Chercheur principal : Adriano Valladão Pires Ribeiro
Titre de l'article : Alliances intra-partisanes et performances électorales au Brésil
Auteurs de l'article : George Avelino, Ciro Biderman et Leonardo S. Barone
Lieu de l'intervention : Brasil
Taille de l'échantillon : 266 communes
Thème principal : Politique économique et gouvernance
Type d'intervention : L'influence de l'élection d'un maire de la municipalité lors des élections précédentes sur les votes pour le représentant de l'État.
Variable principale d'intérêt : Proportion des votes pour le parti
Méthode d'évaluation : Régression discontinue
Problème de politique
Un homme politique jouissant d'une popularité nationale pourrait orienter les votes vers des candidats locaux lors d'élections, mais quel rôle joueraient les élus locaux pour influencer le choix des électeurs à un niveau de compétition plus large ? Plus précisément, quelle influence un maire aurait-il sur les élections législatives de l'État en faveur de son parti ? Cette relation dépendra assurément de la capacité du parti à communiquer efficacement et à s'organiser.
Contexte d'évaluation
Pour que le parti d'un maire élu puisse avoir un avantage lors des élections régionales suivantes (qui ont lieu deux ans après les élections municipales), son organisation doit être bien structurée ; sinon, les candidatures seraient gérées de manière isolée et individuelle. La planification électorale dépendra de la structure et de l'administration du parti, notamment de son degré de centralisation. D'une part, les partis centralisés disposent d'une direction nationale responsable de l'ensemble de l'organisation et qui prend les décisions concernant le recrutement des responsables locaux, la sélection des candidats et les stratégies de coalition. D'autre part, les partis décentralisés accordent plus d'autonomie aux responsables locaux pour définir leurs stratégies et négocier des coalitions.
Au Brésil, le système fédéral reconnaît la souveraineté politique des municipalités et confère aux maires le pouvoir de mettre en œuvre certaines politiques publiques, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé. De ce fait, le niveau municipal devient un élément clé de la compétition électorale, aboutissant à une structure partisane plus décentralisée. Bien qu'il existe une hiérarchie interne au parti entre la direction nationale, la direction étatique et la direction municipale, les conventions municipales jouissent d'une grande autonomie en matière de recrutement, de sélection des candidats, de définition des politiques et de stratégies de coalition. Ceci justifie l'étude de l'importance du leadership local dans les élections à plus grande échelle.
Détails de l'intervention
L'influence exercée par les maires lors des élections au niveau des États témoignerait de l'existence d'une coordination intra-partisane au Brésil et soulignerait également l'importance du leadership local. Cette idée contraste avec l'intuition d'une influence nationale sur les structures locales et d'une unanimité de la direction supérieure du parti sur la direction régionale. Avelino et alL'étude de (2012) explore cette question à partir des résultats des élections municipales de 2008 et des élections régionales de 2010 au Brésil. Dans un premier temps, les candidats à la mairie sont sélectionnés afin de ne retenir que les deux candidats ayant obtenu le plus de voix, en excluant les municipalités à second tour et celles ne comptant qu'un seul candidat. Dans un second temps, la proportion de votes nominaux et de votes de liste pour les candidats aux élections législatives et régionales, issus des partis des deux candidats à la mairie retenus lors de la première étape, est agrégée. En utilisant la proportion de votes obtenus par les députés en 2010, ainsi que certaines caractéristiques des municipalités et la marge de victoire des maires en 2008, l'effet recherché peut être mesuré, comme expliqué ci-dessous.
Détails de la méthodologie
Pour isoler l'influence politique du maire lors des élections régionales, il suffirait de comparer la différence de proportion de voix obtenues par un même candidat lorsqu'il remporte ou perd l'élection municipale, cette différence étant alors considérée comme l'influence du maire. En pratique, cependant, seul l'un des résultats (victoire ou défaite) est observé. Il est donc nécessaire de trouver un nouveau paramètre de comparaison, ce qui est fait en ne considérant que les communes où l'écart entre le maire et son principal adversaire en 2008 était faible.
L'idée sous-jacente à ce raisonnement est que les partis ayant obtenu des résultats électoraux similaires exerceraient une influence comparable au niveau des municipalités. Autrement dit, lorsque l'écart de voix est faible, on suppose que l'élection a été déterminée par des facteurs aléatoires liés au comportement des électeurs. Ainsi, dans ces municipalités, l'influence des deux partis sélectionnés ne serait pas si distincte, et la différence de proportion de votes pour le poste d'adjoint au maire serait imputable à ce dernier. Par conséquent, le groupe expérimental est composé du parti vainqueur dans chaque municipalité lors des élections municipales de 2008, et le groupe témoin, du parti arrivé en deuxième position.
Résultats
L'influence politique du maire a été mesurée pour des marges de victoire inférieures à 5 %, 3 % et 1 %, et pour chacune de ces analyses, le nombre d'observations s'élevait respectivement à 1 374, 823 et 266 municipalités. Malgré la variation de la marge de victoire et du nombre d'observations, l'influence politique du maire est restée similaire dans toutes les mesures, oscillant entre 3,4 % et 4,28 %. Autrement dit, remporter l'élection municipale se traduit par une proportion plus élevée de votes pour les conseillers municipaux de son parti dans cette municipalité, comparativement aux votes pour le parti du candidat perdant.
Leçons de politique publique
L'étude présentée offre plusieurs enseignements. Premièrement, elle démontre que l'influence politique du maire est positive : les partis ayant élu des maires en 2008 ont bénéficié d'un avantage lors des élections régionales de 2010. En l'absence de coordination interne au parti, l'élection d'un maire n'aurait aucun lien avec les résultats obtenus aux autres niveaux de gouvernement. Autrement dit, ce résultat met en lumière à la fois l'existence de relations entre les différents échelons de l'organisation partisane et le rôle actif du maire dans le soutien de son parti lors des élections régionales.
Référence
Avelino, Georges ; Biderman, Ciro ; Barone, Leonardo S. « Articulations intra-parties et performances électorales au Brésil ». Dados, v. 55, n. 4, p. 987-1013, 2012.
