Chercheur principal : Viviane Pires Ribeiro
Titre de l'article : Suivi et évaluation du Programme d’éradication du travail forcé
Auteurs de l'article : Samuel A. Antero
Lieu de l'intervention : Brasil
Taille de l'échantillon : Programme pour l'éradication du travail
Thème principal : Crime, violence et conflit
Type d'intervention : Effets du programme d'éradication du travail forcé au Brésil
Variable principale d'intérêt : Esclavage
Méthode d'évaluation : Autres – Recherche appliquée exploratoire
Contexte d'évaluation
Bien que plus d'un siècle se soit écoulé depuis l'abolition officielle de l'esclavage au Brésil, ses racines persistent, principalement dans les zones rurales du pays. Malgré la Constitution fédérale de 1988 qui garantit de nombreux droits aux travailleurs, un fossé persiste dans la pratique entre le droit et les relations de travail quotidiennes. Il n'est pas rare d'entendre parler de travailleurs libérés de conditions assimilables à l'esclavage. Ce phénomène porte directement atteinte à l'État de droit et constitue une grave violation des droits humains.
Le travail forcé ne se limite pas au simple non-respect des lois du travail ; il résulte principalement de l'intérêt excessif des chefs d'entreprise à accroître leurs profits au détriment de l'exploitation des travailleurs, ce qui est aussi avantageux économiquement qu'à l'époque où l'esclavage était considéré comme une activité légale dans le pays.
Le Brésil est internationalement reconnu pour les progrès accomplis dans l'éradication du travail forcé. Bien que des actions de lutte contre ce type de travail existent depuis 1995, l'effort le plus important du gouvernement fédéral a été déployé en 2003 avec le lancement du Plan national pour l'éradication du travail forcé, axé sur l'inspection et structuré dans le cadre du Programme d'éradication du travail forcé, lui-même intégré au Plan pluriannuel 2004-07.
Les travailleurs libérés de conditions assimilables à l'esclavage et bénéficiaires du programme reçoivent une aide temporaire en cas de besoin, couvrant leurs frais de nourriture, d'hébergement et de transport jusqu'à leur lieu d'origine. Le programme prévoit également leur affiliation à l'assurance chômage, à hauteur d'un salaire minimum, pendant trois mois après leur libération. Dans ce contexte, selon les informations du Secrétariat à l'Inspection du Travail (SIT), 21 762 travailleurs ont été libérés au Brésil entre 1995 et 2006, et 3 434 en juillet 2007. Par ailleurs, depuis la création du programme et jusqu'à mi-2007, 352 auteurs d'infractions et 190 employeurs ont été inscrits au registre.
Détails de l'intervention
Antero (2008) a cherché à saisir les pratiques de suivi et d’évaluation du Programme pour l’éradication du travail forcé, afin de vérifier si elles produisent des informations pertinentes pour juger systématiquement et objectivement leur pertinence, leur performance et leurs effets, et de vérifier si des changements sont nécessaires pour les améliorer.
Cette étude a débuté par une recherche exploratoire appliquée, s'appuyant sur des données secondaires, notamment des données structurées (purement quantitatives) et qualitatives. Les données quantitatives proviennent de systèmes informatisés tels que le Système de surveillance du travail forcé (Sisacte), le Système de planification (Sigplan) et le Système d'administration financière (Siafi). Les données qualitatives ont été recueillies par le biais de recherches dans des ouvrages, des revues et des sites web spécialisés, ainsi que dans des bases de données de thèses universitaires. L'auteur a également mené une recherche approfondie dans les archives du Secrétariat de l'Inspection du travail, composées de lois, d'ordonnances, de règlements et de rapports d'activité fiscale, ce qui a permis de reconstituer l'historique, les directives et les résultats obtenus par le programme.
Détails de la méthodologie
Afin d'étudier les caractéristiques du système de suivi et d'évaluation mis en œuvre par les responsables du Programme d'éradication du travail forcé, Antero (2008) a entrepris une recherche appliquée exploratoire à partir de données secondaires. Selon l'auteur, le suivi et l'évaluation sont des outils de gestion, c'est-à-dire des procédures permettant de mesurer de manière systématique et objective la pertinence, la performance et les effets d'un projet ou d'un programme donné.
La méthodologie de suivi proposée dans l'étude visait à recueillir des données sur les résultats préliminaires, intermédiaires et finaux obtenus trimestriellement auprès du Secrétariat de l'Inspection du travail, ainsi que sur les conditions (hypothèses) de sa mise en œuvre. L'objectif principal était de générer des informations précises sur l'avancement du programme afin de permettre une prise de décision rapide et fiable. Par ailleurs, la méthodologie d'évaluation visait à mesurer l'efficacité du programme, c'est-à-dire les effets résultant de l'éradication du travail forcé et des actions intégrées promues par le ministère du Travail et de l'Emploi (MTE).
Résultats
Une étude menée par Antero (2008) a révélé que le système actuellement en vigueur s'apparente davantage à un système de surveillance qu'à une véritable évaluation du programme. Cette affirmation repose sur le fait que les données recueillies lors de l'inspection, clairement consignées dans le rapport, concernent des fonctions de contrôle et de supervision, et remplissent strictement leur finalité légale. Par ailleurs, les résultats obtenus sont rarement communiqués, aucun retour d'information n'est fourni, et aucun critère ni indicateur de suivi du programme n'est clairement défini.
Leçons de politique publique
S’appuyant sur une analyse de la littérature spécialisée, Antero (2008) propose un système de suivi et d’évaluation pour le Programme d’éradication du travail forcé, dûment validé par les responsables du programme. Ce système de suivi innove en exprimant des valeurs grâce à l’adoption de critères spécifiques, afin d’harmoniser la compréhension du suivi et de l’évaluation. À partir des dimensions clés, des indicateurs d’entrée, de processus et de résultats ont été définis et, dans une optique d’apprentissage institutionnel, le système propose une stratégie de rétroaction.
En ce sens, l'auteur souligne que le plan de suivi et d'évaluation proposé contribue à établir une routine en termes de dates ou de méthodes de vérification, et que ce plan ne deviendra efficace que s'il est effectivement utilisé comme outil de soutien à la gestion des programmes, en générant un apprentissage institutionnel.
Références
ANTERO, Samuel A. Suivi et évaluation du Programme d'éradication du travail forcé. Revue de l'administration publique, v. 42, non. 5, p. 791-828, 2008.