Chercheur principal : Bruno Benevit
Auteurs: Alberto Abadie, Joshua Angrist et Guido Imbens
Lieu de l'intervention : États Unis
Taille de l'échantillon : 11,204 adultes
Secteur: Marché du travail
Variable principale d'intérêt : Revenu
Type d'intervention : Treinamento
Méthodologie: OLS, régression quantile, 2SLS et IV (QTE)
Résumé
L'inégalité concurrentielle sur le marché du travail était un sujet de grande préoccupation aux États-Unis à la fin des années 80, suscitant l'inquiétude des décideurs politiques. Il est fondamental d'identifier l'adoption et les effets de ces politiques sur différents groupes de population, car cela permet d'apporter des éléments à leur amélioration. Dans cette optique, l'objectif de cet article était d'estimer l'effet du programme de formation de Loi sur le partenariat pour la formation professionnelle L’étude porte sur l’impact du programme JTPA sur les revenus de ses participants, en vérifiant ces effets à différents niveaux (quantiles) de cette variable. Grâce aux méthodes des moindres carrés ordinaires (MCO), de la régression quantile, des moindres carrés à deux étapes (2SLS) et de l’analyse quantitative par variables instrumentales (IV-QTE), les auteurs ont démontré que le programme JTPA avait un effet positif sur les revenus de ses participants, de manière hétérogène selon le sexe et le niveau de revenu.
- Problème de politique
Les conséquences distributives de la mise en œuvre de programmes de formation subventionnés constituent un enjeu majeur pour l'analyse de leurs effets sur le bien-être. Aux États-Unis, les politiques de formation visent à atténuer les inégalités de compétitivité au sein de la population active. Selon LaLonde (1995), ce type d'inégalité est souvent lié à des facteurs tels que le décrochage scolaire, le chômage de longue durée, un handicap physique ou mental, une faible maîtrise de la langue maternelle et des antécédents d'incarcération.
Dans le cadre de son volet relatif au Titre II, le programme JTPA préconisait de cibler les participants présentant le profil associé à ces facteurs. Par conséquent, identifier le profil des personnes les plus touchées et les plus susceptibles d'accepter le programme est essentiel à sa mise en œuvre et à son évaluation efficaces.
- Contexte de mise en œuvre et d'évaluation
L’identification des effets des politiques sur différents groupes de population est fondamentale pour leur formulation et leur amélioration, et a été au centre de l’analyse de plusieurs études au cours des années 90, englobant des programmes dans les domaines de l’éducation (LaLonde, 1995), de l’affiliation syndicale (Card, 1996) et du salaire minimum (DiNardo). et al., 1996).
Le programme JTPA a été créé dans un contexte de préoccupation croissante des entités publiques, dans les années 80 et 90, concernant la déqualification de la main-d'œuvre aux États-Unis et l'augmentation des taux de pauvreté observés dans le pays (LaLonde, 1995). Le volet Titre II du JTPA offrait des services de formation à des personnes sélectionnées, avec la possibilité d'adhérer (la conformité) ou la non-adhérence (non-conformité) au programme.
Le titre II du JTPA comprenait une étude nationale JTPA, fournissant des données de ses participants dans 16 zones de prestation de services (Zones de prestation de services – SDA). Ces sites ont été sélectionnés de manière non aléatoire, en fonction de leur diversité, de leur volonté et de leur capacité à mettre en œuvre le projet expérimental, ainsi que de la taille et de la composition de l'échantillon expérimental qu'ils pouvaient fournir. L'article utilise la base de données issue de cette évaluation pour identifier les hétérogénéités dans les estimations des effets de la formation JTPA pour différentes tranches de revenus (quantiles), et également pour vérifier le profil des participants au programme.
- Détails de la politique/du programme
La loi JTPA, instaurée en octobre 1983, était la loi fédérale américaine qui réglementait le financement des programmes de formation fédéraux jusqu'à la fin des années 1990. Son principal volet, le Titre II, était consacré à la formation des personnes économiquement défavorisées. Au début des années 1990, les programmes du Titre II bénéficiaient à environ un million de participants par an, pour un coût annuel d'environ 1,6 milliard de dollars. Les services JTPA étaient dispensés dans les centres de formation professionnelle (SDA), répartis sur 649 sites à travers les États-Unis.
Le programme proposait des formations par l'intermédiaire des collèges communautaires, des services d'emploi de l'État, des organismes communautaires et des agences de formation du secteur privé. Ces formations comprenaient : (i) une formation aux compétences professionnelles, une formation de base, ou les deux ; (ii) une formation en milieu de travail et/ou une aide à la recherche d'emploi ; (iii) d'autres services pouvant inclure un emploi à l'essai et/ou une combinaison des services (i) et (ii).
Les candidats relevant du Titre II étaient généralement considérés comme admissibles à la formation s'ils rencontraient des « obstacles à l'emploi ». Ces obstacles incluaient le recours prolongé à l'aide sociale, l'abandon scolaire, une période de chômage de 15 semaines ou plus au cours des dernières semaines, une maîtrise limitée de l'anglais, un handicap physique ou mental, un niveau de lecture inférieur à la 7e année (équivalent de la 5e en France) et/ou un casier judiciaire. Les candidats étaient répartis en cinq groupes : hommes adultes, femmes adultes, jeunes femmes, jeunes hommes non détenus et jeunes hommes détenus. Environ 60 % des personnes sélectionnées ont choisi de participer au programme.complais).
- Méthode
La base de données initiale de l'étude nationale JTPA comprenait 15 981 individus. Cette base de données contient des données de revenus continues pendant au moins 30 mois après la participation au programme. Cet article porte sur des groupes d'hommes et de femmes adultes pour lesquels des données de revenus sont disponibles sur 30 mois après la participation, à partir de deux échantillons : l'un de 6 102 femmes et l'autre de 5 102 hommes. Les échantillons d'évaluation incluent les candidats inscrits entre novembre 1987 et septembre 1989.
Bien que la sélection des SDA dans l'échantillon n'ait pas été aléatoire, les candidats au traitement JTPA ont été sélectionnés aléatoirement, et 60 % des personnes sélectionnées ont participé au programme. Les personnes n'ayant pas reçu de traitement ont généralement été exclues des services JTPA pendant 18 mois (bien qu'elles puissent participer à d'autres programmes). Les données de l'échantillon ont été artificiellement équilibrées afin de maintenir un ratio de contrôle du traitement de 2/1 sur chaque site, en raison des probabilités de sélection distinctes liées à la localisation des SDA. Le traitement est indiqué par une variable binaire qui identifie la participation au traitement.la conformitéLa variable instrumentale est une variable binaire indiquant si les participants ont reçu l'offre de formation aléatoire. La variable de résultat définie pour l'évaluation correspond à la somme des revenus sur une période de 30 mois, représentant une mesure précise de l'impact économique durable du programme sur les revenus des participants. Le vecteur de covariables comprend des informations démographiques, professionnelles et autres, recueillies avant la randomisation.
La première analyse consiste à appliquer la méthode des moindres carrés ordinaires (Moindres carrés ordinaires – OLS) et la régression quantile pour présenter une comparaison de la répartition des revenus entre les participants et les non-participants. Les résultats des deux méthodes ne représentent pas nécessairement une relation causale. La deuxième analyse utilise la méthode des doubles moindres carrés (Moindres carrés à deux étapes – 2SLS) et effet du traitement quantile (Effet du traitement quantile – QTE). Contrairement à la méthode de régression quantile, la méthode QTE n'est pas limitée par l'hypothèse d'une sélection exogène du traitement. La méthode QTE corrige le biais de sélection potentiel de la régression quantile en identifiant plus précisément le groupe d'adhérents à l'intervention (complaismême en l'absence d'un contrefactuel observable.
Les méthodes de régression quantile et d'estimation par quantile (QTE) permettent toutes deux d'établir des estimations de la variable de résultat en conditionnant l'analyse à des quantiles spécifiques (points définis sur la fonction de répartition d'une variable aléatoire). Dans cette étude, cinq quantiles ont été utilisés : (i) deux inférieurs à la médiane (15 % et 25 %), (ii) la médiane (50 %) et (iii) deux supérieurs à la médiane (75 % et 85 %). Enfin, l'étude présente des estimations de la distribution marginale de la variable de résultat pour les individus n'ayant reçu aucun traitement.
- Principaux résultats
Les résultats obtenus par les estimations OLS indiquent que la formation a augmenté les revenus dans les 30 mois suivant l'intervention d'un montant sensiblement identique pour les hommes et les femmes. Les résultats des estimations par régression quantile montrent que les résultats pour les quantiles inférieurs à la médiane sont nettement supérieurs à ceux des quantiles supérieurs à la médiane, ces différences étant plus marquées chez les hommes que chez les femmes.
Les résultats de la seconde analyse montrent des effets similaires entre l'estimation par les moindres carrés à deux étapes (2SLS) et l'estimation par la méthode des moments quantiles (QTE) pour le quantile médian, bien que l'estimateur 2SLS présente une plus grande précision. L'effet d'apprentissage avec l'estimateur QTE est nettement plus faible, en pourcentage et en valeur absolue, que celui observé avec les régressions quantiles. De plus, aucun effet significatif n'a été identifié chez les hommes pour les quantiles inférieurs à la médiane. Contrairement aux résultats obtenus chez les hommes, les estimations QTE chez les femmes ont révélé un effet significatif pour tous les quantiles analysés, témoignant d'effets proportionnels plus importants pour les quantiles inférieurs à la médiane.
L'analyse de la distribution marginale des revenus des individus en l'absence de traitement révèle un écart important entre les revenus du groupe contrefactuel (ayant participé à la formation) et ceux du groupe témoin. Ceci suggère que l'absence d'effet dans les quantiles inférieurs à la médiane pourrait être liée à un biais de sélection, indiquant que le programme n'a pas permis de cibler efficacement les hommes économiquement défavorisés.
- Leçons de politique publique
Cet article analyse l'impact des services de formation subventionnés proposés par le programme JTPA sur les revenus de ses participants. Grâce à une analyse par quantiles, les résultats démontrent que les participants ont constaté une augmentation de leurs revenus après leur adhésion au programme. Chez les femmes, cette augmentation s'observe à différents niveaux de revenus, les gains les plus importants étant constatés aux niveaux les plus bas de la distribution. Concernant les hommes, les résultats indiquent que cette politique n'a eu d'impact que sur ceux appartenant aux catégories de revenus les plus élevées.
Ces données suggèrent que le JTPA a permis d'accroître les revenus des femmes ayant bénéficié des services proposés. Toutefois, compte tenu de l'objectif de réduction des inégalités de compétitivité, la conception du programme ne semble pas inciter les hommes à faible potentiel de gain à participer aux formations.
Références
Card, D. (1996), « L’effet des syndicats sur la structure des salaires : une analyse longitudinale », Econometrica, Vol. 64 No. 4, p. 957.
DiNardo, J., Fortin, N.M. et Lemieux, T. (1996), « Institutions du marché du travail et distribution des salaires, 1973-1992 : une approche semi-paramétrique », Econometrica, Vol. 64 No. 5, p. 1001.
LaLonde, R.J. (1995), « La promesse des programmes de formation parrainés par le secteur public », Journal des perspectives économiques, Vol. 9 n° 2, p. 149–168.