du maire ; autrement dit, la différence de probabilité observée n'est pas due à un biais de la part du gouvernement fédéral qui privilégierait potentiellement les villes dirigées par des hommes.
Une autre façon de mesurer la corruption consiste à examiner les postes temporaires. Il a été constaté que les femmes maires pourvoient en moyenne 52 % des postes temporaires au sein de leur administration, sur un mandat de quatre ans. De plus, la proportion de postes temporaires par rapport aux postes permanents est inférieure de 9 % dans les municipalités dirigées par une femme maire. La dynamique des nominations aux postes temporaires durant la dernière année du mandat a également été étudiée, car elle pourrait révéler plus clairement une stratégie visant à obtenir un soutien politique lors des élections suivantes. Si le recours aux postes temporaires est similaire durant la première année du mandat, que la municipalité soit dirigée par un homme ou une femme, les femmes maires pourvoient, durant la dernière année, de 10 à 13 points de pourcentage de postes temporaires en moins que leurs homologues masculins.
Leçons de politique publique
De même que le genre des politiciens est lié aux décisions d'allocation des ressources de leur administration, il en va de même pour la corruption. L'analyse des effets du genre des maires dans les municipalités brésiliennes montre que les femmes sont moins susceptibles d'être impliquées dans des affaires de corruption. Par ailleurs, un autre indicateur de mauvaise conduite réside dans le recrutement à des postes temporaires, plus fréquent chez les hommes en fin de mandat que chez les femmes.
Référence
Brollo, Fernanda ; Troiano, Ugo. « Que se passe-t-il lorsqu’une femme remporte une élection ? Le cas des scrutins serrés au Brésil. » Journal of Development Economics, vol. 122, p. 28-45, 2016.