Lors de la rédaction de mon mémoire de maîtrise (que j'ai soutenu avec succès), j'ai confirmé certaines intuitions, non seulement sur le sujet de ma recherche, mais aussi sur des aspects importants de l'acte d'écrire lui-même. J'ai pris note de certains de ces points. En voici les principaux :
1. Le sujet de recherche est toujours beaucoup plus vaste que ce que nous pensons initialement.

Les Grecs anciens imaginaient le soleil de la taille d'un pied humain. Aujourd'hui, nous savons qu'il est plus de 100 000 fois plus grand que la Terre. Qu'est-ce qui a changé depuis ? L'ampleur de la recherche et des connaissances accumulées, bien sûr. En quelque sorte, c'est ce qui arrive à quelqu'un qui entreprend la rédaction d'un mémoire de master. On sous-estime souvent ce que l'on connaît mal. Parfois, on se perd dans des rêveries ou des idées vagues et abstraites lorsqu'on se concentre sur un sujet. Rêver est bon, certes, mais la science et la recherche s'accordent mal avec une approche onirique. Carlos Salas, maître de l'écriture, disait que le cerveau est un animal au sein d'un autre animal, et qu'il faut le dompter pour qu'il travaille à quelque chose de concret.
Il en va de même pour le sujet de recherche : nous en avons d’abord une vision idéalisée, qui nous transporte vers des univers fabuleux et des solutions rapides et extraordinaires ; à mesure que nous avançons dans le processus de sélection, nous commençons à percevoir ses aspects plus prosaïques et, lorsque nous sommes enfin confrontés au problème de recherche, qui incarne le sujet dans toute sa substance, nous constatons que le faisable est loin du rêve, mais qu’il est beaucoup plus tangible. Le problème de recherche, c’est comme Sultan le chat qui joue avec une boule de papier.
2. Une compréhension approfondie du sujet est fondamentale.

Cato a dit : rem tene, verba sequenturEn d'autres termes, si le sujet est précis, le style suivra naturellement. Une dissertation n'est pas un texte de fiction (du moins, elle ne devrait pas l'être). L'auteur dispose donc de peu de marge de manœuvre pour l'invention. La plupart du temps, il devra simplement restituer ses lectures, en y apportant toutefois une touche d'originalité. Une connaissance préalable et approfondie du sujet est essentielle pour une écriture fluide et sincère.
Lorsque j'ai tenté d'écrire quelques chapitres sans avoir suffisamment approfondi les sujets, je me suis surprise à inventer des choses, à laisser libre cours à mon imagination et à vouloir y intégrer des phrases qui me semblaient plus essentielles que la vérité. J'ai rapidement tout effacé et repris ma lecture. J'ai compris que je n'étais pas préparée à écrire sur le sujet. Le pire, c'est que cela se produit bien trop souvent. Il suffit de baisser un peu sa garde et la Chimère s'installe à vos côtés. Le meilleur moyen de l'éviter est de se nourrir régulièrement de bons ouvrages et de s'entourer de personnes qui ont déjà traité efficacement le sujet qui nous intéresse.
3 – C’est bien d’avoir des gens avec qui parler du texte.
Il est étrange d'y penser : personne n'a jamais vu son propre visage directement, ni entendu sa propre voix de loin. Bien sûr, on peut dire s'être vu dans un miroir ou sur une surface polie ; ou avoir entendu un enregistrement de sa propre voix. C'est possible, mais cela prouve seulement que nous avons vu ou entendu un enregistrement extérieur de notre image et de notre voix. C'est tout autre chose. Nous sommes des êtres relationnels. Nous avons besoin des autres pour être nous-mêmes et pour nous comprendre.
Le langage lui-même est un échiquier de symboles où chaque mouvement n'a de sens que s'il existe un interlocuteur pour le comprendre et y répondre par un autre mouvement approprié. L'acte d'écrire se présente, dans une large mesure, comme un monologue plongé dans une polyphonie confuse ; à ce moment précis, des intuitions plus ou moins inexplicables nous viennent à l'esprit, des souvenirs de lectures et de conversations antérieures sur le sujet, des clichés qui nous obsèdent depuis des années, en somme, le flux de conscience dans toute sa richesse et son ambiguïté.
Lorsque nous échangeons des idées avec un interlocuteur qualifié – un supérieur, un collègue ou toute autre personne compétente –, nous avons l'occasion d'affiner nos propres idées, qui nous viennent à l'esprit de manière apparemment indissociable. À terme, cet échange s'avère si bénéfique que, simplement en essayant d'expliquer un passage du texte que nous rédigeons, nous repérons immédiatement des incohérences ou des zones d'ombre qu'il convient de corriger. Autrement dit, l'autre personne est le miroir dans lequel nous avons besoin de nous voir.
4. La routine mène à l'inspiration.
Un petit progrès est un progrès. On ne peut pas écrire un texte de qualité d'une centaine de pages en quelques jours seulement. L'idée qu'une thèse soit le fruit d'une longue gestation suivie d'une naissance rapide est certes séduisante, mais difficilement réalisable. En pratique, écrire une thèse ressemble davantage au murmure d'une source qu'à un orage nocturne. Le problème du syndrome de la page blanche a déjà été résolu par Hemingway. Il disait qu'il n'y a qu'un seul remède : se mettre à écrire. Simple, et pourtant difficile. Mais c'est précisément là le secret. Personne ne peut écrire une œuvre, médiocre ou brillante, sans commencer, et sans persévérer jusqu'au bout. La discipline est source d'inspiration.
5. Il est important de respecter le lecteur et d'établir une relation honnête avec lui.
L'écriture est une forme de communication interpersonnelle. L'une des plus importantes, même. Pourtant, pour une raison ou une autre, elle n'est pas perçue ainsi au premier abord, et il n'est pas rare qu'elle serve d'instrument de torture pour le lecteur (et torturer les examinateurs n'est certainement pas une bonne idée).
Personne ne prendrait au sérieux quelqu'un qui, au cours d'une conversation, se mettrait à dire des bêtises ou des choses totalement hors de propos (et, pire encore, à parler sans s'arrêter). Mais, à l'écrit, peut-être en raison de l'absence du point 3 (ci-dessus), on pourrait croire que ce voyage psychédélique est possible, au détriment du pauvre lecteur. Si nous ne nous contrôlons pas rigoureusement, nous nous mettons à écrire des choses complètement hors sujet juste pour remplir les espaces vides à l'écran et augmenter le volume final du texte.
Il est toujours nécessaire de revenir au texte, de le relire attentivement et de se mettre à la place du lecteur pour dissiper ces hallucinations importunes. Ce faisant, on prend souvent conscience du tort injuste que l'on infligeait à la personne bienveillante qui avait pris le temps de lire notre œuvre. Autrement dit, pour bien écrire, il faut parfois cesser d'écrire ou effacer une grande partie de son travail.
6. La dissertation ressemble à une nouvelle ou à un court roman, jamais à un roman.
L'information n'est pas une denrée rare aujourd'hui. Au contraire, le chercheur, notamment en sciences sociales, dispose d'une quantité excessive d'informations pour mener une recherche bibliographique. Il est donc essentiel de ne pas trop écrire ni de s'attarder sur des points hors sujet. Un mémoire de master, comme l'enseignent les méthodologues, doit se concentrer sur un seul problème central, même s'il est entouré de sous-problèmes. Ouvrir trop de pistes de recherche peut s'avérer une grave erreur, que nous commettons malheureusement presque tous, et dont le remède consiste à relire et à simplifier le texte. Il faut surtout éviter de soulever des questions auxquelles le texte n'apportera aucune réponse, ou, si une réponse existe, elle sera trop superficielle.

Il est donc préférable d'éviter les références inutiles – j'avoue ne pas avoir toujours su appliquer ce principe à la lettre. Tchekhov, le maître de la nouvelle, disait : « Si un fusil apparaît dans une histoire, il doit tirer. » Il en va de même pour les dissertations. Chaque élément du texte doit être fonctionnel. Du choix des mots aux phrases, en passant par la ponctuation, les paragraphes, les idées et même les chapitres, tout doit être cohérent et contribuer à la résolution du problème de recherche. Si un passage paraît étrange, c'est probablement le cas.
7. L’intertextualité est l’environnement de la recherche juridique.
Chaque texte que nous écrivons est une réinterprétation de la réalité, éclairée par les textes avec lesquels nous avons déjà été en contact. L'originalité totale n'existe pas. En droit notamment, la recherche est fortement tributaire des textes.
Bien que les possibilités de recherche juridique directe sur la réalité soient nombreuses, grâce aux données, aux chiffres, aux statistiques et même aux expérimentations, force est de constater que notre monde universitaire reste profondément marqué par la culture de la recherche bibliographique et de l'écriture intertextuelle. Il est donc essentiel de lire des textes de qualité pour produire des textes de qualité.
En définitive, écrire, c'est en grande partie imiter ce que l'on a lu. Le choix judicieux des lectures, avec l'aide d'un directeur de recherche, est fondamental. D'une part, cela évite les lectures superflues et, d'autre part, cela permet de constituer la communauté d'idées à laquelle on souhaite appartenir.
8. Un endroit pour écrire est essentiel.
« De grandes choses se produisent lorsque l'homme et la montagne se rencontrent. » Cette phrase de William Blake est si juste qu'elle est devenue un lieu commun, que l'on entend même souvent dans des films comiques. Blake voulait dire que la paix des montagnes offre à chacun l'atmosphère propice à la réflexion profonde sur les grandes questions, au-delà du quotidien. De fait, la Bible regorge de passages où des inspirations, des visions et des conversations directes avec Dieu ont eu lieu au sommet de certaines montagnes (le mont Thabor, l'Horeb, le Sinaï, le Carmel, le mont des Oliviers, etc.).
La pensée païenne partage également l'idée que les montagnes sont une source d'inspiration. Pensons par exemple au mont Parnasse. Mais il n'est pas nécessaire d'escalader une montagne pour trouver l'inspiration. Heureusement, grâce aux technologies actuelles, il est possible de transformer sa chambre en un espace propice à la réflexion. Chacun saura comment s'y prendre. Personnellement, j'aime créer un lieu proche de la nature, avec une table garnie de papier et de stylos. Quoi qu'il en soit, l'important est que cet espace d'écriture soit bien séparé du reste de la vie quotidienne.
9. Nous écrivons pendant notre sommeil.
Nous ignorons tout du fonctionnement de notre cerveau. C'est un organe étranger qui vit en nous, et pourtant, il est responsable de ce que nous sommes. En réalité, son fonctionnement ne suit aucun rythme classique.
Quiconque se penche intensément sur un problème en lisant a sans doute une anecdote à raconter sur ces intuitions fulgurantes, apparues comme par magie et trop précieuses pour être oubliées. Cela tient sans doute à la nature capricieuse du cerveau, semblable à ces héros de films d'action à la retraite qui n'acceptent de reprendre du service qu'après l'insistance de la victime fragile qui a besoin d'eux. Mais à leur retour… ils reviennent en force. Pendant le sommeil, de nombreuses intuitions se produisent, et certaines restent gravées dans notre mémoire dès le réveil.
Bien sûr, tout n'est pas forcément génial, mais nombre de ces souvenirs oniriques peuvent s'avérer utiles. C'est pourquoi il est essentiel d'avoir un carnet à portée de main, afin de noter ces idées dès qu'elles surgissent, car elles sont très fugaces.
10. Tout est histoire.

Personne n'a encore inventé de meilleure façon de communiquer un sujet que par le biais du récit.storytellingEn portugais, il n'existe pas de distinction bien établie entre le vocabulaire désignant un récit réel et celui désignant un récit fictif. Il est vrai que Câmara Cascudo a défendu l'usage de la distinction entre « história » et « estória », comme en anglais. histoire/récitCependant, ce n'est pas toujours le cas. En réalité, même le récit d'un événement réel (ce qui devrait être le cas dans la recherche scientifique) peut tirer profit des ressources techniques et stylistiques de la bonne littérature de fiction.
Le fait qu'il s'agisse de recherche ne signifie pas que l'écriture doive être ennuyeuse. Au contraire, je pense qu'elle ne devrait pas l'être. De plus, la situation d'une personne rédigeant une thèse est assez similaire à celle d'un romancier, malgré des différences naturelles de méthode, d'objectif et de contraintes. Pour que la rédaction d'une thèse soit une expérience agréable et offre un texte facile à lire, il me semble judicieux d'utiliser certaines techniques narratives. Je suis convaincu que cela améliore considérablement l'atmosphère, tant pour l'écriture que pour la lecture.
Enfin, même si je n'ai pas écrit de roman, tout au long du processus, je me suis souvent souvenu de la leçon d'E.L. Doctorow : « Écrire un roman, c'est comme conduire une voiture la nuit. On ne voit pas plus loin que les phares, mais on peut faire tout le trajet ainsi. »
Nazareno CM Reis