Quel est l’impact de l’octroi de microcrédits ciblés sur les taux de défaut de paiement ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre de l'article : L'EFFET DU MICROCRÉDIT PRODUCTIF ORIENTÉ AU BRÉSIL : UNE INCITATION AU DÉFAUT DE PAIEMENT ?

Auteurs de l'article : Wandnéia da Penha Magdalon et Bruno Funchal

Lieu de l'intervention :  Brasil

Taille de l'échantillon : 49 observations

Secteur majeur : Finance

Type d'intervention : Relation entre le volume de microcrédit productif orienté vers le défaut de paiement stratégique au Brésil et les taux de défaut de paiement stratégique.  

Variable principale d'intérêt : Par défaut stratégique

Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)

Contexte d'évaluation

En 2004, afin de développer le microcrédit au Brésil, le gouvernement brésilien a promulgué la Mesure provisoire n° 226, instituant le Programme national de microcrédit productif (PNMPO), ultérieurement converti en Loi ordinaire n° 11.110/05. Ce programme vise à fournir des ressources pour le microcrédit productif (MPO), avec pour objectif institutionnel de favoriser la création d'emplois et de revenus parmi les micro-entrepreneurs formels et informels dont le revenu brut annuel ne dépasse pas 120 000 R$. Or, la grande majorité des entrepreneurs informels ne disposent pas d'actifs financiers à offrir en garantie. C'est pourquoi, conformément à l'article 2 de la Loi n° 11.110/05, l'octroi du MPO est autorisé sans exigence de garanties réelles, lesquelles sont remplacées par des garanties alternatives définies par les institutions financières concernées.   

Détails de l'intervention

Da Penha Magdalon et Funchal (2016) analysent l'impact de la politique publique d'introduction du crédit sur le taux de défaut de paiement des microcrédits productifs, conformément à la loi 11.110/05 instituant le PNMPO (Programme national de microcrédit productif). En s'appuyant sur la notion d'asymétrie d'information, les auteurs cherchent à comprendre les incitations potentielles au défaut de paiement induites par la conception du contrat de microcrédit productif, l'absence de sanctions claires en cas de non-paiement étant susceptible d'encourager les comportements imprudents.  

Les données utilisées dans cette recherche proviennent des sites web de la Banque centrale du Brésil et d'IPEADATA. Ces informations, agrégées au niveau national, sont présentées sous forme de série chronologique et couvrent la période de janvier 2011 à avril 2015, soit un échantillon de 49 observations. Les données relatives aux crédits et ressources destinés aux particuliers – microcrédits à la consommation et micro-entrepreneuriat – extraites du site web de la Banque centrale ont permis de calculer le MPO (variable indépendante). Les données concernant le taux de défaut (variable dépendante), l'indice CDI et l'indice d'inflation proviennent également de la Banque centrale, tandis que les taux de chômage et de revenus proviennent du site web d'IPEADATA. 

Détails de la méthodologie

Cette recherche visait à tester, à l'aide d'un modèle de régression linéaire multiple, si l'octroi de microcrédits productifs ciblés encourage le défaut de paiement. Le modèle utilisait comme variable indépendante l'octroi de ces microcrédits, avec un décalage temporel de t-1, car, selon les auteurs, le défaut de paiement n'est pas instantané. En effet, le premier retard de paiement survient seulement un mois après l'octroi du prêt.

Le modèle de régression linéaire multiple estimé économétriquement – ​​pour tester l’hypothèse selon laquelle le défaut de paiement est positivement lié à l’augmentation du montant du MPO (prêt minimum) – était représenté par les variables suivantes : défaut de paiement dans l’octroi du MPO ; montant mensuel des subventions MPO ; taux de chômage ; revenu réel moyen des personnes employées ; taux d’intérêt du certificat de dépôt interbancaire (CDI) ; et indice national des prix à la consommation (IPCA).

L'équation de régression contient quatre variables de contrôle, dont trois sont liées à des indicateurs économiques – le taux de chômage, le revenu réel moyen et l'IPCA (indice des prix à la consommation brésilien) – et un indicateur de taux d'intérêt, le CDI (taux de dépôt interbancaire brésilien).

Résultats

D'après les résultats des auteurs, le taux de défaut de paiement des microcrédits à la consommation n'est pas significativement lié à l'octroi de ces microcrédits. La valeur du test F (0,0259) indique une forte corrélation entre les variables du modèle pour un seuil de signification de 10 %. Par conséquent, il apparaît que le défaut de paiement des microcrédits à la consommation n'est pas lié à l'augmentation du volume de crédit accordé ; autrement dit, les crédits accordés en dehors du cadre de la loi 11.110/05 n'ont pas d'incidence sur l'augmentation des taux de défaut de paiement des microcrédits à la consommation.

Les résultats indiquent une corrélation positive statistiquement significative de 0,0067 entre les taux de défaut et l'octroi de microcrédits. On estime que pour chaque unité supplémentaire octroyée de microcrédits, le taux de défaut de ce portefeuille augmentera de 0,0067 %. Ainsi, pour une augmentation de 100 millions de prêts, l'augmentation projetée du taux de défaut est de 0,67 %, ce qui représente une croissance relative de 18,30 % par rapport au taux de défaut moyen sur la période allant de janvier 2011 à avril 2015.

Les auteurs ont calculé une augmentation moyenne des MPO de plus de 250 millions lorsque l'échantillon est divisé en deux parties. Cette hausse du volume des MPO impliquerait une augmentation moyenne de 1,67 % de la délinquance, ce qui justifie une augmentation de près de 80 % par rapport au niveau moyen de délinquance (2,08 %) au début de la période observée.

Les statistiques démontrent l'importance de l'impact des politiques publiques sur les taux de défaut de paiement des microcrédits à la consommation, confirmant ainsi l'hypothèse de recherche. Cette importance n'a pas été observée pour les taux de défaut de paiement des microcrédits destinés à la consommation. Les taux de défaut de paiement expliqués par des facteurs macroéconomiques, tels que le chômage et l'inflation, ne sont pas significatifs dans le modèle. Par conséquent, les données confirment l'hypothèse de recherche selon laquelle les microcrédits encouragent le défaut de paiement par aléa moral, compte tenu de la responsabilité limitée de l'emprunteur quant au respect de ses engagements, en l'absence de sanctions plus sévères dans le contrat.

Leçons de politique publique

Les recherches menées par Da Penha Magdalon et Funchal (2016) mettent en évidence une corrélation positive entre les taux de défaut de paiement et le volume des microcrédits productifs. Ce constat suggère que ce type de contrat de crédit favorise les problèmes d'aléa moral et illustre les conséquences économiques de contrats et de législations mal conçus. En ce sens, cette recherche confirme des études antérieures qui soulignent l'importance du rôle des agents de crédit dans le développement des activités de microcrédit à l'échelle nationale. Ainsi, la relation directe entre l'agent de crédit et le client sur leur lieu d'activité, ainsi qu'un suivi régulier tout au long du contrat, sont essentiels pour résoudre les problèmes d'aléa moral. Par ailleurs, la garantie sociale apportée par les groupes de solidarité réduit le risque de sélection adverse dans les contrats de microcrédit productifs.

Da Penha Magdalon et Funchal (2016) indiquent que, sur la base des résultats obtenus, des mesures peuvent être envisagées pour réviser la législation encadrant le microcrédit, en introduisant des contre-mesures ou des garanties incitant au remboursement des dettes et dissuadant les défauts de paiement stratégiques. Par ailleurs, les auteurs suggèrent, par exemple, de mener une enquête auprès des principales institutions gérant le Programme national de microcrédit (PNMPO) afin de vérifier si, dans les faits, un suivi est effectivement assuré par l'agent de crédit pendant la durée du contrat, ainsi qu'un accompagnement technique ; si les fonds empruntés sont effectivement utilisés dans le cadre de l'activité faisant l'objet du microcrédit ; si le nombre d'agents de crédit est suffisant à cette fin ; s'ils possèdent les compétences techniques requises pour conseiller l'entreprise en matière de planification financière ; et, enfin, si ces agents remplissent leur rôle, tel que défini par la loi n° 11.110/05, ou s'ils omettent des informations pertinentes.

Référence

DA PENHA MAGDALON, Wandnéia; FUNCHAL, Bruno. L'effet du microcrédit productif orienté au Brésil : une incitation au défaut de paiement ? BASE - Journal d'administration et de comptabilité d'Unisinos, v. 13, non. 4, p. 294-308, 2016.