Chercheur principal : Pedro Jorge Holanda Alves
Titre de l'article: RESPONSABILITÉ ÉLECTORALE ET CORRUPTION : ENSEIGNEMENTS TIRÉS DES AUDITS DES COLLECTIVITÉS LOCALES
Auteurs des articlesClaudio Ferraz et Frederico Finan
Lieu de l'intervention: Brésil
Taille de l'échantillon: 42 866 observations
SetorPolitique économique et gouvernance
Type d'interventionL'influence des politiques électorales institutionnelles sur la corruption.
Principale variable d'intérêtMontant total des ressources liées aux activités de corruption.
Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)
Problème de politique
En économie, on part du principe que les biens sont rares et qu'il nous faut prendre des décisions qui satisfont au mieux nos désirs respectifs. L'introduction du secteur public ajoute la précision que l'État doit prendre les décisions qui répondent le mieux aux besoins de la population bénéficiaire de ces politiques. La démocratie intervient alors comme facteur politique, conférant à la population le droit de désigner le représentant qui décidera de ces politiques.
En réalité, nous savons que ce n'est pas toujours le cas. Bien souvent, nous sommes confrontés à des situations d'abus de pouvoir politique, de corruption et à tout autre facteur menaçant les démocraties modernes. Les pays en développement, en particulier, en sont des exemples frappants, car les cas de détournement de fonds publics destinés à la santé, à l'éducation et à la sécurité par les élites politiques à des fins personnelles y sont nombreux. On considère que l'ampleur de la corruption et les moyens de la combattre sont liés aux systèmes électoraux, car la manière dont ces systèmes sont déterminés ou les décisions prises par la population peuvent influencer de façon déterminante la corruption des hommes et femmes politiques.
C’est pourquoi Ferraz et Finan (2011) ont cherché à examiner les effets de la responsabilité électorale sur la corruption au sein des administrations locales brésiliennes. Pour leur analyse, ils ont utilisé les rapports du Programme anti-corruption, qui réalise des audits aléatoires dans les municipalités brésiliennes et analyse les cas de fraude commis par les gestionnaires municipaux. L’objectif est de vérifier les incitations à la réélection en comparant les maires en début de mandat à ceux en fin de mandat (deuxième et dernier mandat), et de rechercher des preuves de corruption parmi ces derniers.
Contexte d'évaluation
Depuis la Constitution fédérale de 1988, le Brésil a mis en œuvre des politiques visant à la fois à renforcer sa structure institutionnelle et à encadrer les finances publiques. En 1997, la possibilité de réélection a été instaurée et, en 2003, le Contrôleur général de l'Union (CGU) a créé un programme anticorruption prévoyant des audits aléatoires des municipalités brésiliennes. La combinaison de ces deux politiques permet de comparer les niveaux de corruption entre 2001 et 2004 pour les maires en début de mandat et ceux en fin de mandat.
Bien qu'un maire ne puisse exercer ses fonctions que pendant deux mandats consécutifs, il est possible de revenir après une interruption d'un mandat. Cependant, seulement 12 % des élus ayant achevé leur second mandat en 2004 ont décidé de se représenter en 2008 après cette interruption, ce qui indique une faible probabilité de retour en politique et montre que le maire moyen considère son second mandat comme s'il s'agissait du dernier.
Détails de la police
Créé en mai 2003, le programme anticorruption, mis en œuvre par la CGU (Contrôleur général fédéral brésilien), vise à réduire le détournement de fonds publics par les administrateurs municipaux et à encourager la participation citoyenne au contrôle des dépenses publiques. Au cours de sa première année, le programme a audité 26 municipalités sélectionnées aléatoirement, chacune située dans un État différent du Brésil.
Grâce à des tirages au sort organisés par la Caixa Econômica Federal à Brasília, le programme a été étendu et audité dans 50 municipalités lors de la deuxième période, puis dans 60 autres, toutes comptant moins de 450 000 habitants. Afin de garantir le bon déroulement de l’audit, la presse et la population locale sont invitées à assister au tirage au sort et à certifier que les 10 à 15 auditeurs de la CGU examineront et enregistreront les informations avec la plus grande fiabilité possible.
Après une semaine d'inspections, un rapport détaillé recensant toutes les irrégularités est transmis à la CGU (Contrôleur général du Brésil), qui le fait parvenir à la TCU (Cour fédérale des comptes), au parquet et à l'assemblée législative municipale. Les principales conclusions de l'audit sont publiées en ligne et diffusées dans les médias. C'est sur la base de ces rapports que Ferraz et Finan (2011) ont mesuré la corruption.
Détails de la méthodologie
À partir du codage des rapports, Ferraz et Finan (2011) ont défini le montant total des ressources liées à des activités de corruption comme leur principale variable d'intérêt. Ils présentent également deux autres indicateurs de corruption : le nombre d'irrégularités et le partage des prestations de services entachées de corruption. Pour mesurer les violations non visibles, ils ont utilisé un indicateur de mauvaise gestion, correspondant au nombre de violations divisé par le nombre de services audités.
L'objectif principal est d'analyser si les incitations à la réélection influencent la corruption politique dans les municipalités. Idéalement, pour estimer ces résultats, les municipalités seraient réparties aléatoirement selon la possibilité de réélection, puis la différence entre les deux groupes de municipalités (premier et second mandat) serait mesurée. Même si la sélection des municipalités par la CGU (Contrôleur général fédéral brésilien) est aléatoire, l'expérience serait biaisée par la nature des données. Pour résoudre ce problème, les auteurs utilisent un calcul de discontinuité de régression (RDD), qui permet d'approximer une expérience randomisée, en comparant uniquement les maires réélus de justesse avec ceux qui ont perdu de justesse.
Ce modèle permet de comparer deux groupes qui, pour une raison exogène (incontrôlable), sont très similaires mais ont connu des résultats différents. Pour adapter cette idée à l'aide de la régression par discontinuité, nous définissons les maires qui, lors de leur second mandat, ont perdu ou gagné les élections de 2000 avec un très faible écart. Ce constat nous permet de considérer que les deux individus sont similaires et que la seule différence entre eux est due à des facteurs électoraux mineurs, voire négligeables.
Pour les municipalités qui ont gagné de justesse, le traitement concernerait les maires qui en sont à leur deuxième mandat, tandis que celles qui ont perdu de justesse seraient remplacées par un nouveau maire, qui constitue le groupe majoritaire, car il s'agit de leur premier mandat.
Résultats
Les résultats montrent que les maires incités à briguer un second mandat sont moins corrompus que ceux qui ne le sont pas. En moyenne, les maires en début de mandat détournent 27 % de fonds en moins que ceux en fin de second mandat. Sachant que les municipalités reçoivent en moyenne 2 millions de dollars de transferts fédéraux, les maires en fin de mandat détournent 55 000 dollars de plus. L’incitation à briguer un second mandat réduit ainsi la corruption de 150 millions de dollars à l’échelle du Brésil, soit l’équivalent de la moitié des sommes dépensées par le gouvernement fédéral en 2002 pour le programme de transferts sociaux Bolsa Escola.
Il est également évident que les incitations à la réélection varient selon les contextes institutionnels locaux, notamment en fonction de l'opinion publique et des médias. En général, dans les municipalités dépourvues de médias locaux, les incitations à la réélection limitent la corruption politique, tandis que, inversement, les maires ayant remporté une victoire plus large peuvent se permettre d'être plus corrompus.
Leçons de politique publique
La corruption est un thème récurrent et important dans les études empiriques. Des ressources qui auraient pu être allouées aux écoles ou aux hôpitaux sont détournées et utilisées à des fins personnelles. L'abus de pouvoir par les élus est un problème central dans de nombreux pays, ce qui rend nécessaire la mise en œuvre de mesures visant à réduire la corruption et à générer de meilleurs investissements pour la population.
La corruption est liée à plusieurs facteurs, allant des problèmes liés aux institutions démocratiques à l'absence de contrôle populaire et de sanctions par le système judiciaire. Dans leurs travaux, Ferraz et Finan (2011) soulignent comment la structure et la responsabilité électorale, notamment la possibilité de réélection, peuvent influencer la discipline des élus et limiter leurs comportements en matière de détournement de fonds publics.
Leurs conclusions sont importantes car les hommes politiques en début de premier mandat sont associés à moins de corruption, ce qui indique que le second mandat, étant le dernier, rend les maires plus susceptibles de commettre des irrégularités.
référence:
FERRAZ, Claudio ; FINAN, Frederico. Responsabilité électorale et corruption : enseignements tirés des audits des administrations locales. American Economic Review, vol. 101, n° 4, p. 1274-1311, 2011.