Quel est l’impact du PRONAF sur les revenus des bénéficiaires ?

Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro

Titre de l'article :  L’expérience récente de PRONAF à Pernambouc : une analyse par score de propension

Auteurs de l'article : André Matos Magalhães, Raul Silveira Neto, Fernando de Mendonça Dias et Alexandre Rands Barros

Lieu de l'intervention : Pernambouc, Brésil

Taille de l'échantillon : 4.500 agriculteurs familiaux

Thème principal :  Politique économique et gouvernance

Type d'intervention : Impact du PRONAF sur les revenus

Variable principale d'intérêt : Revenu

Méthode d'évaluation :  Méthode du score de propension

Contexte d'évaluation

Le Programme national de renforcement de l'agriculture familiale (PRONAF) a été créé en 1996 par le gouvernement fédéral et constitue depuis lors l'une des principales politiques brésiliennes dans les domaines social et agricole. L'un des principaux objectifs du programme est de réduire la pauvreté touchant les agriculteurs familiaux du pays, en veillant à leur accès à des crédits abordables et à leur intégration dans d'autres politiques de développement rural, telles que le soutien au développement des infrastructures et l'assistance technique. Entre 1998 et 2001 seulement, le programme a signé 2,543 millions de contrats à travers le Brésil, pour un montant de plus de 6,9 ​​milliards de réaux.

Le programme PRONAF répartit les agriculteurs éligibles au crédit en quatre groupes (A, B, C et D), classés selon leur revenu annuel brut et le montant financé. Le groupe A comprend exclusivement les agriculteurs bénéficiant du Programme national de réforme agraire, indépendamment de leur tranche de revenus. Entre 1998 et 2000, les autres groupes étaient classés selon les tranches de revenus annuels bruts suivantes : de 1 500 R$ à 1 500 R$ pour les agriculteurs du groupe B ; de 1 500 R$ à 8 000 R$ pour ceux du groupe C ; et de 8 000 R$ à 27 500 R$ pour ceux du groupe D.

Détails de l'intervention

Magalhães et al. (2006) évaluent l'expérience du PRONAF dans l'État brésilien de Pernambouc. Leur recherche s'appuie sur les données d'une étude de terrain menée par FADE-UFPE auprès d'agriculteurs familiaux de Pernambouc, entre août et novembre 2001. Les entretiens ont été réalisés dans plus de 60 municipalités de l'État, auprès d'environ 4 500 petits exploitants. Les deux tiers de l'échantillon étaient des bénéficiaires du PRONAF, et le tiers restant était composé de non-bénéficiaires présentant un profil socio-économique similaire et résidant dans la même région. Ce second groupe a servi de groupe témoin et de base de comparaison avec les bénéficiaires.

L'impact du PRONAF est évalué à travers trois variables spécifiques : la valeur de la production, la valeur de la production par hectare et la valeur de la production par personne impliquée dans la production. Ces variables ont été choisies par les auteurs car elles sont représentatives de deux des principaux objectifs poursuivis dans l'étude : i) la croissance des revenus, mesurée par la croissance de la valeur de la production ; ii) le renforcement des capacités des agriculteurs familiaux, représenté par la croissance de la valeur de la production par hectare et par personne impliquée dans la production.

Détails de la méthodologie

L'analyse d'efficacité, selon Magalhães et al. (2006), vise à vérifier si la politique publique a permis d'obtenir les résultats escomptés. Dans cette optique, les auteurs analysent l'efficacité du PRONAF (Programme national de renforcement de l'agriculture familiale) à travers ses impacts sur certaines variables de production. Ces impacts sont considérés séparément pour les groupes PRONAF (B, C et D) et pour l'ensemble de l'échantillon. Ainsi, les estimations de l'impact du programme sur la valeur de la production, la valeur de la production par hectare et la valeur de la production par personne sur l'exploitation rurale sont obtenues pour l'ensemble de l'échantillon et pour les trois groupes considérés au sein du PRONAF, à l'aide de trois estimateurs : la différence des moyennes sans contrôle, la différence des moyennes issue des régressions par les moindres carrés et l'estimateur de… Score de propension.

Résultats

Les résultats obtenus par Magalhães et al. (2006) indiquent que PRONAF n'a pas été très efficace à Pernambuco jusqu'en 2001. Lorsque les auteurs tiennent compte des différences de caractéristiques et de probabilités de participation au programme, les résultats indiquent que le programme n'a pas généré d'impact significatif pour le public cible à Pernambuco.

Les estimations issues de la comparaison sans contrôle de la variable « valeur de la production » indiquent un résultat positif pour le programme. Cependant, ce résultat, pour tous les groupes et pour l'ensemble de la population, s'explique entièrement par les caractéristiques différentes des agents et leurs probabilités de participation respectives : les différences diminuent avec l'estimateur des moindres carrés et disparaissent avec l'estimateur du score de propension. Ainsi, les données montrent que le programme n'a eu aucun effet sur la valeur de la production, ni pour l'ensemble de la population, ni pour aucun des groupes considérés, durant la période étudiée.

Concernant la variable « valeur de production par hectare », les estimations indiquent que, pour l’ensemble des exploitations, un effet négatif du programme apparaît, confirmé par les trois estimateurs. Cependant, par analyse par groupes, seules les exploitations rurales incluses dans le groupe, dans leurs estimations avec variables de contrôle, ne présentent pas le résultat négatif obtenu par agrégation. Ce résultat suggère que le programme a encouragé une occupation plus extensive des terres sans pour autant entraîner une augmentation de la production au même rythme, ce qui témoigne d’une perte de productivité.

Les estimations de la variable « valeur de la production par personne » suivent la même tendance que celles de la variable « valeur de la production ». Bien que positives, elles diminuent à mesure que l'on introduit davantage de variables de contrôle dans les estimations.

Leçons de politique publique

Quel est l'impact du PRONAF sur les revenus des bénéficiaires résidant à Pernambouc ? L'étude menée par Magalhães et al. (2006) suggère que l'impact du PRONAF sur les revenus et la productivité de ses bénéficiaires a été considérablement réduit, voire négatif dans certains cas. Selon les auteurs, ce résultat concorde avec ceux d'autres études sur le programme, à l'exception de celles réalisées dans le sud du Brésil. Ces résultats contradictoires laissent donc entrevoir un conflit d'intérêts pour un programme destiné aux agriculteurs familiaux participant ou susceptibles de participer aux marchés, tout en proposant des politiques sociales à l'ensemble de cette communauté. Par conséquent, le biais de sélection, les problèmes d'efficacité et les effets réduits sur les revenus et la productivité dans les États où l'agriculture familiale n'est pas intégrée à l'agro-industrie, au regard d'autres évaluations, suggèrent que le programme ne porte ses fruits que dans les localités où cette intégration est déjà bien établie, avec des résultats modestes ailleurs.

Références

MAGALHÃES, André Matos et al. L'expérience récente de PRONAF au Pernambouc : une analyse utilisant le score de propension. Applied Economics, vol. 10, n° 1, p. 57-74, 2006.