Qui décide qui a le droit d'étudier ?

Chercheur principal : Angelo Cruz do Nascimento Varella

Titre de l'article : LE CHOIX SCOLAIRE : PRÉFÉRENCES FAMILIALES, CONFLIT INTERGÉNÉRATIONNEL ET RISQUE MORAL DANS LES FAVELAS BRÉSILIENS

Auteurs de l'article : Leonardo Bursztyn et Lucas C. Coffman

Lieu de l'intervention : District fédéral, Brésil

Taille de l'échantillon : 210 XNUMX familles

Secteur: Éducation

Type d'intervention : Expérimentation sur les transferts financiers

Variable principale d'intérêt : Les décisions familiales concernant l'éducation des jeunes

Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)

Problème de politique

L'éducation au Brésil, comme dans de nombreux pays en développement, représente un défi majeur. Bien qu'obligatoire pour les enfants et les jeunes dès l'âge de six ans, elle n'est pas correctement mise en œuvre. Selon l'Enquête nationale par sondage auprès des ménages (PNAD) de 2006, menée par l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE), parmi les 25 % les plus pauvres de la population, environ 9 % des jeunes de 14 ans n'étaient pas scolarisés. La situation était encore plus alarmante chez les jeunes de 15 ans : plus de 15 % n'allaient pas à l'école et plus de 22 % travaillaient déjà.

Bien que ces pourcentages aient diminué au cours des dernières décennies, le décrochage scolaire demeure un problème considérable dans le pays. Une explication possible réside dans le fait que les jeunes et les adultes divergent quant à l'importance accordée à l'éducation : les responsables familiaux ont tendance à valoriser davantage l'éducation que leurs enfants. Dans ces cas-là, les élèves peuvent manquer des cours à l'insu de leur famille, aggravant ainsi le problème de l'absentéisme sans que leurs proches ne s'en aperçoivent ni ne puissent prendre les mesures nécessaires. L'absence de mécanismes de suivi et de communication entre les établissements scolaires et les familles responsables ne fait qu'exacerber cette situation.

Contexte d'évaluation

En 2008, malgré l'obligation scolaire au Brésil, 10 % de la population âgée de 15 ans et plus était encore analphabète, avec une moyenne de 7,1 années de scolarité par habitant, ce qui représente un niveau d'instruction primaire incomplet. L'un des moyens les plus efficaces de lutter contre ce problème et d'encourager la fréquentation scolaire au Brésil consiste en des programmes de transferts monétaires conditionnels, qui aident les ménages à faibles revenus à condition qu'ils remplissent des conditions prédéfinies liées à l'éducation publique.

L'un de ces programmes, Bolsa-Escola (bourse scolaire), a été créé en 1995 pour le District fédéral et étendu à l'échelle nationale en 1998. En 2003, cette initiative fédérale a été intégrée à d'autres politiques publiques au sein du programme Bolsa Família. Ces programmes d'aide conditionnelle sont socialement pertinents car ils permettent au gouvernement de stimuler l'éducation et, simultanément, de lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales. Au Brésil, la mise en œuvre de telles actions nationales a effectivement contribué à réduire significativement les indicateurs de pauvreté et d'illettrisme, et à améliorer la fréquentation scolaire.

Détails de la police

Cette étude a évalué le programme Bolsa-Escola, qui en 2009 était encore géré séparément par le gouvernement du District fédéral. Pour être éligibles à cette aide, les familles devaient disposer d'un revenu mensuel par habitant inférieur ou égal à la moitié du salaire minimum, soit un peu plus de 230 reais, et tous leurs enfants âgés de 6 à 15 ans devaient fréquenter l'école au moins 85 % du temps, sous peine de suspension de l'aide financière. Si ces critères étaient remplis, le responsable légal des enfants recevait 120 reais par mois pour le premier enfant et 30 reais par mois pour chaque enfant supplémentaire en âge scolaire. Le montant maximal de l'aide était de 180 reais par mois et par famille bénéficiaire.

S’appuyant sur ce programme de transferts monétaires conditionnels, une expérience a été mise en place afin d’analyser les conflits intergénérationnels au sein des familles à faibles revenus, liés à la scolarité des plus jeunes. À cette fin, entre juin et juillet 2009, des chercheurs ont évalué 210 familles du District fédéral bénéficiant du programme Bolsa-Escola et ne comptant qu’un seul jeune éligible, âgé de 13 à 15 ans, ce groupe d’âge étant plus susceptible d’abandonner ses études.

Détails de la méthodologie

L’évaluation a été menée au moyen d’entretiens, les familles ayant été préalablement réparties en quatre groupes. Chaque groupe s’est vu présenter différents scénarios proposant des alternatives aux programmes de transfert de revenus, avec des montants et des conditions de versement variables. Les détails sont décrits ci-dessous :

  • Groupe 1 (Contrôle) – Le parent ou le tuteur devait choisir s'il préférait recevoir l'aide à condition que son enfant fréquente l'école 85 % du temps, ou s'il préférait la recevoir sans condition. La question a été posée à plusieurs reprises, le montant de l'aide augmentant de 5 reais à chaque fois : d'abord le montant conditionnel, puis le montant inconditionnel. L'objectif est d'évaluer l'importance que les parents accordent à l'éducation de leurs enfants. Les jeunes ont été informés du choix de leurs parents.

Exemple: Préférez-vous 120 reais conditionnels ou 120 reais inconditionnels ? Et 125 reais conditionnels à 120 reais inconditionnels ? Et 130 à 120 ? Et ainsi de suite, jusqu’à 180, pour chacune des valeurs.

  • Groupe 2 - La personne responsable a reçu les mêmes options que le groupe 1, sans que le jeune connaisse son choix. L'objectif est de mesurer le conflit entre les générations.
  • Groupe 3 - Le tuteur disposait également des mêmes options que le groupe 1, notamment celle de recevoir gratuitement des SMS concernant la fréquentation scolaire de son enfant. L'objectif est d'évaluer la capacité des tuteurs à contrôler leur accès à l'information.
  • Groupe 4 - La personne responsable a bénéficié des mêmes options que le groupe 1, à la différence que l'obtention de cette option était conditionnée par la présence du jeune à l'école, sans obligation d'assister aux cours. L'objectif est d'observer l'importance de l'éducation par rapport à l'option de retirer le jeune de la rue.

Pour encourager la participation, les membres de la famille responsables ont reçu des sommes comprises entre 7 et 10 reais et ont été informés que 5 % des participants seraient sélectionnés au hasard pour que leurs décisions soient mises en œuvre.

Résultats

Dans le groupe 1, le groupe témoin, 88 % des tuteurs ont choisi le programme assorti d'une condition d'aide à l'éducation, et 82 % ont préféré le système conditionnel, même lorsque le montant de l'aide inconditionnelle était plus élevé. Dans ce groupe, les tuteurs étaient prêts à renoncer à 37 réaux supplémentaires par mois, sans aucune condition, pour maintenir la scolarité de leurs enfants, ce qui témoigne de leur priorité accordée à l'éducation de leurs jeunes.

Dans le groupe 2, lorsque les jeunes ignoraient les conditions, seuls 44 % des tuteurs préféraient les transferts conditionnels, et seulement 25 % préféraient adopter les conditions lorsque le transfert inconditionnel était plus élevé. Cela montre que les tuteurs accordent plus d'importance à la possibilité de contrôler leurs personnes à charge et estiment que les jeunes n'accordent pas autant d'importance à l'éducation qu'eux.

Un phénomène similaire s'est produit dans le groupe 3, dans lequel seulement 35 % des proches ont préféré recevoir des transferts conditionnels et seulement 29 % ont choisi des conditions alors que les transferts inconditionnels étaient plus avantageux, puisque le système de messagerie texte donne le contrôle aux responsables.

Dans le groupe 4, les résultats montrent que les personnes responsables attribuent à la fréquentation scolaire une valeur qui dépasse le simple cadre de l'éducation, comme par exemple le fait d'éloigner les jeunes de la rue. Dans ce groupe, les proches privilégiaient les transferts conditionnels dans 74 % des cas. Même lorsque les transferts inconditionnels étaient plus fréquents, 68 % des personnes responsables préféraient toujours les conditions liées à la fréquentation scolaire.

Leçons de politique publique

Les résultats de l'expérience, pour les quatre groupes, indiquent que parents et jeunes ont des opinions divergentes quant à l'importance de l'éducation. Les parents plus âgés sont disposés à renoncer à une partie de leurs revenus pour pouvoir suivre le parcours scolaire de leurs jeunes enfants. L'étude suggère que les moyens d'informer les parents sur la fréquentation scolaire de leurs enfants constituent un outil précieux pour les familles souhaitant favoriser le maintien des élèves à l'école. Par conséquent, en fournissant aux familles des outils de suivi et d'information sur la scolarité des jeunes, les politiques publiques peuvent contribuer à réduire le décrochage scolaire et aider les parents à garantir l'éducation de leurs enfants et adolescents.

Référence

BURSZTYN, Leonardo ; COFFMAN, Lucas C. La décision scolaire : préférences familiales, conflits intergénérationnels et danger moral dans les favelas brésiliennes. Journal of Political Economy, vol. 120, n° 3, p. 359-397, 2012.