Chercheur principal : Pedro Jorge Holanda Alves
Titre de l'article : LA MALÉDICTION DES RESSOURCES POLITIQUES
Auteurs de l'article : Fernanda Brollo ; Tommaso Nannicini; Roberto Perotti ; Guido Tabellini ;
Lieu de l'intervention : Brasil
Taille de l'échantillon : 1202 communes
SetorPolitique économique et gouvernance
Principale variable d'intérêtCorruption
Méthode d'évaluation : Évaluation expérimentale (ECR)
Le problème de la politique
Imaginons qu'un pays découvre une nouvelle source de richesse ou que des fonds supplémentaires soient transférés d'un gouvernement central à une région. Ces ressources généreraient une croissance inattendue des recettes publiques, mais seraient-elles bénéfiques à la société ? Selon la théorie de la malédiction des ressources, la réponse serait non, car, paradoxalement, les pays riches en ressources naturelles ont tendance à connaître une croissance économique plus faible, faute de savoir gérer ces ressources et de mécanismes de marché capables d'apprécier le taux de change réel.
D'après une abondante littérature, la stagnation économique s'explique notamment par le dysfonctionnement des institutions gouvernementales. Ce dysfonctionnement est lié à la corruption, décrite dans les travaux comme un effet complémentaire : des recettes inattendues plus importantes engendrent une corruption accrue et attirent en politique des individus de moindre qualité.
Brollo et al. (2013) analysent comment une augmentation inattendue des recettes publiques au Brésil influence la décision des politiciens de se corrompre ou non. À la lumière de ces résultats théoriques, les auteurs ont utilisé un scénario quasi idéal pour évaluer les implications empiriques pour les municipalités brésiliennes. Pour ce faire, ils ont utilisé le Fonds de participation municipale (FPM), principal fonds de transfert constitutionnel du Brésil, afin de déterminer les causes réelles de l'impact de ces recettes supplémentaires sur la qualité des politiciens. Mais comment cela est-il possible ?
Le contexte de mise en œuvre et d'évaluation
La Constitution fédérale brésilienne de 1988 permet d'utiliser les municipalités proches du Fonds de participation municipale (FPM) comme terrain d'expérimentation pour évaluer l'impact d'une augmentation des recettes publiques sur les politiques de lutte contre la corruption et la qualité des élus. Dans le cas des municipalités, le principal instrument de transfert de fonds est le FPM (représentant en moyenne 40 % des recettes municipales et 75 % de l'ensemble des transferts fédéraux).
Les données relatives aux recettes du Fonds de participation municipale (FPM) proviennent du Secrétariat national du Trésor (STN), et les estimations de population de l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) pour deux mandats municipaux complets (2001-2004 et 2005-2008). Afin de définir le périmètre de l'étude, les auteurs ont inclus dans leur échantillon toutes les municipalités proches des sept premières tranches de revenus, présentées dans le tableau 1. Ce choix repose sur le constat que plus la population de la municipalité est importante, plus les variations de comportement des individus proches de cette tranche sont faibles.
Tableau 1 – Coefficients FPM
| Zone de population | Coefficients FPM |
| Abaix de 10.189 | 0,6 |
| 10.189-13.584 | 0,8 |
| 13.585-16.980 | 1 |
| 16.981-23.772 | 1,2 |
| 23.773-30.564 | 1,4 |
| 30.565-37.356 | 1,6 |
| 37.357-44.148 | 1,8 |
| 44.149-50.940 | 2 |
| Au-dessus de 50.940 XNUMX | 2,2 à 4 |
L'objectif étant d'évaluer le comportement de ces municipalités face à la corruption, les auteurs ont utilisé des données sur la corruption fournies par le Contrôleur général de l'Union (CGU) dans le cadre du programme brésilien de lutte contre la corruption. Lancé en 2003, ce programme consiste à sélectionner aléatoirement, par tirage au sort, des municipalités à auditer. La base de données comprenait environ 1 202 observations : 802 municipalités ont été auditées entre 2001 et 2004, et 400 entre 2005 et 2008. D'autres informations électorales ont été recueillies auprès du Tribunal suprême électoral.
Détails de la politique/du programme
Dans le cadre du programme brésilien de lutte contre la corruption, les auditeurs recueillent des informations sur les municipalités inspectées et, quelques mois après l'audit, publient les rapports à destination de tous les niveaux de gouvernement, en les mettant à disposition sur le site web du Contrôleur général de l'Union (CGU). Couvrant la période de 2001 à nos jours, le rapport contient une liste détaillée de toutes les irrégularités constatées par les auditeurs, telles que la fraude, les appels d'offres non concurrentiels, la facturation excessive, le détournement de fonds, etc.
Ainsi, le rapport permet de déceler les types d'irrégularités commises par l'administration publique locale (municipalité), constituant ainsi un outil précieux pour l'évaluation de la corruption. Afin de définir les variables à étudier, les auteurs précisent que la corruption peut être qualifiée de corruption au sens large et de corruption au sens strict. La corruption au sens large englobe les irrégularités pouvant également être interprétées comme de la mauvaise gestion, tandis que la corruption au sens strict désigne les irrégularités graves, plus susceptibles d'être visibles pour les électeurs.
Procédé d'évaluation
Le tableau 1 montre que ces tranches sont discrètes au sein d'un intervalle de population, ce qui signifie que les transferts aux municipalités varient de manière discontinue d'un intervalle à l'autre. Autrement dit, en vertu de la disposition constitutionnelle, les municipalités proches de la tranche FPM reçoivent des montants de fonds différents, dans des proportions variables, reflétant les différences de taille de population du simple fait qu'elles se situent de part et d'autre de cette tranche.
Prenons un exemple : les communes de 10 150 et 10 200 habitants ont une population très similaire et ne devraient donc pas percevoir de recettes fiscales différentes. Or, en raison des tranches d’imposition, les communes de moins de 10 189 habitants perçoivent moins que celles de plus de 10 189 habitants. On constate ainsi une discontinuité des recettes dans les communes proches des tranches du Fonds de Participation Municipale (FPM), discontinuité qui peut être attribuée à une augmentation inattendue des recettes. Cet effet peut servir de catalyseur à d’autres mécanismes, que nous allons examiner.
Les données ont été divisées en deux échantillons de municipalités : un petit et un grand échantillon. L’échantillon a été restreint aux municipalités de moins de 50 940 habitants en raison des limitations des administrations locales auditées. Compte tenu de la configuration institutionnelle décrite, il est possible d’attribuer un mécanisme de traitement type fondé sur une régression floue (ou discontinue). flouCette méthode attribue au traitement la dépendance d'une variable continue, mais qui, du fait de facteurs externes, génère des résultats discontinus. Dans cet exercice, cette variable serait la population, qui est continue entre les communes, mais qui, de par sa nature, induit une discontinuité pour les communes proches des limites de population.
La méthode de régression par discontinuité du type flou Cette mesure est mise en œuvre en raison de cas d'allocation incorrecte autour des seuils de population. Autrement dit, toutes les communes proches de ces seuils ne connaissent pas une croissance significative de leurs recettes provenant du FPM (Fonds de Participation Municipale). Par conséquent, le RDD (Régime Disciplinaire Différencié) de ce type… flou Cette étude ne prend en compte que les municipalités ayant connu des ruptures de comportement, ce qui signifie que ses données ne concernent que les municipalités ayant adopté ce type de comportement. L'objectif des auteurs est de déterminer comment ces municipalités ont été classées dans les résultats relatifs à la corruption obtenus à partir des données d'audit.
Principaux résultats
Les résultats montrent qu'une augmentation de 10 % des transferts fédéraux accroît la prévalence de la corruption (mesurée au sens large) de 6 points de pourcentage et celle (mesurée au sens plus restrictif) de 16 points de pourcentage. Parallèlement, cette même augmentation de 10 % des transferts dégrade la qualité des candidats politiques se présentant contre les sortants, réduisant de 7 points de pourcentage la proportion d'opposants titulaires d'au moins un diplôme universitaire. En conséquence, les candidats bénéficiant de transferts plus importants voient leurs chances de réélection augmenter de 6 points de pourcentage.
Globalement, les données empiriques montrent qu'un volume important de transferts accroît le risque de corruption et diminue le niveau d'instruction moyen des candidats à la mairie. Les résultats empiriques des auteurs mettent en évidence ce que nous appelons la « malédiction des ressources politiques », c'est-à-dire un impact négatif des ressources inattendues sur la corruption et la sélection politiques. Les abus constatés lors des audits suggèrent que les municipalités brésiliennes constituent un environnement institutionnel fragile où les problèmes d'influence politique sont largement répandus.
Leçons de politique publique
Il se peut qu'un héritage de ressources n'ait pas les mêmes effets néfastes dans d'autres contextes, comme dans les sociétés ayant une longue tradition de bonne gouvernance et un capital social important. Cependant, des ressources supplémentaires sont souvent allouées précisément à des régions ou des pays aux institutions fragiles. Par conséquent, il est nécessaire d'aborder ces politiques de transfert avec prudence, car même si elles visent à réduire les inégalités régionales ou à créer des incitations bénéfiques pour la population locale, ces résultats, comme l'ont constaté Brollo et al. (2013), peuvent produire l'effet inverse.
Références :
BROLLO, Fernanda et al. La malédiction des ressources politiques. American Economic Review, v. 103, non. 5, p. 1759-96, 2013.