Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro
Titre de l'article : La maîtrise de soi au travail
Auteurs de l'article : Supreet Kaur, Michael Kremer et Sendhil Mullainathan
Lieu de l'intervention : Inde
Taille de l'échantillon : 102 XNUMX travailleurs
Secteur: Marché du travail
Type d'intervention : Effets de l'autocontrôle chez les travailleurs
Variable principale d'intérêt : Maîtrise de soi au travail
Méthode d'évaluation : Autres – Recherche sur le terrain
Contexte d'évaluation
La théorie de la firme met en lumière une tension entre les travailleurs et les entreprises. En effet, les employeurs assurent la sécurité de l'emploi, et ces derniers, en contrepartie, ne tirent pas pleinement profit de leurs efforts, créant ainsi un aléa moral. Les travailleurs ayant des difficultés à maîtriser leurs impulsions sont perçus par l'employeur comme insuffisamment productifs, ce qui nuit directement aux bénéfices de l'entreprise. Par conséquent, tant l'entreprise que le salarié ont intérêt à résoudre ces problèmes.
Le lieu de travail a pour vocation d'organiser le travail des employés. Les mêmes caractéristiques qui atténuent l'aléa moral — contrats incitatifs et ressources professionnelles telles que des horaires fixes — peuvent également atténuer les problèmes de maîtrise de soi. Autrement dit, l'employeur dispose des moyens et des motivations nécessaires pour mettre en place, de manière implicite, des mécanismes d'engagement.
Détails de l'intervention
Pour évaluer la pertinence empirique et l'ampleur de l'incohérence temporelle, Kaur et al. (2015) ont étudié une entreprise indienne de saisie de données à Mysore. En utilisant l'infrastructure de l'entreprise (bureaux, logiciels et protocoles opérationnels), les auteurs ont conçu une expérience de terrain sur 13 mois avec un échantillon de 102 travailleurs.
Dans cette entreprise de saisie de données, les employés ajoutent, vérifient et modifient des données électroniques. Ils travaillent à temps plein et sont rémunérés en fonction du nombre de champs correctement remplis chaque jour. Les travailleurs analysés utilisaient un logiciel de saisie de données pour saisir des informations dans les champs d'images numérisées. Conformément à la pratique courante, ils étaient payés à la pièce, à raison de 0,03 roupie par champ rempli, plus une indemnité journalière de 15 roupies, soit environ 8 % de leur rémunération totale.
Détails de la méthodologie
Kaur et al. (2015) ont élaboré un modèle simple permettant d'établir des prédictions empiriquement vérifiables en distinguant les comportements des travailleurs au fil du temps. Dans les modèles d'entreprise, les employés sont rémunérés par des primes lorsqu'ils sont confrontés à un risque accru. Ainsi, les travailleurs conscients de leurs difficultés à maîtriser leurs impulsions accordent une plus grande importance à des primes plus importantes comme source de motivation pour l'avenir.
Les employés avaient le choix, chaque jour, entre deux types de contrats de rémunération incitative. Le premier était un contrat à taux fixe, rémunéré à la pièce. Le second était un contrat à taux fixe, qui prévoyait une rémunération inférieure pour les faibles niveaux de production, mais identique pour les niveaux de production élevés. Bien que le choix du contrat se fasse quotidiennement, les employés étaient payés chaque semaine : à une date fixe, ils recevaient le cumul de leurs gains des sept jours précédents.
Outre sa capacité à prédire la demande de contrats dominés, le modèle suggère que la date de paie influence l'effort fourni. À mesure que cette date approche, la source du problème d'autocontrôle diminue : les avantages et les inconvénients du travail se rapprochent dans le temps. Par conséquent, la production devrait augmenter. Le modèle met également en évidence le rôle important de l'hétérogénéité. Autrement dit, les travailleurs ayant davantage de difficultés à maîtriser leurs impulsions sont plus sensibles à la date de paie et manifestent un plus grand désir de contrats dominés.
Résultats
Les résultats de Kaur et al. (2015) soulignent l'importance quantitative de l'autocontrôle au travail. En effet, les employés optent en moyenne pour des contrats à participation majoritaire – qui pénalisent une faible productivité sans pour autant récompenser une productivité élevée – dans 36 % des cas. Le recours à ces contrats accroît la productivité autant qu'une augmentation de 18 % du salaire à la pièce.
Deuxièmement, afin d'évaluer l'impact du jour de paie, les travailleurs ont été répartis aléatoirement en différents groupes selon ce jour, c'est-à-dire qu'ils étaient tous payés chaque semaine, mais à des jours de paie différents. La productivité des travailleurs était supérieure de 8 % les jours de paie par rapport au début du cycle de paie hebdomadaire. Un effet de cette ampleur correspond à une augmentation de 24 % du salaire à la pièce.
Troisièmement, les auteurs ont constaté une hétérogénéité importante dans l'ampleur des effets des contrats et de la date de paie. Les travailleurs dont la date de paie présente des effets supérieurs à la moyenne ont 49 % plus de chances d'opter pour des contrats dominés. Leur offrir la possibilité de choisir un contrat dominé accroît leur productivité de 9 %.
Quatrièmement, l'option de choisir des contrats dominés a un impact plus important lorsque la date de paie est lointaine. Ceci s'explique par le fait que le problème d'autocontrôle est moindre à l'approche de la paie, et que le contrat dominé a donc moins d'influence sur l'effort fourni. Un phénomène d'apprentissage a également été observé. À mesure que les travailleurs acquièrent de l'expérience, la corrélation entre l'impact de la date de paie et le choix des contrats dominés augmente. Après deux mois d'expérience, les travailleurs fortement influencés par l'impact de la date de paie sont 20 points de pourcentage (73 %) plus susceptibles de choisir des contrats dominés que ceux faiblement influencés.
Leçons de politique publique
Quelle est l'importance de la maîtrise de soi au travail ? Les résultats de Kaur et al. (2015) démontrent clairement que les problèmes de maîtrise de soi faussent l'effort des employés de manière significative sur le plan économique, et que ces travailleurs ont besoin d'incitations pour les aider à surmonter ces difficultés ; ces incitations peuvent prendre diverses formes. Dans le modèle développé par les auteurs, le contrat dominé a permis de résoudre le problème de maîtrise de soi grâce à des incitations fortes, associées à un seuil précis. De nombreuses entreprises, par exemple, versent des primes aux employés qui atteignent leurs objectifs ou les niveaux de production minimaux. Dans certains cas, les employeurs limitent la liberté du travailleur dans le choix de son effort, notamment par des horaires rigides ou, dans des cas plus extrêmes, par des chaînes de montage qui empêchent tout ralentissement. Ainsi, les problèmes de maîtrise de soi chez les travailleurs peuvent inciter les entreprises à adopter des incitations ou à imposer des règles de travail permettant de contrôler l'effort des employés.
Références: KAUR, Supreet; KREMER, Michel ; MULLAINATHAN, Sendhil. Maîtrise de soi au travail. Journal d'économie politique, v. 123, non. 6, p. 1227-1277, 2015.